Bilan

Incertitude autour des banques après le "non" italien

Le non au référendum plonge de nouveau les banques italiennes dans l'incertitude après des mois déjà chaotiques.

"Même s'il y avait un gouvernement de transition, aucune force politique ne peut assumer la responsabilité d'une faillite de la Monte dei Paschi", Umberto Borghesi.

Le non au référendum, qui a entraîné la démission du chef du gouvernement Matteo Renzi, plonge de nouveau les banques italiennes dans l'incertitude après des mois déjà chaotiques, notamment celles devant procéder à une augmentation de capital comme la Monte dei Paschi di Siena (BMPS).

Vers 10H30 GMT, à la Bourse de Milan, les valeurs bancaires ont ouvert en nette baisse, repris de la vigueur puis de nouveau chuté. Dans un marché en progression de 0,35%, UniCredit chutait de 4,03%, Banca popolare di Milano de 3,97%, Banco popolare de 3,62%, Mediobanca de 2,38% et BMPS de 1,08%.

Le taux d'emprunt de l'Italie à 10 ans était de son côté en hausse sans néanmoins s'envoler, s'inscrivant à 1,991% contre 1,902% vendredi soir.

"Je ne m'attends pas à une énorme réaction négative des marchés financiers, le non ayant déjà été en grande partie pris en compte", souligne l'économiste Lorenzo Codogno.

"Ces dernières semaines, le spread (soit l'écart) entre les bons du trésor italiens et le Bund (le taux d'emprunt à 10 ans de l'Allemagne) a augmenté et le secteur bancaire italien a nettement sous-performé depuis le début de l'année, en partie en raison de l'incertitude du référendum", explique-t-il.

Depuis janvier, l'indice des banques italiennes, le FTSE All-Share banks, a ainsi perdu 47% de sa valeur, témoignant d'un manque de confiance des investisseurs.

Outre le référendum, ont joué également le manque de consolidation du secteur, qui compte quelque 700 établissements différents, de même que les problèmes de capitalisation des banques italiennes et le poids des créances douteuses dans leurs portefeuilles, au nombre de 360 milliards d'euros soit un tiers du total de la zone euro.

Mais si le marché ne réagit pas à court terme, le non pourrait avoir un effet rebond, en raison de l'instabilité politique générée par la démission de M. Renzi.

"S'il n'y a pas de solution à la crise gouvernementale d'ici deux ou trois semaines, les marchés financiers recommenceront à être nerveux", pronostique M. Codogno, en estimant que "l'augmentation de capital de la Monte dei Paschi sera probablement retardée voire carrément annulée et toutes les autres opérations bloquées".

'Réponse nette'

Troisième établissement financier italien et plus ancienne banque de la planète, la Monte dei Paschi di Siena est considérée comme l'un des maillons faibles du système bancaire italien. Elle a affiché les pires résultats aux tests de résistance publiés fin juillet par l'Autorité bancaire européenne (EBA).

Pour redresser la situation, BMPS, dont le titre a chuté de 84% depuis le début de l'année, a lancé un vaste plan de sauvetage prévoyant la cession de 27,6 milliards de créances douteuses et une augmentation de capital pouvant aller jusqu'à 5 milliards d'euros.

Le premier acte de ce plan, une opération de conversion volontaire d'obligations en actions, a déjà été réalisé avec succès, lui permettant de franchir le seuil escompté d'un milliard d'euros. Mais l'incertitude, pour les 4 milliards d'euros restants, est désormais de mise.

"Le vrai risque est la Monte dei Paschi di Siena. Il est en effet facile d'imaginer que les investisseurs étrangers qui pensaient participer à l'augmentation de capital fassent un pas en arrière. Il faudra donc une réponse nette, qu'il s'agisse d'une intervention publique, le recours au bail-in (mise à contribution des détenteurs de titres) ou autre", note Umberto Borghesi, gestionnaire du fonds Atlante Target Italy de Albemarle Am.

Mais, "même s'il y avait un gouvernement de transition, aucune force politique ne peut assumer la responsabilité d'une faillite de la Monte dei Paschi", banque symbole et poumon économique de la région de Sienne, ajoute-t-il.

Autre banque qui pourrait aussi tanguer dans ce contexte: UniCredit, engagée dans une vaste révision stratégique et qui devrait elle aussi avoir recours au marché en début d'année prochaine, pour un montant pouvant aller jusqu'à 13 milliards d'euros.

Néanmoins, le risque pour cette banque --qui a annoncé lundi son entrée en négociations exclusives avec Amundi pour la cession de sa filiale de gestions d'actifs Pioneer Investment-- de ne pas trouver d'investisseurs est nettement moindre que d'autres petits établissements comme Carige ou Veneta Banca, qui se trouvent dans une situation nettement plus périlleuse.

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