Bilan

Impôts en bitcoins? Le flop de Zermatt

Le fisc du pied du Cervin permet de payer en cryptomonnaie, mais personne n’a saisi la perche en 2020. Malgré l’échec, la commune récidivera en 2021.

Crédits: Keystone

Payer ses impôts en bitcoins? Une chose est sûre: ni le milliardaire franco-israélien Patrick Drahi ni le bijoutier Alain Boucheron n’ont été séduits. Aucun contribuable zermattois n’a eu recours à la plus célèbre des cryptomonnaies. La présidente Romy Biner-Hauser est un peu dépitée. Personne n’a utilisé de bitcoins pour régler ses impôts communaux ou s’acquitter de transactions jusqu’à 150 francs au contrôle des habitants en 2020: «Je suis étonnée. Je n’ai pas plus d’explications à donner.» Quelques citoyens avaient pourtant dit leur intérêt. La jeune présidente, qui aime l’innovation et «vivre avec son temps», y voyait un défi pour sa commune. Elle devenait la deuxième de Suisse à accepter les paiements en bitcoins après Zoug, en 2016.

Avant de se lancer, la Municipalité de Zermatt dit avoir soigneusement analysé la situation avec l’aide de la société Bitcoin Suisse (fondée en 2013), notamment les aspects légaux et de sécurité. Les citoyens pouvaient effectuer leurs paiements en bitcoins, puis Bitcoin Suisse échangeait la monnaie virtuelle en francs et transférait le montant sur le compte bancaire de la Municipalité. Selon Romy Biner-Hauser, les citoyens étaient bien informés, la presse locale s’en était fait largement écho. Mais tout le monde ne lit pas la presse haut-valaisanne: «Je n’étais pas au courant, réagit un Français spécialisé en informatique et établi à Zermatt depuis plusieurs années. C’est étonnant, cette proposition du fisc, car la traçabilité très compliquée du bitcoin ne prêche pas pour la transparence.»

A Zoug et Chiasso

A Zoug, le bitcoin est une réalité depuis 2016 avec 50 à 100 transactions par an. Le volume devrait augmenter dès 2021 au niveau du canton, car il sera possible de payer des impôts jusqu’à 100 000 francs. Une dizaine de magasins et d’entreprises l’acceptent également. La cryptomonnaie a aussi atteint le Tessin en 2017, notamment Chiasso qui les encaisse pour de faibles taxes jusqu’à 250 francs.

Autre explication du scepticisme des Zermattois, c’est l’incroyable volatilité du bitcoin qui vient de franchir la barre symbolique des 50 000 dollars. Tant que la hausse vers les sommets perdure, le détenteur ne va pas s’en débarrasser, et encore moins pour payer ses impôts.

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Olivier Grivat

JOURNALISTE

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Olivier Grivat est journaliste indépendant après avoir été rédacteur en chef adjoint de 24 Heures et travaillé 30 ans chez Edipresse. Licencié en droit, il s’est spécialisé dans les reportages et les sujets économiques (transports, énergie, tourisme et hôtellerie). Il a écrit plusieurs ouvrages, notamment sur la jeunesse suisse du roi de Thaïlande et la marine suisse de haute mer.

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