Bilan

Il lutte contre la fuite des grandes fortunes

L’avocat lausannois Yves Bonnard lance son family office pour les gestionnaires qui veulent se concentrer sur une relation «à l’ancienne» avec leurs clients régularisés.
Yves Bonnard: «Aujourd’hui, le gestionnaire est trop accaparé par les questions juridiques et fiscales.» Crédits: Jérémiy Bierer

Au cours de ses près de vingt ans de carrière comme avocat associé chez Bonnard-Lawson, Yves Bonnard s’est spécialisé dans le conseil aux grandes fortunes. Comme professionnel du droit, il s’est retrouvé à aider des familles aisées aussi bien en termes de solutions fiscales que de placements.

Une compétence qu’il souhaite mettre à profit aujourd’hui dans un contexte de lutte internationale contre l’évasion fiscale et de pressions toujours plus fortes sur les banquiers et les petits gérants indépendants.

«J’ai créé OnShore Wealth (OSW) afin d’accueillir les gérants qui ne veulent plus forcément gérer mais conserver la relation clientèle avec des clients déclarés, donc onshore.»

Pour cette génération de gérants à l’ancienne, OSW met en place une palette de services efficaces avec de la gestion, mais aussi des conseils fiscaux et de planning financier, bref, un véritable family office. «Au fil des années, j’ai développé des compétences et des contacts dans des domaines connexes tels que le marché de l’art, la formation des héritiers ou le private equity.»

Il poursuit:  «mon but est d’éviter que des grandes fortunes internationales quittent la Suisse». Certains gérants et leurs clients s’avèrent mal informés et dépassés par les changements de réglementation constants, que ce soit pour la clientèle américaine comme celle européenne. «Faute d’informations précises, beaucoup de clients européens préfèrent la fuite vers les Bahamas ou Dubaï plutôt qu’une régularisation dont le coût est toujours surestimé!» 

La leçon des clients américains semble ne pas avoir porté ses fruits. En 2008 et 2009, certains ont aussi suggéré aux clients d’UBS de fuir plutôt que de se régulariser. On mesure aujourd’hui les conséquences de ce conseil désastreux.

«Pour ne prendre que l’exemple de la France, sur plus de 200 dossiers que j’ai eu à traiter, aucun n’a donné lieu à un redressement de plus de 25% (IRPP, ISF, amendes et pénalités comprises).»

Et la Suisse garde des atouts. Le cas chypriote avec sa taxation du jour au lendemain des fonds en dépôt dans les banques locales fait réfléchir certains à deux fois. «La stabilité politique suisse séduit, je l’avais déjà constaté avec les clients américains une fois régularisés.»

A Genève et Lausanne

Ce nouveau type d’approche constitue-t-il une concurrence aux banques? «Au contraire, les fonds restent en dépôt des banques suisses et nous nous occupons de la partie gestion et family office.»

A terme, OSW, organisée comme une société de gestion à Lausanne et Genève, pense employer une dizaine de personnes et accueillir un milliard de francs. «Dans les années 1980, le gestionnaire consacrait l’essentiel de son temps au client. Aujourd’hui, ce dernier est trop accaparé par la gestion et les questions administratives, juridiques et fiscales. Il faut revenir à la relation personnelle avec en support un staff qui fournit des services spécialisés.»

Enfin, OSW sera «MIFID compatible»: elle aura très rapidement une présence en Europe pour traiter la clientèle européenne en toute légalité, et elle ne touchera aucune commission de banques ou de fonds. 

Stéphane Benoit-Godet

<p>Rédacteur en chef du Temps, (ex-rédacteur en chef de Bilan)</p>

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Depuis le 1er janvier 2015, Stéphane Benoit-Godet dirige la rédaction du quotidien Le Temps. Il était le rédacteur en chef de Bilan de 2006 à 2015. Auparavant, il a travaillé pour les quotidiens La Tribune de Genève et Le Temps 1998-2003), journal dont il a dirigé la rubrique économique (fin 2000 à mi-2003). Juriste de formation, Stéphane a fait ses études en France à l'Université d'Aix-Marseille III. 

 

 

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