Bilan

Icometrix, la nouvelle perle de Forestay

En misant sur le spécialiste de l’assistance au diagnostic de maladies neurodégénératives assisté par IA, le fonds étoffe un portefeuille qui parie sur la phase de croissance des startups du numérique.

Frederic Wohlwend est un vétéran des technologies de l’information et de la finance.

Crédits: Marc Amiguet

Waypoint Capital, la société d’investissements  d’Ernesto Bertarelli, incube différents types de gestion d’actifs. Après avoir intégré Kedge Capital dans l’alternatif, il a lancé deux entités dédiées à l’immobilier: Crosstree et Roxbury. Mais ce qui distingue Waypoint d’autres holding familiales, c’est surtout son engagement dans le capital-risque. 

Avec Christopher Viehbacher, Ernesto Bertarelli a commencé par privilégier un domaine qu’il connaissait bien, les biotechnologies, en créant Gurnet Point Capital. Avec Frederic Wohlwend, qui traitait déjà pour lui les demandes d’investissement, il a ensuite créé Forestay Capital pour s’engager dans un domaine plus éloigné de son premier centre d’intérêt: le numérique. C’est la startup lausannoise Nexthink, spécialiste des outils d’analyse digitale sur le lieu de travail, qui a bénéficié la première du soutien financier de Forestay en avril 2016. 

Ce premier deal sera suivi par un investissement dans Wasabi. «Une entreprise de Boston qui développe du stockage cloud 80% moins cher que celui d’Amazon S3 et 6 fois plus rapide», selon Frederic Wohlwend. Il a aussi sélectionné Mobeewave, startup canadienne dont la solution entièrement logicielle transforme un smartphone en terminal de paiement pour carte bancaire, et Fornova, entreprise israélienne qui optimise la vente numérique des nuitées hôtelières. Forestay a aussi investi dans BlueBotics, spin-off de l’EPFL dans les logiciels de navigation pour l’automatisation de véhicules industriels et les robots de logistique. 

Pari sur la croissance de l’Europe

Avec la startup belge Icometrix, Frederic Wohlwend vient de dénicher une nouvelle perle. Cette entreprise analyse des images d’IRM afin de faciliter le diagnostic des maladies neurologiques. Elle le fait cependant avec les nouveaux outils de l’intelligence artificielle (deep learning) et avec des niveaux de précision qui lui ont valu l’agrément de la FDA américaine et facilite le diagnostic précoce de la maladie d’Alzheimer ou de la sclérose en plaques.

Ces investissements dessinent la stratégie de Frederic Wohlwend et d’Ernesto Bertarelli dans le numérique. «Nous choisissons des sociétés ayant déjà des revenus mais pas forcément en late stage», explique le premier. Qui ajoute: «Nos financements sont conçus comme des exponentiels de croissance.» Le financement de la croissance étant notoirement insuffisant en Suisse et en Europe, Forestay pallie ainsi le problème de petite taille de nombreux fonds de capital-risque européens qui n’ont pas assez de réserves pour suivre lorsque le montant des tours augmente. 

«Nous pensons investir dans une quinzaine d’entreprises dans les quatre ans qui viennent, précise Frederic Wohlwend. Nous disposons d’un fonds fermé de bonne taille afin de pouvoir continuer à investir au fil des tours.» Pour assurer cette continuité, Forestay prend systématiquement un siège au conseil d’administration. «Nous chassons principalement dans les grands hubs européens: Paris, Londres, Stockholm, Berlin, Tel-Aviv et bien sûr la Suisse.» Comme le rappelait Ernesto Bertarelli lors d’un récent voyage à Boston «il est important de garder nos talents et de leur permettre de développer leurs entreprises en Suisse, sans forcément avoir besoin de s’exiler pour grandir».

Ce positionnement croissance et Europe est une très bonne nouvelle pour les entreprises du numérique européen. C’est à ce niveau en effet que les Américains puis les Chinois ont systématiquement fait la différence en mobilisant de très gros montants sur des vainqueurs qui éliminent avec ces moyens leurs concurrents. 

Fabrice Delaye
Fabrice Delaye

JOURNALISTE

Lui écrire

Fabrice Delaye a découvert Internet le 18 juillet 1994 sur les écrans des inventeurs du Web au CERN. La NASA diffusait ce jour-là les images prises quasi en direct par Hubble de la collision de la comète Shoemaker-Levy sur la planète Jupiter…Fasciné, il suit depuis ses intuitions sur les autoroutes de l’information, les sentiers de traverse de la biologie et étend ses explorations de la microélectronique aux infrastructures géantes de l’énergie.

L’idée ? Montrer aux lecteurs de Bilan les labos qui fabriquent notre futur immédiat; éclairer les bases créatives de notre économie. Responsable de la rubrique techno de Bilan depuis 2006 après avoir été correspondant de L’Agefi aux Etats-Unis en association avec la Technology Review du MIT, Fabrice Delaye est diplômé de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris et de l’EPFL.

Membre du jury des SwissICT Awards, du comité éditorial de la conférence Lift et expert auprès de TA-Swiss à l’Académie Suisse des Arts et des Sciences, Fabrice Delaye est l’auteur de la première biographie du président de l’EPFL, Patrick Aebischer.

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