Bilan

Hedge funds: une alternative aux obligations

Les obligations en francs suisses ne rapportent quasi rien et sont exposées au risque de hausse des taux. Se reporter vers des hedge funds peut contribuer à sécuriser un portefeuille.
  • Miser en partie sur les hedge funds permet d’«augmenter le rendement tout en diminuant la volatilité».

    Crédits: Getty Images
  • Sylvie Golay Markovich analyse les titres à revenu fixe chez Credit Suisse.

    Crédits: Dr

Traditionnellement, dans le portefeuille de placement dit «équilibré» d’une caisse de pension suisse, les allocations d’actifs font la part belle aux obligations. Ces titres à revenu fixe offrent un coupon régulier et les obligations déjà émises prennent de la valeur en période de baisse des taux.

Or la tendance à la baisse des taux d’intérêt – en Suisse comme dans le reste du monde – dure depuis de nombreuses années. Au point que «les obligations s’affichent comme l’actif qui a le plus performé depuis 1986», relève Yannick Leydet, conseiller en gestion de portefeuille pour la clientèle institutionnelle de Credit Suisse. La donne a toutefois commencé à changer.

D’une part, lorsqu’une obligation arrive à échéance, il est impossible de trouver des titres récents offrant le même coupon puisque les taux d’intérêt étant orientés à la baisse les émetteurs se montrent de moins en moins généreux au fil du temps. Au point que depuis des mois, la Suisse, mais aussi l’Allemagne ou le Danemark empruntent à court terme à des taux réels négatifs.

Tout simplement parce que les investisseurs, à la recherche de sécurité, sont prêts à payer bien plus que 100 une obligation émise à ce prix. Résultat: le rendement réel passe en dessous de zéro. 

Difficile dans ces conditions d’espérer une performance alléchante sur un portefeuille comportant un gros compartiment obligataire. Sauf à prendre des risques. Ce qu’ont fait justement les investisseurs – particuliers comme caisses de pension – en augmentant la duration de la part obligataire de leur fortune. La duration se définit comme la durée de vie moyenne d’une obligation, pondérée de l’ensemble des revenus attendus.

Au-delà de cette définition un brin complexe, la duration est surtout la période à l’issue de laquelle la rentabilité du compartiment obligataire d’un portefeuille n’est pas affectée par les variations de taux d’intérêt. Donc, plus cette duration est élevée, plus les obligations en portefeuille sont susceptibles de perdre de la valeur en cas de hausse des taux d’intérêt.

Or, «sur les obligations en francs suisses, la duration a globalement augmenté ces dernières années», constate Sylvie Golay Markovich, responsable de l’analyse des titres à revenu fixe à Credit Suisse. Et d’avertir: «Même une très faible augmentation des taux provoquerait une performance négative sur les obligations souveraines en euros et en francs. Il y a donc un risque de perte sur la partie obligataire de certains portefeuilles.»

Risque accentué par le fait que si beaucoup de détenteurs d’obligations voulaient les vendre en même temps, les prix pourraient chuter plus rapidement que par le passé, car les banques étant contraintes par les nouvelles règles prudentielles de réduire leurs activités pour compte propre, «il y a moins de liquidité sur les marchés». 

Le risque de taux existe

Les marchés nous ont d’ailleurs donné un avant-goût de possibles turbulences à venir sur les obligations avec les variations erratiques sur le taux d’intérêt du bund allemand depuis avril dernier. Début avril, rassurés par la politique de rachat d’actifs de la BCE, les investisseurs achetaient en masse cette obligation d’Etat allemande à 10 ans, maintenant son rendement autour de zéro.

Depuis, l’humeur a changé: inquiétés par les signes d’une future hausse des taux d’intérêt par la Fed et par une inflation moins faible qu’attendue en Europe, ils ont vendu ces obligations souveraines, faisant grimper momentanément le taux d’intérêt sur le bund à près de 1% début juin. Lors de telles variations, ceux qui ont ces titres en portefeuille perdent de l’argent.

Surtout, le retour de la volatilité sur tous les marchés est bien là, et le risque de taux menace la valeur des obligations. Ce sont deux bonnes raisons de redécouvrir les hedge funds.

Ces véhicules de placement étant soumis à moins de contraintes que les classiques fonds de placement, ils sont mieux à même de profiter de la volatilité. En outre, leur performance est relativement décorrélée de celle des autres marchés puisqu’ils utilisent largement la vente à découvert et les produits dérivés pour engranger de la performance dans les phases de baisse des actions ou des obligations.

Théoriquement, miser une part de sa fortune sur les hedge funds «contribue à augmenter le rendement tout en diminuant la volatilité», affirme Yannick Leydet. Ainsi, pour protéger la part obligataire de son portefeuille, une caisse de pension ou un particulier «pourrait constituer un panier de trois hedge funds menant des stratégies distinctes dans le fixed income arbitrage: le premier focalisé sur les prêts immobiliers aux Etats-Unis, le second sur les obligations à haut rendement en Europe, et le troisième sur la couverture du risque de catastrophes naturelles qui est décorrélé des autres marchés».

Quid de la liquidité sur un tel panier, alors que nombre d’investisseurs gardent en mémoire les pertes subies sur les hedge funds en 2008-2009 faute de liquidité sur ces produits alternatifs? «Elle reste assez souple, avec des possibilités de retraits mensuels et trimestriels.» En outre, «un tel panier devrait relativement bien résister à un effet de panique sur les marchés».

Reste que les hedge funds, produits de placement complexes, ne sont à conseiller qu’à des investisseurs avertis.

Geneviève Brunet

Aucun titre

Lui écrire

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."