Bilan

Gstaad et Verbier en proie à l’attentisme

Le marché immobilier de luxe en région de montagne fait une pause en attendant la manière dont sera appliquée la Lex Weber. Une centaine d’autorisations sont concernées à Verbier.
A Verbier, le prix du mètre carré est passé de 3780 francs en 1982 à 27 552 francs aujourd’hui. Crédits: Chantal Dervey/24h

Verbier est-elle une station bon marché? A 27 552 francs en février 2013, le mètre carré n’est pas précisément à des prix populaires. Mais tout est relatif: à Gstaad, autour du palace, le mètre carré s’échange entre 45 000 et 50 000 francs. Mais ici les chiffres ne sont pas au franc près: contrairement à Verbier la transparente, Gstaad a la culture du secret, et seuls quelques initiés peuvent lever un coin du voile.

Parmi eux, Denis Burrus, à l’enseigne de son agence Burrus & Partners, un spécialiste du marché immobilier de luxe, venu s’installer dans la station de l’Oberland.

La fiabilité des prix est donc relative, d’autant que 2012 a été une année difficile sur le plan des transactions. «Cela redémarre un peu»,  relève Denis Burrus. Selon lui, l’acceptation de l’initiative Weber le 11 mars a «tué le marché». Mais pas au point de faire descendre les prix, et d’ailleurs le marché n’est pas tout à fait mort: l’Hôtel Alpina a vendu des appartements à des Russes à des prix oscillant entre 55 000 et 60 000 francs le mètre carré.

A Courchevel, où ils sont paraît-il nombreux, le mètre carré s’échangerait aux environs de 100 000 euros. Gstaad préfère miser sur sa clientèle traditionnelle: des Anglo-Saxons, beaucoup de Français, des Grecs notamment. «Surtout des familles», précise Denis Burrus. Des familles fortunées, souvent des anciens du Rosey, venues s’établir à Gstaad au bénéfice d’un forfait. 

La votation sur l’abolition des forfaits dans le canton de Berne a été un autre élément de déstabilisation du marché. La campagne des partisans du projet a été intrusive, ces derniers n’ayant pas hésité à dresser une liste, avec des commentaires pas toujours très flatteurs, comprenant les noms de quelque 160 résidents avec adresse à Gstaad, présumés au forfait jusqu’à preuve du contraire.

La liste est encore incomplète: beaucoup de boîtes aux lettres n’ont pas de nom ou alors celui de «Mustermann» (échantillon) laissé par l’installateur. Dans l’immédiat, la situation se présente mieux car beaucoup de permis de construire ont été délivrés avant la fin de l’année pour faire des réserves avant l’entrée en vigueur de l’initiative Weber. «Mais d’ici deux ou trois ans, on ne pourra plus construire», prévient Denis Burrus, qui rappelle que la proportion de résidences secondaires atteint les 60%.

11 mars ou 31 décembre?

La problématique est la même à Verbier où elle est de 64%. Mais là, Daniel Guinnard, responsable de l’agence Guinnard Immobilier et Tourisme, fait état de l’incertitude juridique qui pèse toujours sur la date applicable: «Si c’est le 11 mars, ce sera difficile. Si c’est le 31 décembre, il y aura pléthore d’offres pendant un certain temps.» Sur la commune de Bagnes, où se trouve Verbier, une centaine de projets sont concernés sur un peu plus de mille en Valais, le double au niveau suisse.

Si la date du 31 décembre est retenue, ce sera un soulagement avec un risque à la clé: les autorisations de construire ainsi validées resteront valables trois ans et les biens qui n’auront pas trouvé preneur durant ce délai ne seront plus que difficilement vendables.

Sur le plan des prix, «Verbier a toujours été bien inférieur à Gstaad», relève Daniel Guinnard, mais l’écart tend à s’amenuiser. Depuis deux ou trois ans, observe pour sa part Denis Burrus, la station valaisanne se positionne sur le créneau du luxe. De fait, la montée des prix s’accélère: le mètre carré neuf se traitait à 3780 francs en 1982, avant de presque tripler en deux décennies, à 10 121 francs en 2002.

Huit ans plus tard, en 2010, ce prix avait déjà plus que doublé à 22 570 francs, avant de s’inscrire dernièrement à 27 552 francs. L’écart avec Gstaad n’est donc plus très impressionnant. Les prix de Verbier sont d’autant plus intéressants que 42% des propriétaires sont Suisses. Un gage de fidélité dans la perspective de temps peut-être moins faciles...  

 

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."