Bilan

Grèce, l’insoutenable lourdeur de la dette

Si l’on corrige l’impact pervers de l’austérité sur le ratio d’endettement, il apparaît que le pays affiche des finances publiques positives depuis deux ans. Il faudrait en tenir compte.
  • Crédits: Louisa Gouliamaki/AFP

«Le Père Noël en Grèce? Pas avant 2015!» C’est ainsi que je titrais, il y a trois ans, une chronique dans laquelle je détaillais un cadeau de Mme Angela Merkel – si, si, vous avez bien lu – à la Grèce. Dans un élan de générosité rare, la chancelière allemande se disait prête à envisager d’effacer une partie de la dette grecque. Le cadeau était tout de même assorti d’une condition: que les finances publiques de la Grèce mettent du noir dans leur rouge, jusqu’à ce que mort du déficit s’ensuive.

Pour la Grèce, le 3e plan d’aide signé récemment avec ses créanciers a comme un goût de déjà vu: les uns demandent de l’argent pour rembourser leurs dettes (c’est un peu comme de s’octroyer une nouvelle carte de crédit pour payer les découverts de la précédente, une pratique assez courante aux Etats-Unis…), les autres exigent des réformes qui ont comme impact immédiat de pousser le pays vers la récession et prétériter sa capacité à rembourser ses dettes!

Le PIB potentiel, plus juste

Le graphique ci-contre en témoigne: à l’aune de la balance primaire (solde du budget hors intérêts payés sur la dette) ramenée au PIB potentiel, la Grèce remplit la condition dictée par la chancelière allemande, et ce depuis plus de deux ans. Dans l’accord scellé le 11 août dernier, les négociateurs ont exigé de la Grèce que sa balance primaire revienne aux chiffres noirs dès l’année prochaine. Sauf que la balance primaire est ici comparée au PIB effectif et non pas potentiel, une nuance de taille. Illustration.

Le PIB potentiel est une mesure théorique du niveau que le PIB atteindrait si toutes les ressources productives étaient utilisées. L’utilisation de cette variable corrige l’impact pervers de l’austérité sur le ratio d’endettement. 

La preuve: en 2011, la dette de la Grèce atteignait la somme vertigineuse de 356 milliards d’euros. Aujourd’hui, elle a été réduite à 317 milliards. Vous vous dites sans doute que le ratio de la dette ramenée au PIB a diminué durant cette période? Que nenni, il a augmenté de 171 à 177%! En cause, c’est bien sûr l’austérité, qui a effacé une proportion du PIB plus importante que la réduction de la dette. Si le dénominateur du ratio diminue plus rapidement que le numérateur, le ratio augmente, voilà tout.

D’où la nécessité d’utiliser une mesure comme le PIB potentiel qui ne tienne pas compte de l’impact conjoncturel de la cure sévère d’austérité, comme en témoigne la largeur des barres indiquant les récessions qu’a connues la Grèce depuis l’avènement de l’euro. 

D’où la nécessité également d’y aller doucement avec des mesures d’austérité qui peuvent paradoxalement se traduire par des ratios d’endettement plus élevés. C’est exactement ce qui s’est passé aux Etats-Unis au début de la Grande Dépression, jusqu’à ce qu’un certain Roosevelt réalise qu’il y a un autre moyen de réduire le ratio d’endettement:
que le PIB augmente plus rapidement que la dette! Dans l’immédiat, il faut se résoudre à une évidence: la dette de la Grèce est trop lourde pour être soutenable et… il est temps de rappeler à Angela Merkel qu’il faut tenir ses promesses!  

* Professeur en macrofinance à l’Université  de Genève.

Michel Girardin*

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