Bilan

Grandes banques dans la tourmente

Trop lentes à se restructurer après 2008, les banques européennes dégringolent en bourse. Credit Suisse et Deutsche Bank se distinguent dans le rôle d’enfants terribles.
  • Tidjane Thiam, CEO de CSG depuis juin 2015.

    Crédits: Dr
  • John Cryan, CEO de DB depuis juillet 2015.

    Crédits: Dr

Un vent de panique souffle sur le secteur bancaire européen. Depuis le 1er janvier, les établissements du Vieux-Continent ont perdu un quart de leur valeur en bourse. Une dégringolade encore plus rapide qu’en 2008, lors de la crise des subprimes.

A la base de ce sauve-qui-peut: la crainte que les banques, très exposées au secteur pétrolier, soient emportées, via un effet de dominos, par la chute des prix du baril. Les marchés redoutent un effet de contagion, similaire à celui de la crise de la dette en zone euro, en 2011. Les Etats avaient alors volé au secours de leurs banques pour éviter l’assèchement des liquidités.

Chez Prime Partners, François Savary décrypte: «La crise de 2008 a mis les banques devant l’impératif de réduire la taille de leur bilan et d’améliorer leur ratio de fonds propres. Les établissements américains ont mené cette tâche au pas de charge, en sacrifiant les dividendes, bien plus rapidement que leurs concurrents européens. Sur le Vieux-Continent, la garantie d’Etat a permis aux banques de différer les mesures drastiques. Aujourd’hui en situation délicate, elles sont contraintes de se séparer d’actifs à des conditions peu favorables.»

Deux enfants terribles focalisent l’attention des observateurs: Deutsche Bank (DB) et Credit Suisse Group (CSG), avec respectivement des pertes de 7 milliards de francs et 3  milliards de francs pour l’exercice 2015. Toutes deux ont un nouveau CEO recruté afin de remettre sur pied des établissements à bout de souffle. Le Franco-Ivoirien Tidjane Thiam chapeaute CSG depuis juin dernier et le Britannique John Cryan a pris la tête de la DB – en codirection avec Jürgen Fitschen – un mois plus tard.

«Afin de marquer leur arrivée, ils ont immédiatement pris des mesures énergiques qui ont fait plonger les résultats dans le rouge. Du moins d’un point de vue optique, car il ne s’agit pas exclusivement de pertes opérationnelles. John Cryan a annoncé d’importantes provisions, tandis que Tidjane Thiam a amorti une partie du goodwill», relève Loïc Bhend, analyste chez Bordier.

En recul de 35% depuis le début de l’année, le titre Deutsche Bank s’est stabilisé à la mi-février suite à l’annonce d’un important rachat de dette qui a rassuré les investisseurs. Restent les handicaps d’une faible rentabilité, d’une capitalisation jugée insuffisante et d’une possible augmentation de capital. A cela s’ajoute le règlement de quelque 2000 litiges juridiques qui ont coûté en 2015 la bagatelle de 5  milliards d’euros.  

D’énormes défis pour Tidjane Thiam

Quant à Credit Suisse Group, sa valorisation s’est effondrée de 40% ces deux derniers mois. Le CEO Tidjane Thiam doit relever rapidement d’énormes défis: réajustement de la taille de la banque d’investissement, repositionnement stratégique et restructuration de l’ensemble de la banque. Ces transformations impliquent des coûts importants, alors qu’un ralentissement mondial et des taux bas, voire négatifs, plombent les marges. Autant de conditions qui péjorent le ratio de fonds propres. 

«UBS affiche un ratio de solvabilité de 14,5%, contre 11,5% pour CSG. Le taux de CSG reste dans les valeurs réglementaires mais laisse peu de marge de manœuvre. Or la stratégie de Tidjane Thiam repose notamment sur la croissance des affaires en Asie, au moment où l’Extrême-Orient affronte un creux conjoncturel. De quoi susciter le scepticisme des marchés.»

Faut-il redouter un risque systémique? «Non, la situation n’est pas critique à ce point chez CSG, rétorque François Savary. Les marchés ont surtout été alarmés par la charge liée à l’amortissement du goodwill. Une tâche que les anciens dirigeants ont préféré repousser alors que Tidjane Thiam a entrepris le nettoyage nécessaire afin d’alléger le bilan.» Loïc Bhend prolonge: «CSG détient notamment avec sa banque domestique un actif dont l’introduction partielle en bourse permettrait de lever des fonds. La banque n’est pas aux abois.» 

Analyste chez Pictet, Yann Goffinet souligne dans une étude que les banques européennes vont mieux que les investisseurs semblent le croire, au niveau des liquidités comme de la solvabilité. Mais il prévient: «Le secteur doit surmonter une carence de profitabilité. Tant que subsiste une tendance globale à la déflation alimentée par l’affaiblissement du yuan chinois, les banques auront du mal à livrer des performances durables.»

Mary Vacharidis
Mary Vakaridis

JOURNALISTE

Lui écrire

Journaliste chez Bilan, Mary Vakaridis vit à Zurich depuis 1997. Durant sa carrière professionnelle, elle a travaillé pour différents titres de la presse quotidienne, ainsi que pour la télévision puis la radio romandes (RTS). Diplômée de l'Université de Lausanne en Lettres, elle chérit son statut de journaliste qui lui permet de laisser libre cours à sa curiosité.

Du même auteur:

CFF: Comment éviter le scénario catastrophe
L’omerta sur le harcèlement sexuel existe aussi en suisse

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."