Bilan

Genève domine le négoce, un secteur qui pèse plus lourd que le tourisme dans le PIB suisse

Genève est une capitale mondiale. Lors des deux cents dernières années, ce fut incontestablement celle de la gestion de fortune privée. Pour les deux cents prochaines, ce sera probablement celle du négoce de matières premières. Cette réalité née dans les années 1970 s’est accentuée dans les années 1990, au gré d’un exode massif de grands noms du négoce pétrolier, minier et agricole venus s’établir à Genève, comme Vitol, Total, Gunvor, Louis Dreyfus, Mercuria, Litasco, Cargill et Bunge.

Ces négociants aujourd’hui immensément riches sont si discrets qu’ils peuvent toujours se promener incognito à Genève. Grâce à eux, la Cité de Calvin est devenue le centre où se traite un tiers des volumes mondiaux de pétrole, dont au moins 80 à 85% du pétrole russe et 65 à 70% du kazakh. Ils ont hissé la ville au rang de numéro un mondial dans le négoce agricole (céréales, oléagineux, riz), et de numéro un européen dans le coton et le sucre. A Genève se négocient en outre 10% des exportations mondiales d’acier. Et en matière de shipping, 20% des affrètements mondiaux s’organisent au bout du Léman, siège de Mediterranean Shipping Company (MSC), l’un des leaders des porte-conteneurs avec 400 cargos. Quelques chiffres résument l’importance de cette activité autour de l’arc lémanique: 400 sociétés, 800 milliards de francs de chiffre d’affaires annuel, 8000 à 9000 emplois directs, qui croissent à un rythme de 5% par an, selon l’Association genevoise du négoce et de l’affrètement (GTSA). Et le phénomène se poursuit, comme en témoigne l’annonce, fin août 2010, de l’arrivée prochaine à Genève de United Coffee, le numéro un de la torréfaction de café en Europe. Cargill, qui traite déjà les denrées agricoles depuis Genève, prévoit d’y monter une nouvelle équipe pour traiter les transactions sur les métaux de base (cuivre, aluminium, zinc et nickel), selon Reuters.

A l’instar de l’industrie des hedge funds, qui a aussi amorcé un mouvement de relocalisation vers la Suisse, l’exode des négociants est contrôlé: le phénomène n’est pas massif, mais régulier. Il s’accompagne depuis 2009 de l’arrivée de sociétés aux activités connexes à Zoug, où se sont installés coup sur coup Transocean, le leader mondial de l’exploration en mer, puis le géant texan de l’énergie Weatherford, puis NobleCorporation, le numéro deux du forage en mer. Son CEO, David Williams, a invoqué «l’environnement stable des affaires» et «les règles fiscales qui ont fait leurs preuves». Le taux d’imposition sur le bénéfice se situe aux environs de 10% pour une société auxiliaire incorporée à Zoug, contre 12% à Genève. Mais cette dernière accapare l’essentiel des acteurs du négoce.

Un secteur promis à la croissance

L’effervescence du secteur se mesure aussi à la possible entrée en bourse (IPO) prochaine de Glencore. Le numéro un mondial des matières premières établi à Baar (ZG) pourrait alternativement opter pour une fusion avec Xstrata. Une cotation de Glencore en Europe représenterait, pour le secteur, une révolution similaire à l’entrée en bourse de Goldman Sachs en 1999.

Pour Genève, occuper une position de leader dans le négoce est un atout indéniable. «Le secteur est particulièrement porteur aujourd’hui, souligne Jacques-Olivier Thomann, responsable de l’activité de financement des matières premières chez BNP Paribas en Suisse et président de la GTSA. D’une part, ce secteur concerne les matières premières, qui sont des biens stratégiques et qui connaissent un engouement croissant. D’autre part, ces biens se concentrent sur des régions elles aussi porteuses: les pays émergents, qui sont le moteur de la croissance de demain.» Sans compter que l’économie réelle a le vent en poupe, les investisseurs se montrant pour l’heure désillusionnés face aux placements boursiers.

Au moins 10% de l’économie genevoise

Si Genève régate dans ce domaine avec New York, Londres, Singapour et Dubaï, elle jouit d’une position à part, selon Jacques-Olivier Thomann. «Ici on trouve à la fois les négociants et les banques qui les financent. C’est la ville où se cumulent toutes les compétences liées à ce secteur. Nulle part on ne trouve cette concentration à la fois des principaux banquiers ayant développé l’expertise du financement de ces activités, de tous les numéros un mondiaux des matières premières, et du numéro un mondial de la certification, la SGS, sans compter les sociétés de conseil, les avocats et les sociétés de services qui gravitent autour de cette industrie.» Difficile, dans ces conditions, d’exclure une présence à Genève. Trafigura (officiellement basée à Lucerne, avec une filiale à Genève) et Louis Dreyfus employaient, à leur arrivée, une poignée de collaborateurs. Aujourd’hui, ils se comptent par centaines. Chaque mois, ces sociétés rapatrient de Londres des équipes de traders.

L’activité de négoce de matières premières comme le pétrole, les grains et l’énergie basée à Genève et à Zoug contribue désormais à hauteur de 2,5% au PIB suisse, soit plus que le secteur du tourisme, a estimé en avril l’institut de recherche conjoncturelle KOF. Pour Genève, le chiffre est nettement supérieur, selon la GTSA. «Il n’existe pas de statistiques permettant d’évaluer la part exacte de ce secteur dans l’économie genevoise, affirme Jacques-Olivier Thomann. Nous avons tenté des estimations, et le résultat – que nous annoncerons bientôt – pourrait se situer au-dessus de 10% pour Genève.»

Il faut en effet inclure l’activité de «trade finance», à savoir le financement du négoce, dans laquelle Genève est aussi le leader. Le numéro un mondial est BNP Paribas, qui selon nos sources, financerait chaque jour, depuis Genève, plus d’un milliard de dollars d’échanges de matières premières. Les autres gros acteurs de trade finance sont Crédit Agricole, UBS, Credit Suisse, ING, la BCV (qui est sortie du pétrole et du shipping mais qui reste active dans les métaux et l’agriculture), la BCGE, Rosbank, et des acteurs plus modestes comme la Banque de Commerce et de Placement (BCP). La spécialité des banques de financement genevoises, ce sont leurs relations étroites avec des pays émergents comme la Russie, les ex-républiques soviétiques et les Etats baltes, l’Afrique et l’Amérique du Sud. Cette activité de trade finance contribue aussi à la part élevée du secteur dans le PIB. «Ce qui complique les calculs, explique Jacques-Olivier Thomann, c’est le fait que les banques ne publient pas la part de leurs résultats qui provient du financement du négoce de matières premières.» L’Association suisse des banquiers a estimé que ce secteur contribue à 4 milliards de francs à l’économie helvétique.

Le statut de société auxiliaire

Si toute l’activité liée au négoce de matières premières représente vraiment plus de 10% de l’économie genevoise, cela voudrait dire que le secteur représente le deuxième moteur de l’économie genevoise, après les banques. Suite à la crise financière de 2008, les banques ont payé beaucoup moins d’impôts que les années précédentes, alors que les sociétés de négoce ont réalisé l’une de leurs meilleures années en 2008, puis également en 2009. Cela a opéré comme un amortisseur pour l’économie cantonale.

«En termes de contribution à l’économie, estime le conseiller d’Etat David Hiler, ce secteur est encore en expansion, là où d’autres arrivent à maturité et doivent passer par des changements de modèle d’affaires. Le négoce quant à lui est un secteur moteur, très important aussi par ses fortes synergies avec le reste de l’économie.»

Si toutes ces sociétés se concentrent sur Genève et d’autres cantons suisses comme Zoug, c’est que les conditions fiscales expliquent en partie le phénomène, qui voit les négociants tendre actuellement à fuir les hausses d’impôts en Grande-Bretagne.

A Genève, les sociétés de négoce bénéficient en général du régime fiscal dit de sociétés auxiliaires, ce qui leur permet de limiter leur taux d’imposition sur le bénéfice à 12% en moyenne, soit la moitié du taux ordinaire. En effet, comme leur activité se déploie à l’étranger, elles ne paient au canton qu’un pourcentage sur ces affaires. En termes fiscaux, le secteur du négoce est aujourd’hui le deuxième ou troisième contributeur à l’impôt fédéral direct pour Genève.

Or le statut de sociétés auxiliaires, qui concerne la plupart des sociétés de négoce, est actuellement dans le collimateur de l’UE, qui estime qu’il représente une concurrence fiscale dommageable. Si la Suisse devait l’abroger, aurait-elle une solution de rechange? «Il faudrait que le canton prenne la voie neuchâteloise et décide de baisser significativement l’impôt sur les bénéfices des personnes morales en général, préconise l’avocat fiscaliste Pietro Sansonetti, associé à l’étude Schellenberg Wittmer. Il faudrait que la charge fiscale de ces sociétés reste compétitive en comparaison internationale» (lire à ce sujet l’interview du conseiller d’Etat David Hiler en page 64).

Mais les avantages fiscaux ne s’arrêtent pas là. Aux actionnaires de ces sociétés, l’administration fiscale cantonale offre des forfaits fiscaux, à l’instar de Gennadi Timchenko qui, avec Torbjörn Törnqvist, se partage le capital de Gunvor, le géant genevois du négoce pétrolier. En 2002, Gennadi Timchenko s’est installé avec sa famille dans une villa à 18 millions de francs à Cologny. Le Russe de 56 ans, dont la fortune est estimée par Bilan entre 2 et 3 milliards de francs, paie au canton un forfait fiscal modéré. Cela dit, «toutes les sociétés de trading ne sont de loin pas détenues par des résidents genevois au bénéfice d’un tel régime d’imposition, observe Pietro Sansonetti, ces sociétés faisant souvent partie de groupes internationaux». Dans ce cas, les parts de la société suisse sont détenues par le biais d’une société étrangère.

 

SUCRE La Cité de Calvin est numéro un européen du secteur

 

Une «déferlante chinoise» à venir

«Pour ces sociétés, les conditions fiscales seraient en fait meilleures à Singapour ou à Dubaï, nuance Jacques-Olivier Thomann, mais elles préfèrent s’installer à Genève en raison de la forte concentration de compétences.» Le président de GTSA ne prend pas cette situation comme définitivement acquise. «Autant les banques sont des entreprises qui ont de la peine à déménager, autant les sociétés de négoce peuvent très rapidement prendre une telle décision. Des sociétés comme Trafigura ou Mercuria sont également présentes à Londres, Singapour et New York. Il leur serait aisé, le cas échéant, de plier bagage.» Cela dit, le responsable de BNP Paribas reste convaincu qu’à l’heure actuelle, «la qualité de travail reconnue de Genève va les retenir». C’est aussi l’avis d’Eric André, PDG de Suisse-Atlantique, le principal armateur suisse basé à Renens: «En raison des réglementations de plus en plus restrictives à l’étranger, le négoce ainsi que les activités générées par cette branche continueront de croître à Genève et sur l’arc lémanique.»

Le rachat par Sinopec, en juin 2009, du groupe canadien Addax Petroleum, qui avait une succursale à Genève, a montré l’intérêt des Chinois pour le secteur. La stratégie de la Chine consiste à prendre des positions dans les matières premières en achetant des producteurs, comme l’a aussi montré la prise de participation de 15% du fonds souverain chinois CIC dans Noble Group. Pour Jacques-Olivier Thomann, les Chinois seront la troisième vague de négociants qui viendront s’installer à Genève, après les Russes (deuxième vague des années 1990) et les sociétés pétrolières et les cotonniers (première vague des années 1970). «Ils arrivent, assure le spécialiste du trade finance. Genève n’est peut-être pas encore tout à fait apparue sur leur radar, mais le jour où ils réaliseront qu’il faut y être, il y aura une déferlante.»

Depuis 2000, les «commodities» intéressent fortement les investisseurs, qui en ont fait une classe d’actifs à part entière, dont l’encours sous gestion atteint désormais 300 milliards de dollars. En 2000, le marché atteignait seulement 10 milliards. La croissance a donc dépassé les 25 milliards par année sur dix ans. Devenues un produit financier, les matières premières sont vulnérables à la spéculation, c’est-à-dire à l’effet, sur les prix des matières premières physiques, des interventions des investisseurs sur le marché des contrats à terme cotés. Cette activité ne se passe pas à Genève, mais à Londres et à New York.

Dans l’univers du négoce pétrolier, il existe en effet deux univers. Celui des opérateurs physiques qui ont pour fonction l’approvisionnement en matières premières des marchés mondiaux. Ce sont ces négociants qui acheminent les cargaisons physiques par bateaux, par trains ou par camions, et qui constituent les stocks nécessaires pour répondre à la demande. Les négociants basés à Genève font partie de cette catégorie. D’autre part, il y a l’univers des opérateurs financiers qui utilisent les marchés futures des matières premières pour investir les fonds de leurs clients. Il s’agit principalement des grandes banques d’investissement anglo-saxonnes et des fonds d’investissement (hedge funds).

Les ETF possèdent le tiers des futures sur matières premières

Il est très difficile de déterminer qui influence le prix et à quel degré. D’autant que les deux mondes sont en réalité mélangés, puisque les négociants en pétrole et autres matières physiques utilisent eux aussi des contrats futures. «Ils utilisent ces futures et options essentiellement pour un but légitime, explique Jacques-Olivier Thomann: se couvrir contre les fortes variations des prix. Entre le moment où le pétrole sort de terre et où il arrive dans une citerne ici, il peut se passer plusieurs semaines, et le négociant doit se protéger contre la baisse de prix.» Tout comme les industriels couvrent leur risque de change à l’aide de dérivés, ceux qui négocient du coton, du pétrole, du café sont exposés à ces changements brusques de prix et doivent neutraliser ce risque. Ils vendent donc des futures sur les marchés de Londres, New York ou Chicago pour arbitrer le risque de prix. «Dans leur cas, ajoute le financier, ne pas assurer le prix serait une forme de spéculation, comme quelqu’un qui ne prendrait pas d’assurance incendie pour son bâtiment.»

Mais il est clair que certains négociants utilisent ces marchés à terme pour spéculer, comme les investisseurs financiers, à savoir réaliser un gain sur la différence entre la valeur présente et future de la marchandise sous-jacente. En effet, un négociant bénéficie d’une information privilégiée puisqu’il traite le sous-jacent. Il peut donc choisir de «hedger» le prix avec un timing «opportuniste», qui lui permet le cas échéant de réaliser une marge supplémentaire. Les industriels qui couvrent leur risque de change tentent de manière similaire de tirer un profit de cette couverture.

Du commerce à la spéculation

Comme le craint la Food and Agricultural Organisation (FAO), le poids des investisseurs financiers est susceptible d’influencer les prix exagérément à la hausse, faisant flamber les prix des aliments de base. «Les investissements spéculatifs pourraient renforcer la tendance et faire augmenter le prix à terme plus haut que son véritable cours d’équilibre, surtout si de nombreux investisseurs suivent la même tendance («effet de mimétisme») ou si ceux qui investissent ont suffisamment de fonds pour influencer le marché», note l’organisation onusienne dans un rapport de juin 2010. «Les fonds indiciels, ajoute le rapport, sont un exemple de ces investisseurs puissants. Ce sont désormais des acteurs-clés du marché et ils possèdent environ 25 à 35% de tous les contrats à terme agricoles.» Et en effet, l’industrie de l’asset management (gestion d’actifs) a massivement recours aux fonds indiciels pour gagner une exposition aux matières premières.

Les indices sur lesquels se basent les Exchange Traded Funds (ETF) pour investir dans les matières premières sont le S&P GSCI, le Dow Jones-UBS, et le Thomson Reuters/Jefferies CRB. Ces indices sont basés sur les contrats à terme (futures).

Pour Jacques-Olivier Thomann également, la hausse des prix des matières premières des dix dernières années provient en grande partie des investissements massifs réalisés par l’industrie de l’investissement financier vers les matières premières comme nouvelle classe d’actifs. «Il est devenu assez typique d’avoir quelques pour-cent de matières premières dans les portefeuilles. Or les gérants d’actifs allouent cette part par le biais de contrats de futures et d’options, les instruments les plus pratiques pour s’y exposer.» Le poids de ces investissements représente un multiple des volumes traités normalement sur les marchés futures, et c’est ainsi que les prix montent. «Or quand les prix à terme prennent l’ascenseur, tout le marché suit, car lorsqu’un négociant signe un contrat pour la livraison de matières premières, le prix payé dans le contrat se base généralement sur celui coté à terme», conclut Jacques-Olivier Thomann.

Les asset managers passent souvent par des hedge funds pour investir dans les matières premières. Et les hedge funds utilisent largement les contrats futures pour parier sur cette classe d’actifs. Les principaux investisseurs dans les contrats futures sur matières premières sont, de fait, les hedge funds, les négociants établis à Genève se servant de ces instruments d’abord pour arbitrer leurs positions physiques. L’activité d’investissement financier est donc bel et bien distincte de l’activité réalisée par les négociants à Genève. Quand ces derniers veulent utiliser les marchés à terme, ils doivent passer par les places de Londres et de New York, la Suisse n’ayant pas de marché de futures et options. Cette division des tâches est favorable à Genève: que ce soient les banquiers ou les négociants qui œuvrent ici, ils ont tous affaire, d’abord, à la matière réelle et physique.

Zaki Myret
Myret Zaki

RÉDACTRICE EN CHEF DE BILAN

Lui écrire

En 1997, Myret Zaki fait ses débuts dans la banque privée genevoise Lombard Odier Darier Hentsch & Cie. Puis, dès 2001, elle dirige les pages et suppléments financiers du quotidien Le Temps. En octobre 2008, elle publie son premier ouvrage, "UBS, les dessous d'un scandale", qui raconte comment la banque suisse est mise en difficulté par les autorités américaines dans plusieurs affaires d'évasion fiscale aux États-Unis et surtout par la crise des subprimes. Elle obtient le prix de Journaliste Suisse 2008 de Schweizer Journalist. En janvier 2010, Myret devient rédactrice en chef adjointe du magazine Bilan. Cette année-là, elle publie "Le Secret bancaire est mort, vive l'évasion fiscale" où elle expose la guerre économique qui a mené la Suisse à abandonner son secret bancaire. En 2011, elle publie "La fin du dollar" qui prédit la fin de la monnaie américaine à cause de sa dévaluation prolongée et de la dérive monétaire de la Réserve fédérale. En 2014, Myret est nommée rédactrice en chef de Bilan.

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