Bilan

France : la réforme du prélèvement à la source à l'heure de vérité

Le prélèvement à la source est devenu une réalité au 1er janvier pour 38 millions de contribuables français. Un "big bang" à haut risque pour l'exécutif, confronté au ras-le-bol fiscal des "gilets jaunes".

68% des Français se disent favorables à cette réforme, selon un sondage Elabe / Les Échos publié le 20 décembre.

Crédits: afp

Après trois ans de préparation, d'inquiétudes et d'hésitations, le prélèvement à la source est devenu une réalité au 1er janvier pour 38 millions de contribuables. Un "big bang" à haut risque pour l'exécutif, confronté au ras-le-bol fiscal des "gilets jaunes".

Y aura-t-il un bug technique ou des ratés dans le calcul du prélèvement? Quel sera "l'effet psychologique" de la réforme sur le pouvoir d'achat des ménages? Interrogé mercredi lors d'un déplacement à Amiens, le ministre des Comptes publics Gérald Darmanin s'est dit "confiant".

Pas de bug d'après Gérald Darmanin

"Nous sommes le 2 janvier au matin. On avait prédit que tout début janvier il y aurait un bug général et que nous ne pourrions plus rien faire (...) Ce n'est pas le cas", a déclaré le ministre, lors d'une visite d'un "centre de contact" des Finances publiques.

"Chacun constate que les choses fonctionnent, que les agents des finances publiques sont au rendez-vous, que le site internet n'a pas buggé, que tout le monde a pu travailler et que la République fonctionne ce matin. Je m'en félicite", a-t-il poursuivi. 

"Choc positif"

Interrogé sur l'impact que pourrait avoir la réforme sur le pouvoir d'achat des Français, qui verront leur pension ou salaire amputé du montant de l'impôt, le ministre - qui a répondu au téléphone à des contribuables en quête de précisions - a dit "faire confiance au bon sens" des citoyens.

"Les Français ne sont pas idiots: ils savent qu'il faut payer l'impôt sur le revenu", a assuré M. Darmanin, estimant que la réforme allait entraîner un "choc positif" pour les contribuables mensualisés, qui doivent actuellement payer leurs impôts sur dix mois et non sur douze.

"C'est une réforme de simplification du paiement de l'impôt. Cela fait un siècle qu'on aurait dû faire cette réforme", a insisté le locataire de Bercy, en soulignant que l'ensemble des pays européens avaient d'ores et déjà adopté un tel système.

big bang fiscal

Votée sous le quinquennat Hollande, mais repoussée d'un an par Emmanuel Macron, la réforme du prélèvement à la source - qui prévoit que l'impôt soit collecté directement sur les salaires ou pensions et non plus acquitté un an après - est entrée en vigueur officiellement le 1er janvier.

Pour la majorité des Français, à savoir les salariés, la réforme ne sera visible qu'à la fin du mois, lors de la réception des bulletins de paye. Mais certains contribuables seront confrontés dès les prochains jours à ce "big bang fiscal".

Le prélèvement sera effectué à partir du 2 janvier pour les salariés des entreprises pratiquant le décalage de paie (salaire de décembre versé en janvier) ainsi que pour les allocations chômage de décembre versées en janvier.

La retenue à la source sera par ailleurs effective d'ici au 9 janvier pour les pensions de base et complémentaires versées aux retraités. L'acompte contemporain pour les travailleurs indépendants, de son côté, sera prélevé mi-janvier.

A compter du 15 janvier, quelque huit millions de contribuables bénéficieront par ailleurs d'un acompte de 60% sur leurs crédits ou réductions d'impôt acquis au titre des revenus de 2017. Un versement qui donnera lieu, le cas échéant, à une régularisation en septembre prochain.

Une réforme complexe

De quoi gêner la compréhension de la réforme par les contribuables? C'est ce que craignent les syndicats des Finances publiques, hostiles à une réforme décrite comme "complexe", en raison de la familiarisation du système fiscal français.

Dans un communiqué, la CGT a ainsi mis en garde lundi contre un vaste "foutoir". La mise en oeuvre de la réforme "pourrait se heurter aux conditions dans lesquelles ces accueils seront assurés devant la masse des sollicitations", a souligné le syndicat.

"Qu'il y ait des interrogations, c'est normal, et l'administration est là pour y répondre". Mais "tous les sondages le montrent mois après mois, et quelles que soient les péripéties nationales: les Français sont favorables au prélèvement à la source", a assuré de son côté Gérald Darmanin.

Selon un sondage Elabe/Les Échos publié le 20 décembre, 68% des Français se disent favorables à la réforme. Une approbation qui s'élève à 77% chez les contribuables mensualisés, majoritaires parmi les 43% de Français soumis à l'impôt sur le revenu.

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info

Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."