Bilan

Franc fort: l’or comme solution

Les incertitudes s’accumulent et le franc renchérit en vertu de son statut de valeurs refuge. Face à des perspectives moroses à moyen terme, le métal jaune se profile comme la meilleure possibilité d’investissement.

L’euro a faibli par rapport à la monnaie helvétique et s’échange maintenant à 1,08 franc.

Crédits: AFP

On n’est pas encore revenu au niveau de 2015, lorsque l’euro s’était établi à 1,03 franc. Mais avec la chute de la monnaie européenne de 1,10 à 1,08 franc depuis juillet, la situation s’avère déjà passablement tendue. Le contexte: un conflit commercial lancinant entre la Chine et les Etats-Unis, des incertitudes géopolitiques sur l’Iran et des tensions entre l’Inde et le Pakistan. Le tout combiné aux ralentissements économiques en Chine et aussi, depuis le semestre dernier, en Allemagne.

Autant de facteurs d’inquiétudes qui poussent les investisseurs à se tourner vers des valeurs refuge, avec le franc suisse comme premier choix. «Le franc ne renchérit pas seulement face à l’euro, mais aussi face au dollar. On constate d’ailleurs un renforcement des autres valeurs refuge que sont l’or et le yen», souligne Arnaud Masset, stratégiste chez Swissquote.

Autant le dire tout-de-suite, de nombreuses raisons alimentent le pessimisme de cet expert: «La marge de manœuvre de la BNS (Banque Nationale Suisse) pour faire baisser le franc s’avère très étroite.» (Voir l’article de Jean-Philippe Buchs dans l’édition de Bilan du 21 août). Pour que la situation se rétablisse d’elle-même, il faudrait un apaisement général des tensions de même qu’une reprise globale. Mais ce n’est de loin pas une accalmie qui se profile à l’horizon. La période de franc fort est partie pour durer.

Les taux américains à l'encontre du bon sens

Motif supplémentaire d’inquiétude: l’inversion de la courbe des taux américains remontant au 14 août dernier. Ce terme indique que le taux d’intérêt sur les bons du Trésor américain à 10 ans est passé sous celui des mêmes bons à deux ans. Un fait qui va à l’encontre du bon sens puisque l’investisseur sur le long terme devrait être davantage rémunéré que sur le court terme.

Cette inversion débouche sur un cercle vicieux. Ce phénomène se produit lorsque les investisseurs craignent une récession. Et du moment que l’inversion se produit, les investisseurs craignent encore plus une récession. «Dans l’histoire économique, on observe qu’une récession se produit en moyenne 18 mois après une telle inversion de courbe. Cependant, pas dans tous les cas», relève Arnaud Masset.

En Suisse, les secteurs le plus exposés au renchérissement du franc sont traditionnellement les industries d’exportation comme les machines, les équipements électriques et les métaux. Une monnaie forte rend les produits helvétiques beaucoup plus chers que ceux de la concurrence sur les marchés internationaux. Par le passé, les épisodes de renforcement du franc ont débouché sur de nombreux plans de restructuration devant diminuer les coûts de production en Suisse.

En revanche, l’alimentation (Nestlé) et la pharma (Novartis et Roche) jouissent d’un statut de valeurs défensives. Ces compagnies sont épargnées par les conséquences des variations de change car, quelles que soit les conditions, les consommateurs doivent bien se fournir en vivres et en médicaments.

Le marché des actions au plus haut

Que faire alors aujourd’hui de son argent? L’environnement s’avère peu favorable. «Le marché des actions est actuellement au plus haut. Ce n’est donc pas le meilleur moment pour acquérir des titres», poursuit Arnaud Masset. Le rendement des obligations est quant à lui au plus bas. Et pour les grosses sommes en liquide, les banques ont commencé à reporter les taux négatifs dictés par la BNS sur la clientèle. «Reste l’or», lance Arnaud Masset.

Certes l’once de métal jaune a déjà fait un bond de quelque 20% depuis juin dernier, à environ 1525 dollars l’once. Mais l’once est encore du niveau qu’elle avait atteint à l’été 2011, soit 1900 dollars. «Face aux hésitations actuelles, l’or présente des atout précieux. C’est un actif qui subit une faible dilution, contrairement aux devises. En effet, on ne peut pas créer du métal jaune aussi facilement qu’on le fait avec la monnaie grâce à la planche à billet.»

Mary Vacharidis
Mary Vakaridis

JOURNALISTE

Lui écrire

Journaliste chez Bilan, Mary Vakaridis vit à Zurich depuis 1997. Durant sa carrière professionnelle, elle a travaillé pour différents titres de la presse quotidienne, ainsi que pour la télévision puis la radio romandes (RTS). Diplômée de l'Université de Lausanne en Lettres, elle chérit son statut de journaliste qui lui permet de laisser libre cours à sa curiosité.

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