Bilan

Faut-il toujours acheter des dollars?

Le potentiel d’appréciation du billet vert américain reste intact. L’avenir de son homologue canadien s’annonce sous de moins bons auspices, vu sa dépendance aux matières premières.

Le dollar américain est en forte hausse depuis mi-2014.

Crédits: Dr

La récente dévaluation de la devise chinoise a ravivé les craintes d’une guerre des monnaies. Pourtant, lorsqu’elles usent tour à tour de leur planche à billets, les banques centrales ne cherchent qu’à sortir l’économie mondiale des prolongements de la crise de 2008. Ainsi, les instituts d’émission ont tenté de soigner la croissance globale à grandes injections de liquidités. Aujourd’hui encore, il semble plutôt hasardeux de débrancher la perfusion.

L’humoriste français Coluche se plaisait à dire: «Il y a deux choses avec lesquelles il ne faut pas plaisanter dans la vie, c’est l’argent et les dollars.» La Réserve fédérale américaine n’a en effet aucune raison de plaisanter. Après avoir fait anticiper aux marchés financiers une hausse imminente de son taux directeur, elle vient de confirmer le statu quo.

Les raisons ne lui manquent pas. La forte hausse du dollar depuis mi-2014 heurte la compétitivité des exportations. La volatilité des places boursières menace la reprise économique. Les pays émergents restent en nette perte de vitesse. Enfin, jamais le risque de faiblesse brutale n’a paru aussi grand sur la croissance chinoise, déjà fragilisée. 

Scénario haussier aux Etats-Unis...

Faut-il alors toujours acheter la devise américaine? Au 21 septembre 2015, date de la rédaction de cet article, la réponse est un oui sans équivoque. Le scénario haussier du dollar s’appuie en effet majoritairement sur une reprise économique durable aux Etats-Unis, un retour progressif de l’inflation au travers de l’emploi et des salaires, une diminution graduelle de la quantité de monnaie en circulation et une augmentation du loyer de l’argent.

Les fluctuations à court terme à la baisse qui ont suivi l’annonce de la Réserve fédérale pourraient même permettre d’acheter le billet vert moins cher. Il ne s’agit pas ici d’un changement majeur de scénario, mais seulement d’un décalage dans le temps du processus de hausse des taux. Les facteurs à long terme suggérant une appréciation du dollar restent fermement en place.

... mais baissier au Canada

Acheter le dollar, certes, mais de préférence contre quelle autre monnaie? Le dollar canadien se positionne comme un candidat très intéressant. En effet, l’exportation de pétrole joue un rôle clé dans la santé de son économie. Or le prix du pétrole a subi une chute fulgurante et risque de rester sous pression à moyen terme, compte tenu des changements intervenus dans la structure de l’offre.

Plus particulièrement, les Etats-Unis, premier partenaire économique du Canada, ont nettement moins besoin d’importer du pétrole, devenant autonomes grâce à la fracturation hydraulique. De plus, le Canada dépend fortement des sables bitumineux, dont les coûts de traitement nécessitent un prix du pétrole brut beaucoup plus élevé pour atteindre un seuil de rentabilité.

Enfin, la dynamique de la Banque centrale canadienne est opposée à celle des Etats-Unis: la tendance est à la baisse de taux et à la création de monnaie pour soutenir l’économie. En résumé, tout plaide pour un dollar canadien évoluant à des niveaux plus faibles à moyen terme. 

La récente cassure technique du plus haut de 2009 à 1,3065 ouvre la voie à un mouvement vers 1,40. Pourquoi alors ne pas acheter l’USD/CAD sur un possible test de son support important vers 1,28 à la suite de la Fed ou sur une cassure nette de sa première zone de résistance à 1,3300/50? Le seul bémol de cette approche est un risque total à la baisse en cas d’inversion inattendue de la tendance. 

Une alternative moins risquée consisterait donc à acheter une option d’achat sur 1,3350. A titre d’exemple à trois mois, le prix du risque ayant baissé dernièrement, cette position se négocierait autour de 1,60% alors que la parité traite à 1,32. Ainsi toute perte potentielle serait limitée à la prime investie, soit 1,60%.  

*Responsable changes et trésorerie du groupe Edmond de Rothschild

Jean-Marc Guillot*

Aucun titre

Lui écrire

Aucune biographie

Du même auteur:

La livre et le peso, deux devises à suivre

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."