Bilan

Et si le monde devait vivre sans cash?

Le patron de Deutsche Bank a prédit la fin des transactions en espèces d’ici à dix ans. Une tendance inéluctable qui ouvre la porte à des opportunités d’investissement.
Crédits: Aldecastudio/Fotolia

Un monde sans argent liquide, il n’y a pas si longtemps, relevait du fantasme. Aujourd’hui, il semble pourtant que l’on s’y dirige de plus en plus, au vu de plusieurs déclarations récentes. Mario Draghi, président de la Banque centrale européenne (BCE) vient par exemple d’affirmer que l’institution européenne réfléchissait à supprimer la coupure de 500 euros. Parallèlement, plusieurs pays du Nord, comme le Danemark, la Norvège, la Finlande ou la Suède, ont récemment annoncé qu’ils voulaient en finir avec les règlements en espèces avant 2020, tandis qu’au dernier Forum de Davos, le patron de Deutsche Bank, John Cryan, avait prédit que l’argent liquide n’aura plus cours dans dix ans! Cette évolution aura un impact sur le secteur et les sociétés impliquées dans les transactions physiques ou numériques à plusieurs niveaux. 

Plusieurs raisons expliquent la diminution ou simplement l’arrêt des transactions en espèces. Tout d’abord la demande. Dans les pays du nord de l’Europe notamment, on a constaté ces dernières années une baisse de la demande pour les paiements en espèces: en Norvège et en Suède, seul un paiement sur vingt est effectué en liquide.

Il y a aussi des raisons de sécurité. L’utilisation des espèces fait courir des risques au personnel des banques, convoyeurs de fonds, ainsi qu’à toutes les personnes victimes de cambriolages et du vol dans les caisses. Le blanchiment est aussi mis en avant lorsque l’on parle de suppression d’argent liquide. En effet, ce dernier complique la mise en œuvre des nouvelles lois sur le blanchiment d’argent. Plusieurs Etats de l’Union européenne ont déjà émis des plafonds de paiements en espèces. Le contrôle permet aussi de réduire la fraude fiscale et d’engranger plus de collectes d’impôts. 

Dernier élément: la part croissante d’e-commerce. En 2015, on estimait que le mobile représentait près de 28% du total des paiements en ligne. Seul frein à cette évolution inéluctable: les personnes qui ne sont pas familières avec les nouvelles technologies (entendre paiement sans contact, par internet et mobile, voire par carte) pourraient ralentir
le mouvement.

Le potentiel abandon de l’argent liquide aura plusieurs conséquences. D’abord les banques centrales pourraient théoriquement taxer plus ou moins fortement les avoirs pour inciter à la dépense et inversement (en définitive une gestion de la consommation par les banques centrales). 

Quelles sociétés seront impactées?

Il existe bien évidemment des opportunités d’investissement en lien avec la disparition d’argent liquide. On songe notamment aux entreprises de paiement par mobile (Gemalto, Ingenico ou Wirecard AG), de cartes de crédit (Visa, MasterCard, American Express), aux sociétés de sécurité informatique. 

Il pourrait également y avoir un développement des monnaies «parallèles» avec l’apparition de plusieurs concurrents monétaires liquides (au porteur) ou numériques (notamment le bitcoin). 

Le risque est toutefois que ces monnaies «parallèles» soient hors de contrôle et hors de portée du potentiel répressif d’une quelconque autorité étatique.

Les conséquences négatives de la disparition de l’argent liquide, c’est bien évidemment les fournisseurs de distributeurs de billets de banque (Diebold aux Etats-Unis) qui devraient être impactés, tout comme les sociétés d’impression (Orell Füssli, par exemple) ou même celles qui frappent la monnaie, les transporteurs de fonds, les sociétés de sécurité et, évidemment, les numismates qui ne pourront plus augmenter leurs collections de pièces. Cependant, la majeure partie de ces sociétés ont déjà commencé à se diversifier, notamment vers des systèmes électroniques de paiement.

Aller à l’encontre de la tendance actuelle serait une grave erreur. Cependant, on ne peut nier que certaines «exceptions culturelles» retarderont l’inévitable échéance. En effet, si l’on a parlé du cas des pays du nord de l’Europe, à l’inverse, dans un pays comme la France, plus de 85% des habitants de l’Hexagone souhaitent conserver la monnaie «physique».  

* Directeur adjoint de Mirabaud Securities 

John Plassard*

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