Bilan

Et si le 2e pilier n’avait plus de raison d’être?

Sans rendement suffisant à long terme, un système de retraite par capitalisation perd en efficacité. La question se pose d’augmenter la part du 1er pilier dans nos futures retraites.

Graziano Lusenti, fondateur de Lusenti Partners

Crédits: Olivier Evard

«Les héritiers indirects de Marx, Lénine et consorts, ce sont la BNS et les autres banques centrales qui œuvrent à la destruction de l’épargne, pilier d’un capitalisme sain et durable, pour privilégier une économie folle de la dette!» Graziano Lusenti, fondateur et partenaire de Lusenti Partners, spécialisé dans le conseil pour investisseurs institutionnels, ne décolère pas contre la décision de la BNS de ne pas exclure les caisses de pension suisses de la ponction des taux d’intérêt négatifs. 

Et pour cause, la formule retenue par les actuaires pour conseiller un taux technique aux institutions de prévoyance – «utilisé pour escompter la valorisation du capital à long terme» – fait la part belle aux obligations de la Confédération et devrait donc baisser rapidement. Si, en plus, la détention de liquidités est sanctionnée, les caisses de pension vont être à la peine pour dégager du rendement. 

Or, «la capitalisation revient à différer la consommation du capital pour le placer et en obtenir un rendement à long terme permettant de disposer d’une épargne plus importante à l’âge de la retraite». En sus, le 2e pilier ayant des frais de gestion, il doit dégager un rendement minimum, sauf à se transformer en mauvais système de répartition. Graziano Lusenti calcule: «En dessous d’un rendement annuel de 1%, le 2e pilier n’a plus de sens puisque ce 1% serait en grande partie absorbé par les frais.»

Faudrait-il dès lors augmenter la part du 1er  pilier dans nos futures retraites et réduire celle du 2e pilier? Un système de répartition comme l’AVS finance, en gros, les rentes de l’année par les cotisations sur la masse salariale. Ce faisant, elle réalise une forme globale de partage du risque entre générations et est toutefois très dépendante du nombre de cotisants pour un rentier. Un rapport qui s’oriente à la baisse avec le vieillissement de la population, malgré l’apport de l’immigration. 

En outre, en période de déflation, le 1er pilier subirait aussi une baisse des rentes puisque la formule de son indexation tient compte de la variation des prix et des salaires. Mais il lisserait la baisse de pouvoir d’achat d’année en année. 

Par contre, si une période d’inflation suivait plusieurs années de très faible rendement dans les caisses de pension –  le pire des scénarios pour le 2e pilier – les rentes AVS seraient rapidement ajustées à la hausse alors que les rentes de 2e pilier ne pourraient pas être suffisamment indexées. 

Le 2e pilier conserve toutefois un atout clé: pouvoir investir dans des pays à population jeune ne disposant pas d’une épargne suffisante pour réaliser les investissements qui permettront à leurs économies de dégager à terme un rendement appréciable.

Cotiser dès 20 ans?

Reinhard Steiner, membre de la direction de Swisscanto, responsable pour la Romandie et le Tessin, estime qu’il n’y a pas lieu de revoir la répartition entre les deux piliers, ce qui reviendrait à augmenter la solidarité des titulaires de revenus élevés vis-à-vis des bas salaires puisque l’AVS est un système qui plafonne les prestations mais pas les cotisations. De plus «si l’économie s’affaiblit, le financement de l’AVS sera également plus difficile». 

Reinhard Steiner rappelle que le 2e pilier a déjà traversé plusieurs crises: «Même le choc du 15 janvier est en partie absorbé puisque la Bourse suisse est à un plus haut niveau qu’avant ladécision de  la BNS d’introduire des taux d’intérêt négatifs.» Il plaide pour «faire démarrer  à 20  ans l’âge de cotisation à la LPP», mais estime que «le 2e pilier est assez solide pour supporter une période de quelques années de taux négatifs ou très bas».

La modification de la répartition entre les deux piliers n’est de toute façon pas au menu de Prévoyance 2020. Elle entrerait sans doute dans le débat si l’inflation suivait la déflation.

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