Bilan

Et si la diversification ne servait à rien?

Une étude conteste l’idée qu’investir dans différentes classes d’actifs permet d’être mieux protégé en temps de crise. D’après ses auteurs, ce serait même «presque complètement illusoire».
  • Ne pas mettre ses œufs dans le même panier; cette règle d’or ne protègerait pas l’investisseur lors de crises.

    Crédits: Mike Kemp/getty images

Ne pas placer tous ses œufs dans le même panier. C’est la règle d’or de tout investisseur. La diversification, par le biais de titres spécifiques et de classes d’actifs différentes, est censée éviter de tout perdre quand les choses vont de travers. Or, souvent la cohérence entre les classes d’actifs n’est pas évidente.

La corrélation – indicateur de leur évolution parallèle – mesure la manière dont une classe d’actifs dépend de l’autre. Plus la corrélation est élevée, plus les divers placements évoluent dans la même direction. Si l’on investit dans des classes d’actifs qui ont une corrélation faible ou même négative, cela devrait atténuer ou absorber les pertes dans le portefeuille. 

La corrélation change

Mais la corrélation n’est pas une unité de mesure constante, comme le montre une étude qui se penche sur la performance corrélée entre des actions américaines et d’autres classes d’actifs. Dans des scénarios extrêmes, la corrélation se modifie énormément. Quand le marché d’actions a très bien performé, la cohérence s’est avérée faible et la corrélation réduite. Mais c’est justement quand les marchés baissaient et que la diversification était censée protéger, que les corrélations ont bondi vers le haut, et que l’effet de diversification s’est donc effacé (voir graphique ci-dessus).

Les auteurs de cette étude, Sebastien Page et Robert Panariello, de la société de fonds T. Rowe Price, qualifient leurs résultats de décourageants: «La diversification échoue par-delà les styles d’investissement, les diverses capitalisations de marché, les situations géographiques et les placements alternatifs.» En d’autres termes: lorsqu’un panier d’œufs chute, les autres paniers chutent aussi.

A priori, les investissements pour lesquels il n’existe pas un prix de marché constant ont une corrélation faible au reste du marché. On pense aux immeubles détenus directement et aux investissements en private equity. Un calcul sur des périodes longues compense l’absence de données journalières; et là, les corrélations s’avèrent beaucoup plus élevées. Les auteurs mettent en garde: «Les avantages de la diversification des placements privés sont presque complètement illusoires.»

A quoi ressemblent les effets d’une diversification pour les investisseurs suisses? Finanz und Wirtschaft a étudié la performance en franc de grandes classes d’actifs comparées aux gains mensuels du SMI depuis 1998. Résultat: les actions internationales ont évolué parallèlement aux actions suisses. Lorsque ça grimpait en Suisse, les bourses grimpaient en médiane dans le monde entier. Même des obligations globales de qualité ont en moyenne évolué comme les actions suisses.

On ne saurait donc réellement espérer que des actions internationales offrent une diversification. Ce n’est que sur un mois que les actions ont progressé dans le monde alors que le SMI sous-performait.

En revanche, les obligations d’Etat suisses ont assuré une protection: quand le SMI souffrait, la performance des obligations a été en médiane positive. Mais l’analyse montre qu’en période défavorable, les obligations ne protègent pas toujours. Souvent les titres de la Confédération ont plongé en même temps que le SMI.

Interrogation sur les obligations

Sebastien Page et Robert Panariello ne contestent pas l’effet diversificateur des obligations. En période de très mauvaise conjoncture, elles profitent de la fuite générale vers des placements sûrs. Mais les auteurs avertissent: «La corrélation peut drastiquement se modifier avec les conditions macroéconomiques». Lorsque la conjoncture et la propension au risque dominent le marché, les obligations offrent une protection contre les pertes du portefeuille. A l’inverse, quand l’inflation domine la bourse – comme dans les années 1970 –, actions et obligations peuvent plonger simultanément.

La décorrélation n’est jamais garantie. Des analystes de HSBC, qui ont modélisé la dépendance entre classes d’actifs dans un indicateur de corrélation, notent que l’an dernier, la corrélation entre marchés d’actions s’est effondrée. A l’automne 2017, elle est tombée à son plus bas depuis la crise financière de 2008. Depuis lors, elle a de nouveau un peu augmenté.

Les investisseurs aux Etats-Unis et en Europe bénéficient de la corrélation négative entre actions et obligations. Ajouté à une faible fluctuation des cours en bourse, cela explique que l’an dernier la volatilité d’un portefeuille mixte d’actions et d’obligations soit tombée à un niveau record.

La diversification a donc conféré une bonne protection. Mais dans des périodes vraiment mauvaises, où la diversification serait la plus utile, elle n’est pas une garantie, surtout lorsque les obligations chutent en même temps que les actions. Dans un commentaire, Marco Bonaviri, gestionnaire de portefeuille à la Banque Reyl, explique: «En conservant le mix classique d’actions et obligations comme source principale pour réduire le risque, on mise implicitement sur le fait que l’actuelle corrélation négative, en place depuis plus de vingt ans, va se maintenir.» Pour sa part, il mise plutôt sur des solutions de remplacement sophistiquées: certaines paires de devises, des stratégies de volatilité ou des positions long-short devraient aider.

Reste que de telles stratégies exigent beaucoup d’efforts et elles ne sont pas  100% à l’abri des intempéries. Pour les investisseurs privés, il est plus simple de s’assurer directement contre une chute des cours des actions par des options put: elles prennent toujours de la valeur quand les cours de bourse s’effondrent. Il est ainsi possible de limiter de manière prévisible les pertes dans le portefeuille d’actions.  

* Article repris de «Finanz und Wirtschaft», et traduit par Gian Pozzy

Alexander Trentin*

Aucun titre

Lui écrire

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."