Bilan

Et si entrer en bourse était plus simple que vous ne le pensiez?

A l'occasion du lancement du programme TechShare, rencontre avec le directeur d'Euronext pour la Suisse. La plateforme boursière pan-européenne s'est largement développée vers les PME. Critères d'entrée, place de cotation, part du capital flottant, publication des résultats... L'essentiel d'une IPO en 10 questions.
  •  Søren Bjønness, directeur d’Euronext pour la Suisse.

    Crédits: Euronext
  • Quelques exemples d'entreprises technologiques européennes et suisses avec leur date d'IPO et les montants levés. 

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  • Comparaison de la liquidité moyenne pour les PME sur différentes places boursières, l'année suivant leur IPO (Y0=année de l'IPO)

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Euronext lance son programme TechShare en Suisse, où une quinzaine d’entreprises technologiques seront sélectionnées pour participer à un programme de coaching et de formation avec des experts. L’occasion d’explorer avec le directeur d’Euronext pour la Suisse, Søren Bjønness, les enjeux d’une introduction en bourse, ses clichés, ses pré-requis et ses écueils.

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Quand il s’agit d’introduction en bourse (IPO), les grands nombres viennent souvent à l’esprit: on imagine des milliards de chiffre d’affaires, des millions de levées de fonds, mais aussi: des tonnes de paperasse administrative. Les places de marché boursiers ont pourtant beaucoup évolué, sous l’impulsion de leur privatisation, de la technologie, et d’un certain réalisme pragmatique pour attirer les entreprises.

La plateforme pan-européenne Euronext, qui fédère les bourses d’Amsterdam, Bruxelles, Paris et Lisbonne et bientôt Dublin, veut être plus proactive pour convaincre les entreprises. Søren Bjønness se dit impressionné par la technologie suisse, qui se dirige toujours plus vers la «Deep Tech» et forme un excellent environnement. Une dizaine de sociétés technologiques suisses ont d'ailleurs rejoint Euronext ces dernières années. La dernière en date, GeNeuro, avait récolté plus de 33 millions de francs lors de son IPO au printemps 2016.

Chez Euronext depuis une année, Søren Bjønness a un parcours aussi atypique que complet autour du financement des entreprises. Né à Oslo, il est venu en Suisse pour des études d’économie d’entreprise à l’Université de Fribourg. Il se dirige ensuite vers les grandes banques comme UBS, entre Zurich et Londres, entre les crédits corporate et le private equity, puis le venture capital, où il participe à deux IPO sur le marché Suisse. Passionné par les sociétés de haute technologie et leur financement, il décrypte pour nous quelques idées reçues sur les IPO.

Bilan: Vous dites que les IPO ne sont pas réservées aux grandes entreprises, cela se reflète-il dans vos chiffres?

Søren Bjønness:
 Absolument, les très grandes IPO ne sont que le sommet de l’iceberg. Nous avons beaucoup de PME en Europe et le marché le reflète. Plus de 1300 entreprises sont cotées sur Euronext au total, dont 724 sont des PME qui comptabilisent 76 IPOs ces trois dernières années. Parmi ces dernières, plus de 336 sont des entreprises technologiques. 

Quels sont les critères pour entrer en bourse? On imagine que le processus est très long et complexe.

Non, les places boursières ont fait beaucoup d’efforts à ce niveau. Pour nous par exemple, un critère objectif qui est également un avantage pour une entreprise suisse est qu'elle doit présenter ses chiffres selon les normes comptables internationales IFRS. Si l’on veut attirer les investisseurs internationaux, c’est absolument nécessaire. Mais c’est le seul critère sur lequel nous sommes intransigeants. 

Quels sont les autres critères pour évaluer une possible IPO?

La question centrale est de savoir où en est l’entreprise dans son développement. Si le modèle d’affaires est bon et qu’il y a des objectifs de croissance ambitieux, nous entrons en matière. Nous regardons aussi la structure de l’entreprise et sa gouvernance. C’est une approche très «tailor made» en fait. Les banques d’investissement sont aussi impliquées dans le processus, afin d’évaluer si l’entreprise peut intéresser les investisseurs et estimer la valorisation.

Pour quelles raisons les entreprises entrent en bourse ? Uniquement pour des questions d’argent?

Essentiellement pour lever des fonds et se développer rapidement en effet. Aujourd’hui tout va très vite, en particulier dans les entreprises technologiques, dont le marché est souvent mondial, ou au moins régional. Elles doivent aller vite, et pour cela elles doivent financer leur croissance. Pour une entreprise, une entrée en bourse est aussi l’occasion de structurer encore davantage son modèle d’affaires et de bénéficier de beaucoup d’attention, de la part des médias et des investisseurs. L’IPO répond également à des problématiques de liquidité et offre des possibilités de sorties aux actionnaires initiaux.

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Quel montant une entreprise peut espérer lever en bourse?

Cela est étroitement lié à la taille de l’entreprise, à son marché, ses ambitions et son potentiel de croissance. Il n’y a pas de capitalisation minimale requise pour entrer en bourse.

Aujourd’hui les entreprises peuvent beaucoup plus facilement choisir une place de cotation étrangère. Comment faire son choix ?

Il faut faire une vraie analyse, et prêter attention au biais national. Pour toutes les entreprises tech, aller seulement sur le marché local national n’est pas une option en général. Cela n’a rien à voir avec le travail de Six Group ou d’autres, c’est une question de profondeur de marché, de liquidité et d’environnement international. Quand les entreprises veulent faire une IPO, il faut qu’elles regardent où elles sont mais aussi où elles veulent aller. Pour une entreprise européenne qui se développe majoritairement en Asie, cette région peut être aussi être étudiée comme une place de cotation.

Les entreprises craignent parfois de devenir esclaves des résultats trimestriels et de lourdeurs administratives pour le reporting. Que leur répondez-vous?

Déjà, qu’il n’est pas obligatoire de produire des résultats trimestriels, c’est juste une habitude des grandes entreprises! Il est cependant obligatoire de rendre publics les résultats annuels ainsi que les résultats semestriels. Et d’après mon expérience, ce n’est pas forcément plus contraignant que lorsque une entreprise a dans son capital des investisseurs privés ou des VC , qui demandent parfois des chiffres mensuels et beaucoup de reporting.

On parle souvent du timing quand il s’agit d’entrer en bourse. Quel est le meilleur moment?

C’est LA grande question effectivement ! On cite souvent les conditions de marché, mais ces considérations viennent à la fin du processus. Nous discutons avec l’entreprise  car c’est finalement un facteur très humain: certains entrepreneurs sont prêts et l’entreprise aussi, parfois l’un et pas l’autre et parfois encore, ils ne seront jamais prêts. Au delà de l’humain, il y a des tendances fortes quand même, alors que dans la Biotech les cycles sont plus longs, on peut imaginer une IPO en phase 2. Dans la Medtech ou la Tech, il est préférable d’avoir déjà un produit sur le marché.

Quelle part du capital de son entreprise peut-être cotée ?

Sur Six, il est nécessaire d’avoir 20% du capital flottant, pour les entreprises de plus de 25 millions de francs de valorisation. C’est une question de liquidité. Sur Euronext il est nécessaire d’avoir au moins 5 % de capital flottant représentant au moins 5 millions d’euros ; sur Euronext Growth, le flottant minimum est de 2,5 millions d’euros. 

Les grands investisseurs privés et fonds de VC qui se sont développés ces dernières années sont-ils un frein à vos activités ?

Tout dépend de l’agenda de ces investisseurs ! Certains investisseurs veulent faire partie de l’aventure, et une IPO est bonne nouvelle pour eux. Mais d’autres veulent plutôt mettre la main sur une technologie. Il faut y penser lors des premières levées de fonds, notamment quand il s’agit d’investisseurs corporate, où parfois l’idée est de racheter l’entreprise ou de développer un portefeuille de technologie pour le groupe.

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Marjorie Thery
Marjorie Théry

JOURNALISTE À BILAN

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