Bilan

En cas de Brexit, le franc, valeur refuge, menacerait les exportations

En cas de Brexit, le franc, valeur refuge, pourrait arriver à parité avec l'euro, ce qui toucherait de plein fouet l'industrie d'exportation et le commerce de détail en Suisse.

Le Brexit entraînerait une ère d'incertitudes, estime l'Association suisse des banquiers (ASB). Est-ce que Londres va se renforcer? Est-ce que HSBC va partir à Dublin? Est-ce que les banques suisses vont quitter la City pour le Luxembourg?

Crédits: AFP

La sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne (Brexit) affecterait fortement l'économie suisse. Le franc pourrait arriver à parité avec l'euro, ce qui toucherait de plein fouet l'industrie d'exportation et le commerce de détail.

Mardi, la devise helvétique a de nouveau atteint un plus haut depuis fin décembre dernier par rapport à l'euro, à 1,0794 franc. Alors que les Britanniques doivent se prononcer le 23 juin, les craintes d'un Brexit concourent à l'appréciation du franc, expliquent les analystes de la Banque cantonale de Zurich.

En cas de Brexit, l'industrie d'exportation serait sous pression, déclare à l'ats Stefan Neuwirth, expert du KOF, soit le Centre de recherches conjoncturelles de l'EPFZ. "Beaucoup de choses restent toutefois encore peu claires."

Pour l'économie suisse, cela dépendra fortement de la vitesse à laquelle le Brexit serait introduit et de celle à laquelle de nouveaux traités seraient négociés, a ajouté Stefan Neuwirth.

Pour Commerce suisse, le Brexit entraînera un renforcement de la monnaie helvétique, avec le résultat que l'on connaît pour les exportations suisses. Le lobby des importateurs et du commerce de gros entrevoit une onde de choc comparable à celle provoquée par l'abandon du taux plancher de l'euro le 15 janvier 2015.

Horlogerie sensible

Le président de la Fédération de l'industrie horlogère suisse (FH), Jean-Daniel Pasche, craint également un renchérissement du franc, face à l'euro ou la livre anglaise. "On sait que notre branche est sensible aux fluctuations des taux de change".

Le Royaume-Uni, qui s'est classé en 2015 au 8e rang des exportations horlogères suisses avec 1,16 milliard de francs, est un des "marchés européens qui donne satisfaction". Il n'est pas impossible que le Brexit, qui devrait provoquer une baisse de croissance au Royaume-Uni, n'affecte ce marché pour notre industrie", précise Jean-Daniel Pasche.

La sortie de la Grande-Bretagne de l'Union européenne (UE) entraînerait une ère d'incertitudes, estime l'Association suisse des banquiers (ASB). Est-ce que Londres va se renforcer? Est-ce que HSBC va partir à Dublin? Est-ce que les banques suisses vont quitter la City pour le Luxembourg? Personne ne le sait, estime Sindy Schmiegel, directrice des relations publiques de l'ASB.

Par rapport à ces incertitudes, Alessandro Bee, économiste chez UBS, estime que comme les marchés ont une aversion aux risques, cela conduirait à un renchérissement du franc. Une devise helvétique plus forte devrait retarder une reprise conjoncturelle, mais ne toutefois pas l'empêcher.

Intervention massive

La BNS devrait intervenir massivement sur le marché des changes pour empêcher que l'euro ne tombe sous 1,07 franc. Si le cours chute à 1,05 franc, la banque centrale pourrait décider d'abaisser un peu plus les taux négatifs. Si les indicateurs européens devaient s'affaiblir, la BNS serait largement impuissante, explique Alessandro Bee.

Début juin, Fritz Zurbrügg, vice-président de la BNS, a reconnu que la banque centrale a élaboré plusieurs scénarios en lien avec le référendum britannique du 23 juin. Une grande incertitude règne au niveau politique mais aussi sur les marchés financiers, admet-il.

La BNS, qui va dévoiler jeudi son dernier examen de la situation économique et monétaire, devrait laisser sa politique inchangée. Selon l'économiste américain Nouriel Roubini, l'institut d'émission laissera toutes les options ouvertes pour éviter que le franc ne s'envole en cas de Brexit.

Selon lui, il est même possible que le taux de change entre la devise helvétique et la monnaie européenne passe sous la parité, si les garants de la politique monétaire helvétique ne baissent pas les taux d'intérêt tout de suite. Les taux négatifs pourraient passer à -1%, voire -1,25%, contre -0,75% actuellement.

Lors d'une rencontre de banquiers privés vendredi dernier à Genève, Grégoire Bordier, associé chez Bordier, a déclaré que les banques suisses peuvent s'attendre à attirer davantage de fonds "à court terme", en raison de l'incertitude dans l'UE. Mais cet attrait suisse lié au Brexit ne durera pas, ajoute M. Bordier.

Pour autant, la Suisse devrait conserver ces prochaines années sa place de numéro un mondial dans la gestion de fortune. "Avec ou sans accord" avec l'UE, a précisé Jacques de Watteville, secrétaire d'Etat aux questions financières internationales.

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