Bilan

Edmond de Rothschild veut investir avec un impact social

La banquière Ariane de Rothschild et le spécialiste Johnny El Hachem veulent rendre plus accessibles leurs investissements en entreprises non cotées et en actifs réels. Ils dévoilent leur philosophie.

Ariane de Rothschild parie sur le continent africain pour convertir ses clients à l’investissement social et environnemental. Ci-contre, le chantier de l’autoroute entre Diamniadio et Pikine au Sénégal.

Crédits: Francois du Chatenet

En 2016, la Banque Edmond de Rothschild a levé 1,025 milliard d’euros en 2016 pour ses fonds de private equity. Aujourd’hui, la banque dispose de 3 milliards d’euros investis par ses clients qu’elle gère en private equity, mais ne veut pas faire la course aux fonds sous gestion. 

La vision du groupe dans ce domaine est peu liée aux phénomènes de mode. Celle-ci s’imprègne des valeurs chères aux actionnaires, à savoir la nécessité d’avoir un impact social et environnemental. Et la famille actionnaire investit toujours dans les fonds proposés aux clients afin d’être alignée sur leurs intérêts. 

Ariane de Rothschild, directrice du comité exécutif du Groupe Edmond de Rothschild, apprécie une vision authentique du private equity, qui remonte aux sources tangibles de la valeur, et basée sur des convictions. «Nous n’avons pas une vision de deal pur, mais nous visons  à avoir un impact social et environnemental», souligne-t-elle lors d’une récente conférence au château de Pregny (GE). Ayant grandi en Afrique, elle privilégie les investissements dans ce continent, ciblant des entreprises de petite et moyenne taille à haut potentiel de croissance. 

Johnny El Hachem,CEO d’Edmond de Rothschild Private Equity, indique que ce développement a commencé il y a quinze ans. «La banque était pionnière sur la place de Genève. Le cadre réglementaire a, depuis, considérablement changé, et nous nous félicitons que nos actionnaires nous aient poussés à anticiper et à proposer un contenu à haute valeur ajoutée.»

La stratégie private equity de la banque «consiste à s’associer avec des personnes qui ont un vrai savoir-faire industriel, tandis que nous avons le savoir-faire financier, résume Johnny El Hachem. Sans eux, nous ne serions pas créateurs de valeur.» Ce ne sont donc pas d’anciennes équipes de gérants de hedge funds qui ont été reconverties en gérants de private equity, comme c’est souvent le cas dans l’industrie financière, mais ce sont ici des praticiens de l’industrie, avec qui le groupe s’est associé pour leur connaissance du terrain.  

Le risque politique pris en compte

Au fil des ans, la banque a développé un univers d’investissements en entreprises d’Afrique subsaharienne (via le fonds Amethis), infrastructures paneuropéennes (via le fonds Tiic), dépollution des sols (via le fonds Ginkgo, Agro forestry (via le fonds Moringa axé sur l’Afrique et l’Amérique latine), hôtellerie (via le fonds Aina axé sur l’Europe) et met aujourd’hui l’accent sur la zone andine (Pérou, Chili, Colombie) et défriche de nouveaux domaines tels que l’efficience énergétique et le traitement des eaux et des déchets au niveau industriel. Dans un projet d’efficience énergétique ou de traitement des déchets, des agences de développement et des banques paraétatiques coinvestissent avec la banque, de même que des investisseurs industriels (sans conflits d’intérêts) qui apportent une valeur ajoutée dans le montage.

Johnny El Hachem estime que la banque a vu juste en se positionnant, très tôt, sur les actifs réels, les marchés en devenir, l’investissement direct dans les pays émergents et l’accompagnement des petites entreprises.

Aujourd’hui, ajoute-t-il, il n’y a jamais eu autant d’argent prêt à être investi dans le private equity globalement. Il cite le chiffre de 588 milliards de dollars levés en 2016 sur l’ensemble des thématiques private equity, selon le consultant Bain & Co. Au total, ce sont 1660 milliards qui sont disponibles en main des gérants pour s’investir en général dans le private equity. «Avec les taux d’intérêt zéro, les consciences s’éveillent aux mérites des actifs réels», observe-t-il.  

Avec le fonds africain Amethis, que le groupe a lancé en association avec deux gérants expérimentés, Luc Rigouzzo et Laurent Demey,  la banque a été la première à entrer sur ce marché. «Le choix de pays très dépendants en matières premières, tels que les pays miniers et pétroliers, a été exclu», explique Luc Rigouzzo, associé gérant du fonds, qui a plus de 30 ans d’expérience dans l’investissement dans des entreprises africaines.

«Nous avons été attentifs à ne pas rentrer dans des pays à haut risque politique.» Le fonds a privilégié un groupe de pays très diversifié, qui croît toujours à 6%, dont les monnaies s’apprécient et où 70% de l’économie est constituée par le tissu entrepreneurial des PME locales. «Moins de 700 groupes en Afrique ont un chiffre d’affaires supérieur à 1 milliard de dollars, c’est un continent besogneux. Les entreprises de taille moyenne sont aussi moins exposées au risque politique», conclut Luc Rigouzzo. La banque a par ailleurs participé à des projets d’infrastructures en Afrique, à travers sa plateforme Bridge, en se positionnant sur la construction d’une autoroute à péage au Sénégal.

L’impact social et environnemental est un objectif important pour les fonds Agro forestry, Moringa et Ginkgo (dépollution des sols). En France, Ginkgo a participé à la réhabilitation du cœur de Lyon, en dépolluant des terrains. «Ces idées, on les retrouve dans tous ces fonds», souligne Ariane de Rothschild. La banque mène une réflexion continue pour le lancement de nouveaux millésimes de fonds, comme Amethis et Aina.

Zaki Myret
Myret Zaki

RÉDACTRICE EN CHEF DE BILAN de 2014 à 2019

Lui écrire

En 1997, Myret Zaki fait ses débuts dans la banque privée genevoise Lombard Odier Darier Hentsch & Cie. Puis, dès 2001, elle dirige les pages et suppléments financiers du quotidien Le Temps. En octobre 2008, elle publie son premier ouvrage, "UBS, les dessous d'un scandale", qui raconte comment la banque suisse est mise en difficulté par les autorités américaines dans plusieurs affaires d'évasion fiscale aux États-Unis et surtout par la crise des subprimes. Elle obtient le prix de Journaliste Suisse 2008 de Schweizer Journalist. En janvier 2010, Myret devient rédactrice en chef adjointe du magazine Bilan. Cette année-là, elle publie "Le Secret bancaire est mort, vive l'évasion fiscale" où elle expose la guerre économique qui a mené la Suisse à abandonner son secret bancaire. En 2011, elle publie "La fin du dollar" qui prédit la fin de la monnaie américaine à cause de sa dévaluation prolongée et de la dérive monétaire de la Réserve fédérale. En 2014, Myret est nommée rédactrice en chef de Bilan. Elle quitte ce poste en mai 2019.

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