Bilan

Dominique Strauss-Kahn visé par une enquête pour escroquerie

La société d'investissement LSK, dont l'ancien patron du FMI détenait 20%, aurait laissé une ardoise de près de 100 millions d'euros. Sa filiale Assya Asset Management Suisse s'était installée à Genève.
  • Dominique Strauss-Kahn est inquiété dans le cadre des activités qu'il avait développées avec Thierry Leyne.

    Crédits: Image: AFP
  • Pour ses affaires, DSK s'était associé à feu l'homme d'affaires Thierry Leyne.

    Crédits: Image: AFP - LSK

L’ancien ministre socialiste français et ancien patron du FMI n’en a pas fini avec la justice. Cette fois, Dominique Strauss-Kahn, 66 ans, n’est pas rattrapé par des parties fines mais par une enquête préliminaire pour escroquerie et abus de biens sociaux, en lien avec la société d’investissement luxembourgeoise LSK. En liquidation, l’entreprise aurait laissé une ardoise de près de 100 millions d’euros.

Président du conseil d’administration de Leyne Strauss-Kahn & Partners (LSK), dont il détenait 20,23 %, DSK annonçait en 2014 un objectif « très ambitieux », celui d’atteindre une taille de « deux milliards de dollars d’ici un an », grâce aux capitaux des grandes fortunes privées et de fonds détenus par des pays émergents. Interrogé par Aujourd’hui Magazine, Jean Veil, l’avocat de DSK, assure que son client, à présent domicilié à Monaco, «n’a jamais exercé aucune fonction opérationnelle» dans cette entreprise, créée en octobre 2013.              

Ce n’est pas exactement le discours qui était tenu en mai 2014, puisque Le Temps avait pu titrer: «Genève au cœur de la galaxie Leyne Strauss-Kahn». Assya Asset Management Suisse, filiale de LSK, s’était installée rue du Rhône, dans l’immeuble noir de la Chase. La recherche de fonds devait être confiée à Vanessa Strauss-Kahn, la fille de l’ancien ministre socialiste. Ne seraient acceptés que les clients lui confiant un minimum de 20 millions d’euros ! Thierry Leyne, l’associé de DSK, alors domicilié à Tel-Aviv, avait vécu précédemment une décennie à Genève. Il était toujours président du conseil d’administration de la société Firstcaution à Nyon, spécialisée dans le cautionnement de loyer sans garantie bancaire.

Départ précipité à Genève  

Cette belle success story s’achève brutalement. Le 3 octobre 2014, LSK est condamné au Luxembourg à rembourser deux millions d’euros à La Bâloise Vie, filiale du groupe d’assurance Bâloise. Le 20 octobre, DSK démissionne de son poste de président du conseil d’administration. Le 23, Thierry Leyne se suicide en se défenestrant de son appartement à Tel-Aviv. Bilan appelle deux jours plus tard Assya Asset Management Suisse. Une standardiste répond que « tous les responsables sont en réunion à l’extérieur », et qu’elle ignore l’heure de leur retour au bureau. Une visite au 63 de la rue du Rhône s’impose. La même employée, apparemment affolée, annonce qu’il est impossible de monter dans les bureaux de la société, au deuxième étage. Elle descend précipitamment dans le hall de l’immeuble. Elle ne sait rien et elle ne peut rien dire.     

A l’exception de la standardiste, la quinzaine d’autres employés d’Assya Asset Management Suisse avait-elle déjà déguerpi, à peine deux jours après le suicide de Thierry Leyne ? Les locaux avaient-ils déjà été vidés ? Les choses n’ont pas traîné, puisque la liquidation de LSK est prononcée dès novembre 2014, laissant une ardoise de près de 100 millions d’euros ! Aujourd’hui Magazine parle de156 créanciers, Luxembourgeois, Français, Belges, mais aussi Israéliens, Macédoniens, Mauritaniens, Russes…  

Au moment du suicide de Thierry Leyne, un banquier genevois faisait remarquer à Bilan qu’aucun financier ne lui avait rendu hommage. Plus étrange encore, la communauté juive ne s’était pas non plus manifestée. Si Assya Asset Management Suisse avait gardé le silence, en revanche, la direction de Firstcaution confirmait la venue régulière à Nyon de Thierry Leyne, « qui suivait de près la marche de la société », en compagnie de Dominique Strauss-Kahn. Ce dernier aurait-il des trous de mémoire ?

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