Bilan

Deutsche Börse et LSE fiancés s'inquiètent d'un Brexit

Le mariage de l'opérateur boursier allemand Deutsche Börse et du britannique London Stock Exchange (LSE) s'avère menacé par l'ombre du divorce du Royaume-Uni et de l'Union européenne.

Deutsche Börse et LSE se disent persuadés que le groupe né de leur rapprochement serait bien positionné pour servir des clients dans le monde, indépendamment du choix des électeurs britanniques.

Crédits: Reuters

L'opérateur boursier allemand Deutsche Börse et le britannique London Stock Exchange (LSE), en discussion pour fusionner, ont dévoilé vendredi les contours de leur mariage, un projet toutefois menacé par l'ombre d'une sortie du Royaume-Uni hors de l'Union européenne.

Le "Brexit", expression consacrée pour désigner cette sortie, mettrait le projet de fusion "en danger", ont fait savoir dans un communiqué commun les deux groupes, dont le rapprochement donnerait naissance au numéro un européen de la Bourse.

Un divorce entre l'UE et le Royaume-Uni pourrait notamment affecter le volume et la nature des activités de la future entité, précisent Deutsche Börse et le LSE, qui ont annoncé la création d'un comité commun de réflexion pour évaluer les possibles implications d'un tel scénario.

Ces déclarations interviennent alors que de plus en plus d'entreprises tentent, de part et d'autre de la Manche, d'influer sur le débat public en Grande-Bretagne.

Le Premier ministre britannique David Cameron va faire voter ses concitoyens le 23 juin sur le maintien ou non du Royaume-Uni dans l'Union européenne, après avoir obtenu d'importantes concessions de la part des 27 autres pays de l'Union pour assurer le respect des intérêts britanniques au sein de l'UE.

Près de 200 grands patrons et d'entrepreneurs britanniques ont signé mardi une lettre ouverte pour mettre en garde contre les dangers d'un Brexit sur l'emploi et l'économie. Aucun poids lourd de la Bourse de Londres ne s'est prononcé en faveur d'une sortie de l'UE à ce jour.

Fusion avec ou sans Brexit

Deutsche Börse et LSE se disent néanmoins persuadés que le groupe né de leur rapprochement serait bien positionné pour servir des clients dans le monde, indépendamment du choix des électeurs britanniques. Par conséquent, "l'issue du référendum ne serait pas une condition de la possible fusion", assurent-ils.

"L'activité des infrastructures financières dans laquelle le nouveau groupe opèrerait est de plus en plus mondiale, tout comme l'environnement réglementaire. Logiquement, le Brexit ne devrait donc rien enlever aux mérites d'une fusion" entre les deux opérateurs boursiers, estime Peter Thorne, analyste chez Edison Investment Research.

Le Brexit étant "un processus politique, la logique financière pourrait toutefois ne pas être le seul problème", relève M. Thorne.

En officialisant mardi des discussions pour une fusion, le LSE et Deutsche Börse ont rouvert les hostilités entre places boursières, régulièrement agitées ces dernières années par des tentatives de rachat, parfois avortées.

La concurrence fait rage entre les opérateurs qui se disputent des parts de marché à l'échelle mondiale et doivent s'adapter depuis des années à l'émergence de plateformes alternatives, plus ou moins réglementées, qui captent une grande part des volumes d'échanges.

Obstacles réglementaires

Un mariage entre Deutsche Börse et LSE ouvrirait la voie à d'importantes synergies, tant au niveau des revenus que des coûts, et permettrait un renforcement mutuel des deux groupes "aux stratégies complémentaires", estiment les deux partenaires

Ces derniers doivent toutefois convaincre les autorités européennes du bien fondé de cette démarche, un parcours qui s'annonce semé d'embûches. Les deux groupes ont entamé des discussions avec les autorités financières britannique et allemande, ainsi qu'avec les gouvernements du Royaume-Uni, d'Allemagne, d'Italie et de France.

Par le passé, Deutsche Börse avait déjà tenté de s'unir à l'opérateur NYSE Euronext, mais avait dû renoncer en raison du veto de la Commission européenne.

"Le principal test seront les obstacles réglementaires qui, combinés au contexte du Brexit, vont obliger les deux entreprises a devoir développer une argumentation convaincante en faveur du projet ces prochains mois", anticipe Peter Gray, chef des services financiers chez Cavendish Corporate Finance.

En cas de feu vert des autorités et d'un accord entre les deux entreprises, le nouveau groupe sera domicilié à Londres et chapeauté par une nouvelle maison mère britannique.

L'allemand Carsten Kengeter, actuel PDG de Deutsche Börse, est appelé à devenir le patron du groupe fusionné, qui disposera de locaux à Londres et Francfort.

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."