Bilan

Deutsche Bank tracasse l'Allemagne

L'action Deutsche Bank s'envolait en Bourse mercredi, soutenue par des spéculations sur des rachats de dette, mais sans apaiser les craintes.

Depuis le début de l'année c'est plus d'un tiers de la capitalisation boursière de Deutsche Bank qui sont partis en fumée, dans un contexte de défiance généralisée à l'égard des banques, mais aussi à cause d'inquiétudes bien spécifiques sur le premier institut de crédit allemand.

Crédits: Reuters

L'action Deutsche Bank s'envolait en Bourse mercredi, dans le cadre d'un rebond général et soutenue par des spéculations sur des rachats de dette, mais sans apaiser les craintes suscitées par le récent plongeon du titre et l'état de santé de l'institut.

Le titre s'était effondré de 13% sur deux séances, lundi et mardi, le ramenant à son niveau de début 2009, en pleine crise financière.

Depuis le début de l'année c'est plus d'un tiers de sa capitalisation boursière qui sont partis en fumée, dans un contexte de défiance généralisée à l'égard des banques, mais aussi à cause d'inquiétudes bien spécifiques sur le premier institut de crédit allemand.

Mercredi, des informations de presse sur des réflexions au sein de l'établissement sur des rachats de ses propres obligations soutenaient un vif rebond: à 14H35 GMT le titre prenait 7,60% à 14,24 euros. Il a même eu des pics à plus de 15%.

Le Financial Times et Bloomberg évoquent sur la foi de sources non identifiées l'idée d'un "rachat d'urgence de dette senior", c'est-à-dire des obligations que leur émetteur est tenu de rembourser en priorité par rapport à d'autres types de créances. Deutsche Bank aurait émis quelque 50 milliards d'euros de dette senior, selon le FT. Aucune décision finale n'aurait été prise, précisent les deux médias. Sollicitée, Deutsche Bank n'a pas souhaité commenter.

Ces derniers jours, et particulièrement lundi, des inquiétudes étaient apparues sur la capacité de Deutsche Bank à rembourser certaines dettes. La banque avait tenté de rassurer en publiant un communiqué assurant de sa solvabilité, mais sans réussir à inverser la tendance.

Inquiétude de l'économie

Au contraire, même. "Que penser d'une banque qui doit promettre à ses clients et ses investisseurs qu'elle est en mesure de rembourser ses dettes?", s'interrogeait mercredi le quotidien Frankfurter Allgemeine Zeitung (FAZ) en Une dans un éditorial intitulé "Deutsche Bank en chute libre".

"La peur est revenue", titrait le journal Süddeutsche Zeitung, le Handelsblatt parlant d'un "tremblement de terre bancaire" dont Deutsche Bank serait "l'épicentre".

"Bien sûr, ce qui se passe nous inquiète", a commenté mercredi le directeur de la fédération des chambres de commerce et d'industrie allemandes DIHK, interrogé sur la crise de la banque, qui finance de nombreuses entreprises du pays.

La veille le ministre des Finances Wolfgang Schäuble avait déclaré l'inverse - pas d'inquiétude -, et sa porte-parole l'a répété mercredi lors de la conférence de presse régulière du gouvernement. Les déboires de Deutsche Bank y ont été le premier sujet abordé. Le ministère de l'Economie s'est senti obligé d'assurer que l'économie allemande dans son ensemble était "robuste".

Berlin est venu à la rescousse des banques en 2008-2009, avec notamment une nationalisation partielle de Commerzbank, et le souvenir de cette intervention ressurgit ces jours-ci.

La faiblesse du cours de Deutsche Bank a déjà alimenté dans la presse allemande des spéculations de rachat.

"Prophétie auto-réalisatrice"

Christian Koch, analyste de DZ Bank, estime "exagérées" les inquiétudes sur la banque et la glissade en Bourse qu'elles suscitent. Tout en prévenant: si la catastrophe boursière se poursuit, "elle peut prendre le caractère d'une prophétie auto-réalisatrice".

La fuite à la presse sur les rachats de dette faisait en tout cas son petit effet mercredi.

En rachetant elle-même certains titres de dette, Deutsche Bank donnerait un gage de solvabilité au marché, tout en évacuant le problème du remboursement ultérieur de ces obligations, et en fortifiant son bilan puisque le montant total de ses créances diminuerait d'autant.

Mais les motifs d'inquiétude des investisseurs sont multiples, de la rentabilité chancelante à l'assise en capital jugée trop faible, en passant par les coûts d'une kyrielle de batailles judiciaires, l'exposition au secteur pétrolier ou la perspective d'une possible augmentation de capital.

Le patron de la banque John Cryan avait tenté mardi de trouver des mots forts pour rassurer, estimant que Deutsche Bank était "solide comme un roc". Le Britannique, arrivé aux manettes l'an dernier, a pour mission de redresser le colosse aux près de 100.000 salariés.

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