Bilan

Dette mondiale: un danger pour l’économie?

L’année 2019 a vu des réductions en série des taux de conversion, et la pression va continuer. Comment atténuer l’érosion des rentes de vieillesse?

D’une certaine manière, l’assuré se retrouve taxé sur sa longévité.

Crédits: Simon Brader/Getty images

Pour les futurs retraités, l’année 2019 est un coup dur. Le taux de conversion, utilisé par les caisses de pension pour convertir l’avoir de vieillesse en rentes, n’a cessé de baisser ces dernières années, et la pression à la baisse se poursuit. De 7,2% lors de la première révision de la LPP, il est passé progressivement à 6,8%. Le Conseil fédéral a voulu le ramener à 6% («Prévoyance vieillesse 2020»), mais le peuple a rejeté la réforme en 2017. Il reste donc à 6,8%, mais le débat sur inéluctabilité de sa baisse se poursuit. A 6,8%, cela signifie qu’un capital retraite de 100 000 fr. sera converti en une rente de vieillesse de 6800 fr./an. 

Mais c’est sans compter les fortes baisses des taux de conversion sur la part surobligatoire (salaires de plus de 84 600 fr.) qui, elle, n’est pas protégée par la loi. Sur cette part, certaines caisses appliquent des taux parfois inférieurs à 5%. «La raison est que de nombreuses caisses gèrent également les cotisations perçues sur les composantes supérieures au salaire obligatoire», explique VermögensZentrum (VZ). Or elles peuvent décider librement du taux de conversion sur le surobligatoire et n’hésitent pas à le faire afin de pouvoir remplir les exigences de la part obligatoire. Cette année, l’assureur Allianz, UBS, Publica (la caisse fédérale de pension) et bien d’autres ont annoncé des baisses du taux de conversion, parfois drastiques. En cause, les taux d’intérêt bas ou négatifs, et l’augmentation constante de l’espérance de vie. Les Suisses vivent en moyenne cinq ans de plus qu’il y a trente ans, ce qui augmente la durée de perception des rentes. UBS a ramené son taux sur le surobligatoire à 4,42%, ce qui réduit la rente de 18,75% pour un assuré prenant sa retraite à 65 ans. 

Etre retraité à notre époque n’a donc plus grand-chose à voir avec les années 90. «En 30 ans, on observe une baisse d’environ 30% des rentes, à cotisation égale», estime Albert Gallegos, responsable du conseil patrimonial et prévoyance à la BCGE. S’ajoute à cela la tendance des caisses à vouloir transférer le risque de placement sur les assurés, en les incitant de plus en plus à retirer le capital plutôt qu’à toucher la rente. «Ce transfert de la prise de risque signale que l’assuré est, d’une certaine manière, taxé sur sa longévité», conclut Albert Gallegos. 

Prévoyance individuelle en appui

Que faire pour atténuer l’effet de la baisse? «Investir aussi tôt que possible dans la prévoyance individuelle», conseille VZ, notamment dans un pilier 3a. Les salariés affiliés peuvent y cotiser jusqu’à 6826 fr. par année et déduire ce montant de leur revenu imposable. Autre possibilité: procéder à des rachats de votre caisse de pension, de préférence échelonnés sur les dernières années précédant la retraite. 

Zaki Myret
Myret Zaki

RÉDACTRICE EN CHEF DE BILAN

Lui écrire

En 1997, Myret Zaki fait ses débuts dans la banque privée genevoise Lombard Odier Darier Hentsch & Cie. Puis, dès 2001, elle dirige les pages et suppléments financiers du quotidien Le Temps. En octobre 2008, elle publie son premier ouvrage, "UBS, les dessous d'un scandale", qui raconte comment la banque suisse est mise en difficulté par les autorités américaines dans plusieurs affaires d'évasion fiscale aux États-Unis et surtout par la crise des subprimes. Elle obtient le prix de Journaliste Suisse 2008 de Schweizer Journalist. En janvier 2010, Myret devient rédactrice en chef adjointe du magazine Bilan. Cette année-là, elle publie "Le Secret bancaire est mort, vive l'évasion fiscale" où elle expose la guerre économique qui a mené la Suisse à abandonner son secret bancaire. En 2011, elle publie "La fin du dollar" qui prédit la fin de la monnaie américaine à cause de sa dévaluation prolongée et de la dérive monétaire de la Réserve fédérale. En 2014, Myret est nommée rédactrice en chef de Bilan.

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