Bilan

Dette mondiale: un danger pour l’économie?

Les politiques monétaires ont permis d’éviter une crise économique, mais elles ont aussi gonflé la dette des entreprises. Alors qu’elles changent maintenant de cap, comment anticiper le point de bascule?

Macroéconomie Il est difficile de ne pas s’inquiéter des chiffres de l’endettement mondial. Le montant de la dette publique et privée globale est passé de 115 900 milliards de dollars en 2007 à un niveau record de 184 000 milliards en 2017, selon le FMI, ce qui équivaut à 86 000 dollars par personne, soit 2,5 fois le revenu moyen mondial par habitant. 

Selon McKinsey, l’essentiel de l’augmentation de la dette au cours de la décennie 2007-2017 a concerné la dette publique, la dette des entreprises non financières représentant pour sa part 41% de la hausse. La crainte aujourd’hui, c’est que cet endettement finisse par faire basculer les économies dans une nouvelle récession.

L’augmentation de l’endettement et le ralentissement de la croissance au cours des vingt dernières années ont réduit la capacité des banques centrales à augmenter les taux d’intérêt. Lorsque la crise financière a éclaté, ces dernières ont imprimé de l’argent et abaissé les taux d’intérêt à des niveaux bas ou négatifs, créant des conditions de crédit avantageuses. Puis, emboîtant le pas à la Fed depuis 2015, elles ont promis d’éliminer progressivement l’excès de liquidités et de normaliser leur politique monétaire. Or, dès la deuxième moitié de mars 2019, cette doctrine a connu un changement de cap.

Face à la volatilité des marchés et à la baisse des pressions inflationnistes, la Fed a indiqué qu’elle n’envisageait pas de relever ses taux cette année. La Banque centrale européenne a, elle, déjà annoncé qu’elle maintiendrait ses taux inchangés pour 2019, abaissé ses prévisions de PIB et relancé ses injections de liquidités.

Alors que nous faisons face aujourd’hui à un niveau d’endettement sans précédent, aucun consensus n’existe parmi les économistes quant au montant maximal de dette publique qui serait sans danger pour une économie, pas plus que sur le moment où cette dette commencerait à saper la croissance du PIB. 

Les investisseurs s’interrogent surtout sur la qualité de la dette des entreprises. C’est en effet la dette des entreprises non financières les moins biens notées au sein de la catégorie de la dette de qualité qui a connu la plus grande progression. A la veille de la crise financière, l’encours de la dette «BBB» représentait environ un tiers du marché du crédit. Il en compose aujourd’hui plus de la moitié. Les marchés sont ainsi vulnérables
à une baisse de confiance, qui pourrait à son tour dégrader le crédit de qualité le moins bien noté et contraindre de nombreux détenteurs institutionnels à s’en défaire, menaçant la capacité des entreprises à se refinancer et provoquant un effondrement éventuel de la valeur du crédit. 

Tandis que les institutions financières ont profité d’un crédit bon marché, de nombreux consommateurs n’ont pas tiré avantage de l’essor des marchés financiers en raison de leur incapacité à emprunter. Sur le plan social, l’augmentation de la dette et la hausse des prix des actifs ont exacerbé les inégalités et contribué au développement du populisme. 

Les marchés s’interrogent donc aujourd’hui sur l’efficacité des remèdes monétaires conventionnels, face aux transformations profondes qui affectent nos sociétés. Il semble de plus en plus probable que les banques centrales devront repenser l’assouplissement quantitatif et créer des outils monétaires capables de soutenir
les rendements et d’avoir des retombées sociales positives. 

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