Bilan

Des «presque-rien» qui rapportent

Il est encore possible de trouver un rendement raisonnable sur le marché obligataire, grâce à une approche flexible qui tire parti des quelques niches qui offrent encore des opportunités.

Aujourd’hui, l’investisseur en taux fixes ne peut plus se reposer sur ses coupons.

Crédits: Shutterstock

Les banques centrales ont pratiquement épuisé leur arsenal d’armes de dopage massif de l’économie. Et, en dépit de toutes leurs injections, cette dernière peine à retrouver un tonus suffisant pour que les taux d’intérêt puissent revenir à un niveau décent. Les investisseurs doivent donc se résigner à devoir vivre pour une durée assez longue encore dans un univers à la Jankélévitch, dominé par le «je-ne-sais-quoi et le presque-rien» décrit par le philosophe français.

Le presque-rien, ce sont les espérances de rendement des obligations. En Suisse, il faut s’engager sur cinquante ans auprès de la Confédération pour obtenir un léger rendement positif. En Allemagne, l’attente est moins longue mais elle va tout de même au-delà de dix ans. Globalement, en Europe, la moitié de la dette émise par les gouvernements est assortie de taux négatifs. Et la situation n’est guère meilleure du côté des entreprises puisque près des trois quarts de leurs obligations offrent moins de 1%.

Le je-ne-sais-quoi, c’est le défi de l’allocation d’actifs. Dans leur grande majorité, les épargnants ne peuvent que difficilement supprimer totalement les obligations de leur portefeuille et s’exposer aux actions, à l’immobilier ou encore à un private equity, certes rentable, mais qui manque singulièrement de liquidité. Une solution réside dans une approche flexible qui permet de tirer parti des quelques niches du marché obligataire qui offrent encore des opportunités de rendement.

Haut rendement

Si les très bons débiteurs peuvent se permettre de faire payer à l’investisseur le droit d’utiliser son épargne, ceux dont les notations sont de moindre qualité offrent encore des rémunérations intéressantes. En effet, l’écart de rendement entre les emprunts à haut rendement et les emprunts gouvernementaux se situe à 520 points de base, son recul par rapport aux 700 points de base enregistrés à la fin 2015 étant essentiellement imputable au secteur énergétique. De plus, dans ce segment du «haut rendement», même si les taux de défaut ont légèrement augmenté, ils restent encore
à un niveau suffisamment bas pour que les primes de risque restent intéressantes.

Dette émergente

La dette émergente représente une autre niche qui mérite l’attention, les obligations souveraines des pays émergents en dollar offrant un portage de près de 5%. L’attrait de ce dernier est encore renforcé par le fait que les marchés émergents ont enregistré une amélioration de leurs fondamentaux économiques. Or cela est d’autant plus important que, dans une période de faible volatilité, les facteurs spécifiques aux pays émergents sont les principaux vecteurs de la performance, devant les facteurs globaux. La dette émergente doit néanmoins être abordée de manière très sélective, notamment lorsqu’il s’agit de s’exposer
au risque devise.

Duration

Enfin, la duration représente également une source de rendements qui ne devrait pas être négligée. Car le fait que les taux d’intérêt se situent à un niveau déjà très bas ne signifie pas qu’ils aient atteint leur étiage. En d’autres termes, il faut être préparé à tirer parti de chacun de leurs mouvements en adaptant de manière adéquate la duration des portefeuilles obligataires.

Comme nous venons de le démontrer, les opportunités ne sont pas totalement absentes des marchés obligataires. Mais elles exigent une approche d’investissement flexible, opportuniste et globale. L’investisseur taux fixe ne peut plus se reposer sur ses coupons en attendant l’échéance de ses titres, il doit embrayer sur les moteurs de performance quel que soit l’endroit où ils se trouvent: sur le haut rendement aux Etats-Unis, la duration en Europe, la dette émergente en dollar, les devises, et un jour ou l’autre la hausse des taux. Bref, tous ces presque-rien qui, en s’additionnant, produisent du rendement raisonnable!  

* Responsable des ventes chez Mirabaud Asset Management.

Bertrand Bricheux*

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