Bilan

Des milliers de personnes "politiquement exposées" ont des comptes en Suisse

D'ici la fin de l'année, la Suisse aura finalisé une loi sur le traitement des fonds bloqués, "un résumé de la pratique" en cours depuis 1987.

La Suisse a régulièrement maille à partir avec ces PEP's lorsqu'un scandale de corruption éclate ou que leur gouvernement est subitement renversé et que leurs fonds sont bloqués.

Crédits: Keystone

Des milliers de personnes "politiquement exposées", appelées des "PEP's" dans le jargon bancaire, ont des comptes ouverts auprès de banques suisses, a estimé lundi à Berne l'ambassadeur Valentin Zellweger, du ministère suisse des Affaires étrangères.

Les PEP's sont soit des chefs d'Etat ou de très hauts fonctionnaires, et certains d'entre eux ont profité de leurs fonctions pour détourner de l'argent public et le placer sur des comptes offshore, notamment en Suisse.

Lors d'une rencontre avec la presse étrangère, M. Zellweger a estimé que les  banques ont "sûrement" une liste de ces clients, et que les autorités estiment leur nombre à "plusieurs milliers, plutôt que plusieurs centaines".

La Suisse a régulièrement maille à partir avec ces PEP's lorsqu'un scandale de corruption éclate ou que leur gouvernement est subitement renversé et que leurs fonds sont bloqués.

D'ici la fin de l'année, la Suisse aura finalisé une loi sur le traitement des fonds bloqués, "un résumé de la pratique" en cours depuis 1987, avec le blocage des fonds du leader philippin Ferdinand Marcos.

La Suisse a rendu plus de 1,8 milliard de dollars bloqués sur ces comptes à leurs pays d'origine, ce qui "est plus que n'importe quel autre centre financier au monde", selon les autorités.

Ainsi, en 2003, la Suisse a rendu 684 millions de dollars aux Philippines. "Nos relations bilatérales avec ce pays se sont considérablement améliorées à partir de ce moment-là" a estimé l'ambassadeur Zellweger.

De même en 2005, 700 millions de dollars bloqués sur des comptes de l'ancien directeur nigerian Sani Abacha, ont été rendus à Lagos.

En 2014, la Suisse a aussi accepté de rendre 5,7 millions de dollars des fonds Duvalier à Haïti, mais attend de recevoir un projet concret pour leur utilisation.

"Ces fonds devraient servir à améliorer les conditions de vie du peuple haïtien", selon Berne.

Interrogé sur le cas Petrobras, cet énorme scandale financier qui secoue le Brésil et a des ramifications en Suisse, M. Zellweger a indiqé que son pays fait "preuve de transparence", en communiquant très rapidement sur les montants bloqués, soit environ 400 millions de dollars.

En Suisse, l'enquête contre Petrobras a été ouverte en avril 2014. Le 18 mars 2015, le procureur général suisse avait indiqué que les investigations "ont permis de découvrir plus de 300 relations d'affaires avec plus de 30 établissements bancaires en Suisse, par lesquelles les versements pour corruption examinés par le Brésil ont vraisemblablement transité".

Il avait par ailleurs annoncé que la Suisse avait libéré 120 millions de dollars bloqués en Suisse, sur les 400 millions de dollars bloqués dans le cadre de l'affaire Petrobras.

Ce scandale éclabousse particulièrement les établissements bancaires à Genève, d'après ce qui est ressorti dans les médias brésiliens des auditions d'un ex-directeur de Petrobras, Pedro Barusco. Et ce alors que la place financière helvétique assure depuis plusieurs années avoir renforcé ses critères déontologiques face à la corruption et au blanchiment d'argent.

"Nous pouvons mieux faire", a reconnu lundi l'ambassadeur, tout en ajoutant "savoir que d'autres places financières importantes abritent des fonds" liés à Petrobras, "beaucoup plus importants, mais ces places ne communiquent pas".

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