Bilan

Des mandats par définition durables

Pour la banque J. Safra Sarasin, investir sans tenir compte de critères sociaux, environnementaux et de gouvernance n’est plus une option, sauf si le client le demande.
  • Ilan Hayim, président du conseil: «Un bon quart de nos clients sont Suisses.»

    Crédits: J.Safra Sarasin
  • Jan Amrit Poser, responsable de la durabilité au sein du groupe.

    Crédits: Rolf Weiss

Ilan Hayim, président de la banque bâloise J. Safra Sarasin, ne dissimule pas sa satisfaction de l’année 2017. «Elle a dépassé toutes nos attentes. Le bénéfice net a progressé de 25%, les avoirs sous gestion de 15%.» Cette croissance, qui hisse les avoirs gérés pour la clientèle à plus de 170 milliards de dollars fin 2017, inclut l’acquisition de Credit Suisse Monaco, mais pour l’essentiel, la banque se prévaut d’une croissance organique. Quelque 100 chargés de relation ont été engagés partout dans le monde. Ilan Hayim décrit un marché asiatique très porteur, de même que celui du Moyen-Orient. 

Pour autant, le banquier genevois se refuse à tomber dans l’euphorie. Il garde en tête les incertitudes géopolitiques, la montée de la volatilité boursière depuis le début de l’année, et la fin du cycle de la dette bon marché. «Il convient de rester prudent. Notre métier est très dépendant des conditions extérieures.»

Un marché de 391 milliards 

Ilan Hayim souligne l’identité profondément helvétique de la banque au berceau bâlois, qui emploie 1147 personnes en Suisse et un peu plus de 1000 personnes dans le reste du monde. «Un bon quart de nos clients sont Suisses», indique le président du conseil. Concernant le reste de la clientèle, il estime que la Suisse continue d’être un centre de domiciliation attrayant pour les comptes de gestion de fortune, «mais pour d’autres raisons qu’auparavant. Les véritables atouts de la place – compétences multijuridictions, service inégalable – se distinguent mieux aujourd’hui. A nous de ne pas ajouter trop de bureaucratie!»

J. Safra Sarasin s’impose aujourd’hui comme un leader de la finance durable en Suisse. «Ce qui était au début une niche est progressivement devenu une grande tendance dans les marchés et par conséquent notre cœur de métier», souligne Jan Amrit Poser, chef stratège et responsable de la durabilité au sein du groupe. Les objectifs de développement durable de l’ONU ont fourni l’impulsion au marché. Aujourd’hui, avec 25 fonds «sustainable» gérés depuis la Suisse et Londres, ainsi que les mandats respectant ces critères, la banque détient 11,4% de part du marché suisse de la finance durable, qui pèse 390,6 milliards de francs. «Depuis 2011, tout mandat privé à la banque est par défaut géré selon les critères de durabilité», indique Jan Poser. La banque n’y fait exception que si le client le demande. 

Cette année, la gamme durable s’est étoffée de quatre fonds: sustainable lifestyle brands, technology disruptors, green bonds et high yield bonds. A travers les différentes approches d’investissement, le client peut choisir sa stratégie: soit se focaliser sur des solutions qui permettent de viser un impact positif, telles que le développement de solutions sociales et environnementales, soit se focaliser sur l’objectif de minimiser l’impact négatif, comme réduire l’accès aux capitaux à certains secteurs. 

Jacob J. Safra, vice-président de la holding J. Safra Sarasin, est intervenu le 14 juin au Chapitre helvétique du United Nations Global Compact à Genève pour souligner le rôle des banques comme «ciment» de l’économie mondiale et intermédiaires entre les entreprises et l’investissement durable, qui peuvent aider à atteindre les objectifs de développement durable de l’ONU. La banque, qui se dit pionnière depuis trente ans en Suisse, veut porter le concept de durabilité à l’échelon global. 

De grands investisseurs ont pris le virage, comme l’ASIR, association suisse pour des investissements responsables, fondée fin 2015, qui regroupe des caisses aussi importantes que les CFF, La Poste,
la Suva, le canton de Zurich ou encore Migros. Le secteur des assurances aussi évolue dans ce sens: Swiss Re a introduit en 2017 les critères de durabilité dans sa gestion et se conforme à un indice de référence durable. «Inclure ces critères représente une meilleure gestion des risques, plaide Jan Poser, car nombre d’études académiques ont démontré un lien entre durabilité et bénéfices des entreprises, en raison de l’impact positif sur le long terme et du risque amoindri, y compris sur le plan réputationnel.»

Zaki Myret
Myret Zaki

RÉDACTRICE EN CHEF DE BILAN de 2014 à 2019

Lui écrire

En 1997, Myret Zaki fait ses débuts dans la banque privée genevoise Lombard Odier Darier Hentsch & Cie. Puis, dès 2001, elle dirige les pages et suppléments financiers du quotidien Le Temps. En octobre 2008, elle publie son premier ouvrage, "UBS, les dessous d'un scandale", qui raconte comment la banque suisse est mise en difficulté par les autorités américaines dans plusieurs affaires d'évasion fiscale aux États-Unis et surtout par la crise des subprimes. Elle obtient le prix de Journaliste Suisse 2008 de Schweizer Journalist. En janvier 2010, Myret devient rédactrice en chef adjointe du magazine Bilan. Cette année-là, elle publie "Le Secret bancaire est mort, vive l'évasion fiscale" où elle expose la guerre économique qui a mené la Suisse à abandonner son secret bancaire. En 2011, elle publie "La fin du dollar" qui prédit la fin de la monnaie américaine à cause de sa dévaluation prolongée et de la dérive monétaire de la Réserve fédérale. En 2014, Myret est nommée rédactrice en chef de Bilan. Elle quitte ce poste en mai 2019.

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