Bilan

Des billets de 100$ volent vers la Corée du Nord

Les autorités de Pyongyang enragent: des activistes sud-coréens envoient vers la Corée du Nord des ballons météos avec des billets de 100$.
  • Les activistes se réunissent régulièrement à proximité de la frontière entre les deux Corées pour envoyer des billets de banque et des documents de propagande en direction du Nord, grâce à des ballons météos.

    Crédits: Image: Jung Yeon-Je/AFP
  • Au bout des ballons, des sacs remplis de documents de propagande (tracts, caricatures, CDs) et garnis de quelques billets de 100$.

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  • Ce type d'envois dure depuis plusieurs années, mais il devient plus intense à l'automne, quand la région connait un régime de vents favorables.

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  • Les envois rassemblent jusqu'à plusieurs centaines de personnes à proximité de la frontière entre les deux pays.

    Crédits: Image: Jung Yeon-Je/AFP

En général, ces ballons météos de forme oblongue et qui mesurent jusqu'à 6 mètres de long sont utilisés pour envoyer des sondes dans la stratosphère, afin de mesurer différents paramètres liés à la pression atmosphérique, à la composition de l'air dans les hautes couches ou à la force du vent. Là c'est justement le vent, mais dans les basses couches de l'atmosphère, qui a permis à des activistes pro-démocratie de Corée du Sud de détourner les ballons.

Depuis quelques jours, ils accrochent divers objets au bout de ces ballons, dont des petits paquets contenant des billets de 100$, mais aussi des CDs et des tracts de propagande dénonçant les abus et les crimes du régime communiste nord-coréen ou comportant des caricatures du dictateur Kim Jong-Un. Puis ils lâchent ces ballons depuis les abords de la frontière entre les deux pays.

Hors de portée des militaires

Ces ballons ayant la particularité de s'envoler très vite très haut, ils se retrouvent généralement très vite hors de portée des militaires postés sur la frontière qui ne peuvent les abattre. De plus, ils sont transparents et donc d'autant moins visibles. Certes longs, ils sont fins et cela rend aussi plus difficile leur repérage par satellites ou radars.

Au bout d'un vol de quelques dizaines de kilomètres, les «émissaires des démocrates» perdent de l'altitude et arrivent au sol. Où ils sont rapidement récupérés par les habitants.

Pourquoi avoir opté pour des ballons météos au lieu de drones? Parce que ces derniers sont soumis à autorisation par le gouvernement sud-coréen, ce qui n'est pas le cas des ballons. Les activistes n'ont donc besoin d'aucune autorisation pour lâcher leurs colis vers les cieux.

Une tolérance du gouvernement actuel

Certes, Séoul pourrait s'opposer à ces envois si vraiment le gouvernement le souhaitait. Mais il ne semble pas que ce soit le cas. Les médias locaux ont ainsi rappelé qu'une loi interdit les envois de biens et marchandises vers le Nord. Or, des responsables interrogés ont botté en touche en expliquant qu'il est «impossible de parler d'envoi de biens et marchandises si le destinataire n'est pas déterminé à l'avance».

Par le passé, certains ministères sud-coréens avaient pourtant fait cesser les envois de ballons, qui durent depuis plusieurs années. Mais le gouvernement du premier ministre Park Geun-Hye, qui a pourtant fait du dialogue Nord-Sud une priorité et de la réunification des deux Corées un de ses objectifs de campagne, ne prend aucune mesure. Les activistes ont donc d'ores et déjà prévu de renvoyer des ballons vers le Nord ce week-end.

Parfois, ces envois dégénèrent toutefois. Il suffit que les conditions météo ne mettent pas les ballons hors de portée des militaires pour que ceux-ci, à la fois pour obéir aux ordres de leurs supérieurs et pour tenter de récupérer les billets de 100$, fassent feu. Voici quelques jours, une salve de tirs visant des ballons a dégénéré: les tirs étaient suffisamment rasants pour que les militaires sud-coréens postés à quelques centaines de mètres de leurs homologues du Nord se soient sentis visés et aient ripostés. Heureusement, aucun blessé n'a été à déplorer.

La pratique n'est donc pas nouvelle et a déjà débouché sur des tensions entre les deux pays par le passé, quand le Nord a donné de la voix pour exiger l'arrêt de ces envois, une demande assortie de menaces à peine voilées.


La Corée du sud vise le nord avec des ballons... par afp

Mais ces dernières semaines, profitant de vents saisonniers particulièrement favorables à l'automne, les activistes ont repris leurs envois en plus grand nombre. Au grand dam des dirigeants nord-coréens qui ont à nouveau protesté.


Des tracts anti-dictatures envoyés dans des... par lefigaro

Matthieu Hoffstetter
Matthieu Hoffstetter

JOURNALISTE À BILAN

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Titulaire d'une maîtrise en histoire et d'un Master de journalisme, Matthieu Hoffstetter débute sa carrière en 2004 au sein des Dernières Nouvelles d'Alsace. Pendant plus de huit ans, il va ensuite couvrir l'actualité suisse et transfrontalière à Bâle pour le compte de ce quotidien régional français. En 2013, il rejoint Bilan et se spécialise dans les sujets liés à l'innovation, aux startups, et passe avec plaisir du web au print et inversement. Il contribue également aux suppléments, dont Bilan Luxe. Et réalise des sujets vidéo sur des sujets très variés (tourisme, startups, technologie, luxe).

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