Bilan

De l'or dans votre portefeuille

Le métal noble est à nouveau attrayant. Du fait des taux d’intérêt très bas, son prix a augmenté de plus de 25% depuis le début de l’année. Voici quatre variantes pour investir.
  • La performance de l’or sur six mois a battu la plupart des autres classes d’investissement.

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L’or est à nouveau demandé. Depuis le début de l’année, son prix a augmenté de plus de 25% à plus de 1340 dollars l’once et, dans ce laps de temps, il a battu la plupart des autres classes d’actifs. Son prix reste cependant bien loin de son plus haut historique de septembre 2011, à 1820 dollars l’once. La hausse du prix se reflète dans des fonds sur l’or cotés (ETF, exchange traded funds): depuis le début de l’année, le volume est globalement passé de 400 à plus de 2000 tonnes.

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Les raisons de ce regain de faveur sont les taux d’intérêt incroyablement bas et l’insécurité qui caractérise les marchés. Et la fin de la politique monétaire très expansive n’est pas pour demain, selon la plupart des spécialistes.

Mais comment l’investisseur privé doit-il placer son argent dans le métal jaune? Tour d’horizon des principales opportunités de placement.

1. L’or physique

De quoi parle-t-on?

La propriété physique comprend la détention en pièces ou en lingots d’or d’une pureté de 99,5% ou plus. En Suisse, cet or est traité à partir d’un poids de 1 gramme et jusqu’à des lingots de 12,5 kg. L’offre est vaste et relativement disparate. Les pièces très répandues et bien connues se prêtent au placement parce que le marché est alors plus liquide que pour les raretés.

En Suisse, on s’intéressera notamment aux vrenelis ou à la Krugerrand sud-africaine. Ces deux pièces sont disponibles à l’envi en diverses valeurs faciales. Les petits lingots de 1 à 100 grammes sont eux aussi largement acceptés, donc facilement négociables. En revanche, pour les pièces rares et les bijoux, l’évolution des prix n’est souvent déterminée qu’en faible partie par les fluctuations du prix de l’or, de sorte qu’ils se prêtent moins à la thésaurisation. 

Les avantages

Le grand avantage de l’investissement physique est sa disponibilité constante. A l’abri du coffre domestique ou de celui de la banque, les pièces et les lingots sont pratiquement sous la main en tout temps. Certaines banques, à l’instar de la filiale Raiffeisen de Bâle, proposent un accès au coffre dans les vingt-quatre heures. Même en cas de faillite de la banque, le retrait est garanti.

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En Suisse, l’achat et la vente d’or sont relativement aisés. Certes, ces dernières années, les banques ont réduit l’offre d’or physique pour des raisons de coûts, mais il existe une quantité de marchands d’or. Les opérations se déplacent toujours plus vers le commerce en ligne. L’or acheté peut être retiré au guichet chez la plupart des marchands, mais il est possible de se le faire livrer à la maison. La livraison se fait en général en peu de jours. 

Les inconvénients

Dans le commerce de pièces et, dans une certaine mesure, de petits lingots, il peut y avoir une différence importante entre le cours acheteur et le cours vendeur. Suivant le marchand ou la banque, l’écart entre prix d’achat et prix de vente peut atteindre en Suisse entre 5 et 30%. La raison de ce spread tient en premier lieu aux coûts de production et de logistique. Les pièces de faible valeur faciale et les petits lingots sont plus coûteux que les plus grandes unités. Le supplément de prix diminue en fonction de la quantité.

Le risque de change est un autre inconvénient: la détention d’or physique ne permet pas de s’en protéger automatiquement. Par conséquent, les investisseurs doivent se baser sur un prix en franc et ne pas trop se fier au prix en dollar, suggère René Buchwalder, directeur de la filiale suisse du marchand d’or Pro Aurum.

Autre inconvénient, les coûts d’assurance et de stockage. Si l’or est conservé chez soi, il doit être assuré contre le vol. Pour l’entreposage à la banque, une taxe est requise. En matière de coffre-fort, il existe des différences de coût d’une banque à l’autre. Il vaut donc la peine de comparer. 

2. Les ETF

De quoi parle-t-on?

En investissant dans des fonds sur l’or cotés (ETF, ou exchange traded funds), l’investisseur acquiert des parts d’une société d’investissement. Celle-là place sa fortune, le tout ou en partie, dans l’or physique. L’objectif du fonds est de répliquer l’évolution de la valeur de l’or, nette des commissions et des coûts. En matière d’ETF sur l’or, la Suisse caracole en tête. Ce sont surtout les grandes banques qui proposent des ETF sur l’or.

Les avantages

Comparés à l’or physique, les ETF comportent un net avantage de coûts. Comme ces fonds opèrent sur de grandes quantités d’or, la différence entre prix d’achat et prix de vente tombe au-dessous de 1%. Les coûts de gestion sont eux aussi en général plus bas. Outre une commission de gestion, l’investisseur doit s’acquitter de frais pour la sécurité, la garde et le courtage.

L’ensemble de ces coûts (TER, total expense ratio) varie en Suisse. Ces coûts comprennent aussi la couverture du risque de change éventuel. Tout cela rend les fonds sur l’or un peu plus chers que la plupart des fonds indiciels à gestion passive. La commission globale est déduite de la valeur de la part au fonds. Donc, si le prix de l’or demeure constant, la valeur de la part diminue avec le temps.

La plupart des ETF des prestataires suisses portent entièrement sur de l’or physique (réplication physique). Ces fonds conservent l’or correspondant à l’ensemble de la fortune investie dans des chambres fortes en Suisse, ce qui permet une réplication précise du prix de l’or. En outre, en achetant une part de fonds, l’investisseur devient le propriétaire juridique du métal jaune déposé. Si la banque est en défaut de paiement, elle devra restituer l’or. A partir d’une certaine quantité – en général un lingot de 12,5 kg – la plupart des prestataires suisses donnent aussi l’accès au trésor constitué d’or.

Les inconvénients

La possibilité d’une livraison physique recèle aussi des inconvénients. Les frais courants sont en moyenne plus élevés que pour d’autres ETF. Et, selon Stephan Müller, general counsel investment manager chez Julius Baer, la restitution effective n’est pas bon marché. On facture à l’investisseur une taxe de paiement et une commission de reprise.

Les petites unités de valeur sont en général plus coûteuses: le coût d’une livraison matérielle de moins de 1 kilo atteint 3%. Selon Stephan Müller, les investisseurs doivent en outre prendre garde aux fonds étrangers. Les offres déclarées comme ETF ne sont en réalité pas toutes des fonds ségrégués d’un point de vue juridique, si bien que l’or reste en possession de l’établissement financier et ne peut pas être repris. Du coup, la fonction de protection disparaît. 

Autre risque qui ne peut être exclu, même avec des ETF sur l’or physique, c’est qu’en cas de crise systémique la banque ne restitue pas l’or. Comme il est déposé à la banque, dans le pire des cas l’accès peut y être refusé.

3. Les contrats à terme

De quoi parle-t-on?

Sur le marché à terme, les investisseurs peuvent acheter ou vendre des contrats (futures). Les parties contractantes s’obligent ainsi à livrer, respectivement recevoir, l’or à des conditions définies et à une date fixée. En général, l’émetteur des futures, une banque par exemple, joue aussi le rôle de contrepartie.

Dans un contrat sur futures, la quantité, la valeur de base, le prix d’achat de l’or et l’échéance du contrat sont définis. En guise de garantie, l’acquéreur paie une marge à la conclusion du contrat. Elle correspond à une petite fraction de la valeur de l’or proposé à l’achat.

Autre possibilité d’investissement, les options. Une option d’achat (Call) permet à l’acheteur d’acheter à terme le contrat sur l’or au prix prédéfini. Si la valeur de base augmente, la différence entre le prix futur et le prix fixé génère un gain. En revanche, l’acheteur d’une option de vente (Put) réalise un gain lorsque le prix du marché est inférieur au prix de vente fixé. Il vend donc avec un bénéfice.

Les avantages 

Pour l’investisseur, le grand avantage du négoce de futures réside dans son coût réduit. Vu que seuls 4% des contrats se soldent par un échange effectif, il n’y a en général pas de commission d’achat et de vente. Et les droits de garde et les frais d’assurance tombent à zéro. A la différence des ETF, il n’y a pas de frais de gestion.

En outre, l’effet de levier est très fort. Le paiement d’une prime suffit pour acquérir un contrat à terme ou une option sur l’or. Suivant l’émetteur et le produit, cette marge oscille entre 1 et 10%. En revanche, les gains de la position sont entièrement imputés à l’investisseur.

Les contrats standards, où les conditions sont clairement définies, facilitent l’accès à ce négoce. Dans le cas de l’or, la quantité prédéfinie est en général une once d’or fin. La plupart des produits prévoient une stratégie de roulement: la position est automatiquement résiliée avant la date d’échéance, afin d’acheter un nouveau contrat à durée résiduelle aussi brève que possible. C’est ainsi que la liquidité du future à brève échéance est la plus grande.

A la différence d’un placement physique, sur le marché à terme l’investisseur peut profiter non seulement d’un prix de l’or à la hausse, mais aussi à la baisse. Avec les options, il «parie» que la valeur de l’or sous-jacent au contrat augmente ou diminue. 

Les inconvénients

Les gros volumes de transactions et la flexibilité sur les marchés à terme peuvent rapidement constituer un risque. Ce négoce est nettement plus complexe et moins maîtrisable que d’autres placements sur l’or. Il n’y a pratiquement pas de limites à l’offre de produits structurés: outre les dérivés sur l’or, il y a aussi des produits dont l’actif sous-jacent est un ETF sur l’or.

Pour les investisseurs, les mécanismes de gain sont parfois difficilement compréhensibles dans la gamme des produits structurés. Du coup, le choix de l’instrument se complexifie. Afin de contrôler les risques, il est sage d’investir dans des produits avec une structure de paiement simple. Par ailleurs, il convient de ne pas sous-estimer l’effet de levier, car il peut représenter un multiple de la prime en cas de gain, mais aussi en cas de perte.

Quand bien même la performance de cours des produits décrits est liée à l’évolution du prix de l’or, elle n’offre pas la même protection que l’or physique ou les ETF sur l’or. Il y a un risque supplémentaire que, pour chaque produit structuré, une partie doive prendre une position inverse. Par conséquent, en achetant, l’investisseur ne mise pas que sur l’actif sous-jacent mais aussi sur la capacité de paiement de l’émetteur. En cas de faillite de la contrepartie, l’acheteur du contrat ou de l’option risque de perdre le capital investi et les éventuelles plus-values.

4 . Les actions

De quoi parle-t-on?

Avec des actions de sociétés minières, l’investisseur prend des parts dans des entreprises actives dans l’extraction du métal. Au-delà de géants tels que Barrick Gold, on trouve dans des bourses comme celle de Toronto une masse de sociétés aurifères plus petites. Par leurs titres, les investisseurs forment eux aussi, indirectement, le prix de l’or: lorsqu’il se renchérit, les sociétés minières réalisent en principe des gains plus élevés, et la valeur de leurs réserves enfouies augmente. A la manière des contrats à terme, ces titres sont appropriés à des investisseurs qui ne sont pas intéressés à posséder de l’or physique.

Les avantages

Le négoce des actions est très liquide, si bien que l’écart entre prix d’achat et prix de vente est négligeable. Et il n’y a pas les frais de garde de l’or physique. Lorsque le prix de l’or augmente, les actions en bénéficient en général de manière disproportionnée: selon une règle approximative, les valeurs croissent trois fois plus que la cotation.

Afin de minimiser le risque d’entreprise, les investisseurs se voient offrir la possibilité de placer leur épargne dans plusieurs sociétés minières par le biais d’ETF. L’ETF le plus liquide de ce type est le VanEck Vectors Gold Miners ETF traité à New York (GDX). Le prix de cet ETF a doublé début 2015, tandis que le prix de l’once augmentait de 25%.

Les sociétés minières passent souvent pour mal dirigées, leurs bilans sont de qualité médiocre. Mais bien des exploitants misent désormais davantage sur la profitabilité et un financement solide. En outre, les investisseurs peuvent non seulement profiter des prix à la hausse, mais avec leurs actions, ils achètent aussi les réserves d’or toujours enfouies, comme le souligne Stephan Müller, de Julius Baer.

Reste que, comme pour les contrats à terme, les actions ne permettent pas un accès direct au métal précieux. Mais historiquement les titres se sont avérés d’excellentes protections contre les crises. Pendant la Grande Dépression des années 1930, la possession d’or physique était interdite aux Etats-Unis, mais il restait possible d’acquérir et de négocier des actions d’entreprises aurifères. 

Les inconvénients

La forte volatilité des actions sur l’or par rapport au prix de l’or peut se révéler un risque. Car le potentiel de gain aussi bien que de perte est plus élevé que pour les investissements qui répliquent aussi exactement que possible le prix de l’or. Il y a diverses explications aux fortes fluctuations en la matière. D’une part, les titres sont exposés au risque de marché, contrairement à l’or physique.

L’ambiance générale sur les marchés peut se répercuter de manière positive ou négative sur l’évolution des cours. D’autre part, on a vu par le passé qu’un management défaillant pouvait nettement pénaliser la performance des entreprises, et donc leurs actions. En période d’essor économique, beaucoup de sociétés minières se sont surendettées, ont plongé dans les difficultés, taillé dans les coûts en phase de consolidation et augmenté leur capital.

Elles agissaient donc de façon procyclique, ce qui accroissait d’autant les fluctuations du prix de l’or. Enfin, l’extraction d’or dépend fortement des risques politiques et environnementaux. La plupart des mines sont situées dans des pays émergents. Vu les conditions de travail souvent médiocres, on y constate souvent des grèves et des pertes de production.

Autre inconvénient: les risques de change élevés. La plupart des entreprises minières travaillent en monnaie locale, tandis que leurs actions sont traitées en dollar. Par conséquent, le dollar a une influence décisive sur les gains et donc sur la performance des actions des entreprises. 

*  Article traduit de Finanz und Wirtschaft 

Gabriella Hunter*

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