Bilan

Davantage de résistance de la part des actionnaires, selon Ethos

Selon la Fondation Ethos, les actionnaires des grandes compagnies envoient toujours davantage de signaux de résistance. Lors de l'exercice écoulé, les salaires considérés comme abusifs ont suscité une contestation qui ne peut plus être ignorée par le management.
  • Chez Credit Suisse, la rémunération de la direction générale n'a été acceptée qu'à 60% de l'assemblée générale. Suivant les recommandations d'Ethos, cette forte contestation des actionnaires représente un signal fort pour le management.

Que de chemin parcouru depuis 1997, date de la naissance de la Fondation Ethos. Créée afin de promouvoir l’investissement responsable dans la gestion des avoirs des caisses de pension, Ethos a joué un rôle moteur dans la prise de conscience chez les actionnaires helvétiques. A la fin du 20e siècle, quelques capitaines d’industrie règnent en maître sur des compagnies dont le capital est encore faiblement internationalisé.

Les Helmut Maucher (Nestlé), Lukas Mühelemann et autres Marcel Ospel (UBS) ou Daniel Vasella (Novartis) cumulent volontiers les rôles de CEO et de président du conseil d’administration. Personne n’exerce la moindre pression sur la hauteur des rémunérations. La presse proteste dans le vide. Endossant des fonctions simultanées de sensibilisateur, d’éducateur, voire d’agitateur, Ethos a mené sur 20 ans un combat pour une répartition des bénéfices des entreprises plus favorable à la société qui porte aujourd’hui ces fruits.

« La contestation des actionnaires progresse. En 2016, 14% des résolutions ont obtenu moins de 90% des actionnaires contre 12% l’année précédente », s’est félicité, lors d’une conférence de presse à Zurich, le directeur de la Fondation Ethos Vincent Kaufmann. Explication sur la signification de ces chiffres : la majorité de l’actionnariat des grandes compagnies helvétiques est aux mains de fonds internationaux qui interviennent rarement dans la politique des entreprises. Si objet remporte un soutien inférieur à 90% en assemblée générale, c’est un signal très fort en direction du management. Exemple avec le cas Credit Suisse. Les rémunérations stratosphériques annoncées du management de la banque, en dépit de pertes abyssales, ont suscité l’opposition d’Ethos qui a rendu publique son intention de vote.

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« La Fondation a été suivie dans cette direction par le Fonds souverain de Norvège, gros actionnaire de Credit Suisse, qui également fait connaître sa position », relate Dominique Biedermann, président d’Ethos. Avant même que l’assemblée ait lieu, le management de Credit Suisse a annoncé une réduction de 40% des bonus. C’est dans cette zone d’influence qu’Ethos exerce son pouvoir, plutôt que dans l’objectif d’obtenir des refus secs en assemblée générale.

Dans le rapport d’Ethos, SwatchGroup se distingue comme la firme à l’actionnariat particulièrement contestataire. La société biennoise présente en effet le plus grand nombre de résolutions qui été auraient refusées sans le vote de l’actionnaire de référence, soit la famille Hayek actionnaire majoritaire de la firme. Dans le sillage des recommandations d’Ethos, de nombreux objets liés aux rémunérations se sont révélés conflictuels. Sans le poids de la famille fondatrice, la réélection de Nayla Hayek à la tête du conseil d’administration elle-même aurait été compromise. Là aussi, aucune des résolutions n’a finalement été effectivement rejetées. Mais le leader mondial horloger s’est vu contraint de s’ouvrir au dialogue.

« L’attitude toujours plus critique des actionnaires est d’autant plus réjouissante lorsque l’on constate la déconnexion des rémunérations et des performances, en particulier dans le secteur financier. En 2016, les bonus ont continué à progresser dans les banques alors que bénéfices et capitalisations boursières se sont effondrés », sanctionne Vincent Kaufmann.

Au sommet du classement des managers les mieux payés en 2016, Christoph Franz (Roche), Axel Weber (UBS) et Peter Brabeck (Nestlé) forment le trio de tête des présidents. Chez les CEO, on trouve sur le podium Severin Schwan (Roche), suivit de Sergio Ermotti (UBS) et de Joseph Jimenez (Novartis).

Lire aussi: Ethos plaide pour la révision du droit des actionnaires

« En matière de gouvernance, l’autorégulation ne fonctionne pas toujours », a souligné Dominique Biedermann. Evoquant la perspective de la révision du droit des sociétés anonymes, le président d’Ethos a énuméré ses priorités : une meilleure protection des actionnaires minoritaires afin d’éviter de nouveaux « cas Sika », le vote rétrospectif des rémunérations des instances dirigeantes et l’interdiction du cumul des fonctions de président et de CEO.

 

Mary Vacharidis
Mary Vakaridis

JOURNALISTE

Lui écrire

Journaliste chez Bilan, Mary Vakaridis vit à Zurich depuis 1997. Durant sa carrière professionnelle, elle a travaillé pour différents titres de la presse quotidienne, ainsi que pour la télévision puis la radio romandes (RTS). Diplômée de l'Université de Lausanne en Lettres, elle chérit son statut de journaliste qui lui permet de laisser libre cours à sa curiosité.

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