Bilan

Dans la jungle des frais bancaires

Les entreprises multiplient souvent les relations bancaires, et encore plus lorsqu’elles sont actives à l’international. Il existe des solutions pour optimiser leur gestion, affirme Redbridge.
  • Il est très difficile pour une entreprise d’estimer les coûts réels des services bancaires, selon Redbridge.

    Crédits: Peter Cade/Getty images
  • David Laugier, COO de Redbridge, constate «un fort intérêt du marché».

    Crédits: Redbridge
  • Mihai Andreoiu vient de rejoindre la société à Genève, chargé du développement suisse.

     

    Crédits: Redbridge
  • Pierre Lasry, administrateur délégué de Redbridge Switzerland.

     

    Crédits: Redbridge

Savez-vous combien vous coûte réellement votre banque? Dans le meilleur des cas, même les entreprises n’en ont qu’une évaluation approximative. «Les banques sont les seules institutions à pouvoir prélever leurs frais, de transactions ou de change par exemple, directement sur les comptes des clients, sans émettre de facture. Il est alors très difficile d’estimer les coûts réels des services bancaires», lance Pierre Lasry, administrateur délégué de Redbridge Switzerland.

Lire aussi: Finetika pointe les frais bancaires et placements peu éthiques

Cette dernière est une société de conseil peu commune. Créée en 1999 par d’anciens banquiers, elle compte environ 70 employés entre ses sites de Londres, Paris et Houston, mais aussi Genève depuis l’an dernier. Leur mission: aider les entreprises à décrypter les frais bancaires pour les optimiser, mais aussi gérer efficacement leurs dettes et leur trésorerie. 

Réduire les coûts de 30 à 40%

Redbridge mène actuellement six missions de conseil en Suisse, pour le compte de grandes PME ou de multinationales. Historiquement, la société parvient à réduire les frais bancaires d’environ 30 à 40%, après analyse et négociations, affirme David Laugier, chief operating officer de Redbridge. «Les entreprises suisses étant très tournées vers l’export et les produits à  haute valeur ajoutée, nous constatons un fort intérêt du marché», constate encore le COO.

Lire aussi: Les prestataires de cartes de crédit ont augmenté leurs frais

Redbridge a également conçu un logiciel pour automatiser le contrôle des frais, qui peut être implémenté aux systèmes de comptabilité existants. Lancé l’an dernier, il a conquis déjà une quinzaine de clients entreprises, impliquant des relations bancaires avec plus de 70 pays. 

Ce qui fait la différence avec d’autres consultants? Redbridge n’a aucune institution bancaire comme client et ne touche pas de commission de la part des banques. C’est le client entreprise qui rétribue la société, notamment en fonction des montants économisés sur les frais bancaires.  

Demander sa note de crédit

Pour ce qui concerne les emprunts, les banques ont l’obligation de donner une note de crédit aux emprunteurs depuis la réglementation Bâle II. Le problème: chaque établissement a sa propre méthodologie interne. Il n’y a aucun standard en la matière et les emprunteurs sont dans l’opacité sur ce thème. «En revanche, cela a des conséquences très directes sur eux puisque leurs conditions de crédit, y compris les taux, dépendent étroitement de cette notation!», explique David Laugier.

Pour lui, les entreprises doivent demander à voir leur notation de crédit. La société a même réalisé une étude récemment en Suisse sous cet angle, avec un échantillon de quinze opérations de financement, d’emprunteurs avec des profils de crédit BB et BBB et un échantillon d’une trentaine de banques. Résultat: la dispersion des prix est très grande entre les banques, malgré un environnement concurrentiel favorable aux emprunteurs et un contexte de spreads (écarts de taux) resserrés ces dernières années. Cependant, la marge de négociation est substantielle. Alors que l’écart moyen par rapport à l’offre la plus basse (= base 100) est en premier lieu de 170%, l’écart moyen après négociation assistée par Redbridge tombe à environ 110%. 

Redbridge a également pris l’exemple de trois entreprises suisses avec un profil similaire et a demandé leurs notes de crédit à plusieurs banques. Là encore, les différences sont notables: la moitié des résultats font ressortir un profil noté BBB, mais tout de même un quart est qualifié BBB- et 10% tombent dans la catégorie BB+. «Cela nous permet d’avoir un levier pour négocier et signifier à une banque que le curseur n’est pas tout à fait au bon endroit.»  

Le cas particulier des négociants en matières premières

Mihai Andreoiu, qui vient de rejoindre la société à Genève, est chargé du développement en Suisse. Il a un parcours bancaire, comme 90% des employés de Redbridge. Il a également travaillé dans le secteur du négoce et son financement, notamment chez ING et Deutsche Bank. La banque néerlandaise ING est l’un des majors du financement du négoce de matières premières, un secteur particulièrement développé à Genève et sur l’arc lémanique. 

Le modèle d’affaires du négoce est axé sur de faibles marges mais sur de très gros volumes et de grands besoins en capital. «Leur niveau de financement par dette est extrêmement important, pouvant aller jusqu’à 80, voire 90%, de leur bilan. Les négociants ont pour ainsi dire une relation symbiotique avec les banques…», commente Mihai Andreoiu.

Lire aussi: UBS prévoit des sorties de fonds en raison des frais sur les comptes en euros

Une symbiose qui entraîne aussi une certaine dépendance. «Pour eux, ce n’est pas juste une question de prix et de taux mais également de facilités de financement et de flexibilité qui sont importantes, c’est aussi à ces niveaux que nous intervenons.» Quant aux frais de trans-actions, pour un trader, ils représentent plusieurs dizaines de millions de francs par an qui peuvent être réduits. 

Selon Mihai Andreoiu, une vingtaine de banques leaders sont actives dans ce segment du financement du négoce. Les grands établissements français et néerlandais principalement, mais aussi certaines banques cantonales en Suisse. Mais ce ne sont pas toujours les mêmes en fonction des matières premières: certaines ont des départements spécifiques consacrés au pétrole ou aux métaux, pour d’autres, le négoce est indifférencié. Finalement, certains grands traders sont amenés à avoir des relations bancaires avec plus d’une centaine d’institutions, présentant une marge d’optimisation importante en termes de frais comme de facilités de financement.  

Crédits syndiqués: l’asymétrie programmée

Pour des emprunts de quelques millions, l’opération peut être réalisée auprès d’un seul établissement. Mais dès que les montants dépassent la centaine de millions, comme c’est souvent le cas dans les matières premières et les grandes industries, c’est toujours un crédit syndiqué qui s’impose. Ce segment représenterait environ 50 milliards de francs par année en Suisse. 

Dans le cas de crédits syndiqués, plusieurs banques se mettent ensemble pour prêter le montant global à l’entreprise afin de répartir les risques. Par construction, elles s’entendent entre elles pour déterminer les conditions. Et, au final, il y a un seul prix et un seul contrat pour l’emprunteur, sans réelle transparence, détaille Pierre Lasry. «Bien sûr, si vous êtes un géant comme Nestlé, vous pouvez imposer plus facilement vos conditions, mais pour les entreprises plus petites ou celles avec des modèles d’affaires très dépendants du financement bancaire, il est particulièrement complexe de négocier seul en face des banques.»

Lire aussi: La Comco fait baisser les commissions des cartes de crédit

Marjorie Thery
Marjorie Théry

JOURNALISTE À BILAN

Lui écrire

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."