Bilan

CS et UBS financeraient le controversé pétrole d'Amazonie

Selon un rapport publié par plusieurs ONG, des banques helvétiques, dont Credit Suisse et UBS, jouent un rôle central dans le financement de l'extraction pétrolière dans l'Amazonie équatorienne. Marées noires, réchauffement climatique et violations des droits des peuples autochtones sont quelques-unes des conséquences d'une telle activité, avertissent les organisations non gouvernementales.

La Suisse est ainsi le premier pays représenté à travers les localisations de ces banques à hauteur de 47%.

Crédits: Keystone

Des banques suisses financent l'or noir amazonien. C'est en tout cas ce qu'affirment les ONG américaines Stand.earth et Amazon Watch, épaulées par leurs homologues helvétiques Greenpeace Suisse et Extinction Rebellion, entre autres.

Dans leur rapport, il apparaît que sur les six banques concentrant 85% du financement de ce pétrole, quatre d'entre elles sont établies à Genève, parmi lesquelles Credit Suisse et UBS.

Credit Suisse, classée numéro deux dans cette liste, aurait financé à près de 1,8 milliard de dollars (1,6 milliard de francs) entre 2009 et mai 2020 l'extraction d'hydrocarbures dans la région communément appelée "source sacrée" en Equateur.

UBS, qui se positionne à la cinquième place, aurait elle contribué à hauteur de 853 millions de dollars au financement de cette extraction, ensuite raffinée par des compagnies américaines comme Chevron ou Valero. Un financement qui équivaut à près de 15 millions de barils.

D'autres banques étrangères ayant des filiales suisses à Genève apparaissent dans ce top six parmi lesquelles ING Belgium, qui caracole en tête de classement avec plus de deux milliards de dollars de financement. A noter également la présence de BNP Paribas Suisse, qui a alloué près de 1,7 milliard de dollars à ces activités d'extraction dans la période sous revue.

La Suisse est ainsi le premier pays représenté à travers les localisations de ces banques à hauteur de 47%. C'est bien plus que les Pays-Bas ou la France, qui la suivent de loin à 21% et 11% respectivement.

Graves conséquences sur l'environnement


Pour Amazon Watch et Stand.earth, ces financements mettent en danger des millions d'hectares de cette partie de l'Amazonie équatorienne, qui abrite l'une des biodiversités les plus riches du monde. Elles rappellent notamment la marée noire de juillet dernier survenue dans la région où près de 16'000 barils de pétrole se sont déversées.

En pleine pandémie, ce sont plus de 120'000 personnes qui ont été affectées par cette catastrophe, estime le rapport, dont des milliers d'indigènes. Les ONG précisent d'ailleurs que certains d'entre eux ont souffert de la contamination de leurs ressources naturelles voire de maladies de peau dues à l'épanchement de pétrole dans ces eaux.

Ces communautés ont tenté à plusieurs reprises d'alerter la communauté internationale sur ce qu'ils estiment être une menace pour leur survie.

La réponse des banques


Du côté des banques, c'est surtout le double langage que dénonce le rapport. Sur les 19 institutions évaluées, "presque toutes (...) soutiennent le développement durable ou ont signé des engagements" allant dans ce sens et pourtant, selon les ONG, ces mêmes banques continuent de financer des activités ayant un coût environnemental et sociétal important.

Elles prennent pour exemple Credit Suisse et sa nouvelle initiative dévoilée il y a quelques jours pour "accroître la prise en compte de la biodiversité" et "effectuer une transition concernant nos affaires entreprises en lien avec le pétrole et le gaz en réduisant l'exposition aux affaires traditionnelles". Un projet qui semble s'opposer à leurs activités financières du côté de l'Amazonie équatorienne, dénoncent les ONG.

Interrogé par AWP, la banque aux deux voiles estime que le rapport des ONG fait référence à sa politique sur le pétrole et le gaz et "à des exigences qui ne s'appliquent pas aux services financiers" qu'elles offrent.

UBS n'a voulu confirmer ni les montants ni l'existence même de tels financements à AWP. Un des porte-parole de la banque aux trois clés a toutefois admis que celle-ci conduit ce genre d'activités, sans plus de précision.

Depuis 2009, Stand.earth et Amazon Watch estiment que ces banques et d'autres établissements financiers privés ont fourni un total de 10 milliards de dollars en financements commerciaux pour environ 155 millions de barils de pétrole en provenance d'Equateur.

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