Bilan

Crowdfunding: la Suisse peut mieux faire?

Une étude menée par l'Université de Cambridge et Ernst & Young dresse le portrait du crowdfunding en Europe. Un marché qui pèserait plus de 7 milliards d'euros en 2015.
Crédits: Crédit : DR

Les premiers chiffres annoncés dans le The European Alternative Finance Benchmarking Report ont de quoi donner le tournis. Le financement participatif (ou crowdfunding) européen a connu un bond de +144% en 2014, frôlant la barre des 3 milliards d’euros.

Le nouveau centre pour le Financement Alternatif de la Judge Business School de l'Université de Cambridge et le cabinet Ernst & Young ont interrogé entre octobre 2014 et janvier 2015 plus de 14 associations industrielles régionales ou nationales et 255 plateformes européennes, couvrant entre 85 et 90% du marché du financement alternatif online en Europe.

Ces solutions alternatives de financement vont connaître une impressionante accélération cette année. Selon les estimation, rien que pour 2015, le marché devrait être multiplié par quasiment 2.5, avoisinant les 7 milliards d’euros.

La cible est large, des consommateurs en quête de crédits, aux start-ups à la recherche de fonds, en passant par les PME qui souhaitent financer leur politique de croissance, ou encore les organisations portées par des causes sociales. D’après l’étude, ces nouvelles formes de financement ont aidé plus de 10'000 PME en Europe entre 2012 et 2014 (hors Royaume-Uni).

Le Royaume-Uni toujours en tête

Leader incontestable, le Royaume-Uni représente plus de 74% du marché européen en 2014, avec plus de 2.3 milliards d’euros recueillis. Un résultat peu surprenant au vu du niveau avancé de ses plateformes online, de la grande diversité des solutions proposées ou encore d'un environnement légal et politique des plus favorables. La France arrive en deuxième position (154 millions d’euros), et l’Allemagne complète le podium avec un marché qui a capté plus de 140 millions d’euros.

Ramené au prorata par habitant, ce classement connaît quelques changements. Les Anglais restent toujours loin devant, mais l’Estonie crée la surprise en raflant la deuxième place juste devant la Suède. Le classement reflète un dynamisme européen tiré par des pays du Nord et de l'Est. 

Source : The European Alternative Finance Benchmarking Report, février 2015
 

La Suisse tout juste dans le top 10

Et quid de la Suisse ? Elle est reléguée à la 9ème place dans les deux classements, avec un marché de quelque 14 millions d’euros pour 2014. Entre 2012 et 2014, le montant atteint 20 millions d’euros, loin derrière ses voisins. La Suisse prendrait du retard sur la question du financement participatif ? Dernièrement, la société Seedstars a préféré lancer son fond d’investissement participatif à Londres plutôt qu’à Genève, faute d’encadrement suffisant en Suisse (selon L’Agefi du 4 février 2015). Selon la note de la FINMA du 1er décembre 2014, « il n’y a aucune disposition particulière pour le crowdfunding. Comme les modèles commerciaux de crowdfunding peuvent être très différents les uns des autres, il convient d’examiner au cas par cas une éventuelle soumission à autorisation ». La question mérite d’être une nouvelle fois posée, à l’heure des multiples appels et initiatives pour stimuler l’innovation en Suisse.

Source : The European Alternative Finance Benchmarking Report, février 2015
 

Explosion des prêts entre business

D’après le rapport, il existe plusieurs centaines de solutions online alternatives pour le financement. Le prêt entre particuliers (Peer-to-peer Consumer Lending) est le moyen privilégié en Europe avec près de 275 millions d’euros. Le financement contre une récompense (Reward Based Crowdfunding), où l’on récompense ce financement avec une prestation non financière (par exemple, un prototype, des goodies, une invitation à un événement particulier) se hisse à la deuxième place (120 millions d’euros).

En troisième place arrive l’une des évolutions les plus spectaculaires : le prêt entre « business » (Peer-to-peer Business), qui a bondit de 272% en une année. Ce système vise particulièrement les PME et leur permet de financer des besoins en capital-développement ou de fonds de roulement via un fond online d’investisseurs (qui peuvent être à la fois individuels et institutionnels).

 

Source : The European Alternative Finance Benchmarking Report, février 2015

Une démocratisation sous conditions

Le crowdfunding se professionnalise, et attire maintenant des investisseurs de plus en plus sophistiqués, stimulant un nouvel écosystème fintech avec de nouveaux services et outils. Cependant, comme le note le rapport, les disparités entre les pays restent encore criantes, à l’instar du Royaume-Unis versus l’Italie. Les auteurs appellent notamment les pays au faible niveau d’activité de financement alternatif à « réexaminer leurs conditions-cadres, tout en se souciant de sécuriser les investisseurs ». Un équilibre délicat, où il faut gagner la confiance de tous les acteurs, par une pratique commerciale transparente.

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