Bilan

Crise: le rôle des fonds d’investissement

Dans le contexte de la crise actuelle, les fonds d’investissement sont mobilisés pour soutenir les entreprises qu’ils détiennent. Leurs perspectives seront impactées à long terme. Par Arthur Magis*

La pandémie a bouleversé beaucoup d’activités.

Crédits: Alexandra Wey/Keystone

L’activité des fonds d’investissement a connu un essor considérable depuis plusieurs années, notamment en Suisse, avec une augmentation du nombre d’acteurs et une abondance de liquidités qui ont permis à ces investisseurs de prendre une part significative dans les transactions d’entreprises. Ainsi, d’après une étude réalisée par le cabinet KPMG en 2019, plus de 30% des transactions d’entreprises suisses recensées ont impliqué des fonds d’investissement, qu’ils soient suisses ou étrangers.

Même si le rôle opérationnel de ces investisseurs reste très variable en temps normal, leur appui peut aujourd’hui, en temps de crise, s’avérer précieux pour les dirigeants des entreprises qu’ils détiennent, que ce soit de façon majoritaire ou minoritaire. En effet, dans cette période de turbulences importantes liées au Covid-19, les fonds d’investissement sont mobilisés auprès de leurs participations pour accompagner les dirigeants, échanger avec eux et les aider à trouver des solutions. Ces acteurs bénéficient en effet d’une certaine expérience de la gestion de crise et de compétences financières utiles au moment où la gestion de la trésorerie est primordiale. Leurs connaissances pointues des mécanismes bancaires et leur sens de la négociation leur permettent également de soutenir les entreprises dans la mise en œuvre des mesures d’aides financières ainsi que dans les discussions avec leurs partenaires. Enfin, les fonds d’investissement se révèlent être une source de financement efficace pour renforcer les fonds propres des entreprises, notamment celles dans lesquelles ils détiennent déjà une participation.

Stratégie à venir

A court terme, les fonds d’investissement sont déjà mobilisés auprès de leurs participations, mais les transactions en cours d’étude ou de finalisation seront également impactées. Selon l’avancement des processus de transactions et l’exposition des secteurs d’activité à la crise, elles pourront être suspendues, retardées, voire annulées pour certains domaines dont l’intérêt stratégique serait remis en cause. Si les critères d’investissement ne vont pas évoluer fortement, la sélection des investissements sera, elle, plus disciplinée. Toutes les activités qui surperforment dans cette période, celles peu capitalistiques et décorrélées des cycles économiques seront d’autant plus attractives pour ces investisseurs. En plus des réinvestissements potentiels dans leurs propres participations, les fonds d’investissement semblent à présent vouloir se concentrer particulièrement sur des domaines qu’ils connaissent, dans lesquels ils sont déjà investis ou sur des activités connexes afin de bénéficier de synergies opérationnelles (stratégies de build-up).

Tous les investisseurs, y compris les fonds d’investissement, seront à l’affût des opportunités que les conditions de marché dégradées pourront offrir. Les possibilités dans des secteurs d’activité proches ou complémentaires seront plus particulièrement ciblées à court terme, même si les fonds d’investissement resteront opportunistes. Reste à savoir si les vendeurs seront prêts à revoir leurs attentes de prix d’avant-crise, sans quoi la convergence des négociations sera d’autant plus difficile.

* Directeur adjoint chez Dimension, société spécialisée dans le conseil en transaction d’entreprises en Suisse romande.


Témoignage

Claude Suard, directeur associé de la fondation de placement Renaissance, reconnaît qu’il «est encore difficile de prévoir l’impact sur les chiffres d’affaires de 2020. La situation de crise nous a fait intensifier les séances de conseil d’administration pour épauler les directions dans cette situation économique exceptionnelle. Nous demeurons actifs sur la recherche de nouveaux investissements, en particulier dans des sociétés avec un chiffre d’affaires récurrent et/ou des secteurs d’activité avec des besoins à long terme de la clientèle: infrastructures, logistique, enseignement à distance et santé.

De même, pour nos entreprises existantes, nous prévoyons de les soutenir si des projets de rachat intéressants se présentent dans leurs domaines d’activité. Dans certains secteurs industriels, la crise devrait, pour des raisons rationnelles, conduire à des regroupements de compétences et d’activités.»

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