Bilan

Credit Suisse voit poindre un monde multipolaire

Credit Suisse mais voit désormais poindre un monde multipolaire fondé sur les piliers américain, européen et asiatique, Chine en tête.

Credit Suisse signale une possible évolution vers un monde à trois pôles, à savoir les régions d'Amérique, l'Asie dominée par l'empire du Milieu et la zone euro stabilisée. Finie donc l'hégémonie du dollar sur les marchés des changes, celles des multinationales et lois occidentales.

Crédits: AFP

La mondialisation a été le plus puissant moteur économique des 20 dernières années, selon Credit Suisse. Mais les chercheurs de la grande banque voient désormais poindre un monde multipolaire fondé sur les piliers américain, européen et asiatique, Chine en tête.

La globalisation s'entend comme l'interdépendance et l'intégration croissante des économies, des marchés, des nations et des cultures, rappelle le rapport publié jeudi par le Credit Suisse Research Institute. "Elle a induit l'essor de villes internationales, le succès de petits Etats et la croissance de richesse dans les pays émergents", postulent ses auteurs.

La vague de mondialisation actuelle suit celle de la seconde révolution industrielle entre 1870 et 1913. Elle démarre au début des années 1990, avec la chute du communisme, la libéralisation du commerce et l'élan chinois, pour s'affaiblir au tournant du 21e siècle. Elle reste dominée par les Etats-Unis et certains pays européens.

TROIS PÔLES

Depuis, globalisation et multipolarité ont progressé côte à côte. Or les indicateurs passés au crible par l'institut de recherches de Credit Suisse signalent une possible évolution vers un monde à trois pôles, à savoir les régions d'Amérique, l'Asie dominée par l'empire du Milieu et la zone euro stabilisée.

Finie donc l'hégémonie du dollar sur les marchés des changes, celles des multinationales et lois occidentales. Quant à l'Union européenne, il faut compter avec un coup de frein à son expansion extérieure, "car la restructuration des banques et des entreprises favorise une rationalisation de l'économie", dit le rapport.

De nouvelles institutions internationales pourraient supplanter la Banque mondiale, le droit devenir plus régionalisé, tout comme les centres financiers. De transfrontalières, les migrations seront aussi plus localisées, c'est-à-dire des zones rurales vers les villes. Enfin, la consommation des pays émergents devrait apporter stabilité, voire prospérité, à certaines économies locales.

Credit Suisse s'essaie ainsi à "quantifier" la multipolarité. Celle-ci s'affiche surtout au niveau des modèles commerciaux et de l'activité économique. Le commerce devient en effet plus régional, comme le démontre l'explosion d'accords préférentiels ou inter-régions.

A l'instar des tarifs douaniers, l'Europe et les Etats-Unis ont durci leur politique migratoire. Aussi, les auteurs observent-ils un récent déclin de l'immigration en provenance d'Asie en Amérique du Nord. Les flux se sont réorientés vers d'autres pays asiatiques, attirés par l'urbanisation et ses opportunités d'emplois.

Sur le plan financier en revanche, la mondialisation domine toujours, le dollar et Wall Street aussi. Or nombre d'observateurs sont convaincus que l'émergence du renminbi chinois "n'est qu'une question de temps", écrit Credit Suisse. Là aussi, un nouveau système monétaire multipolaire n'est pas à exclure.

CHAMPIONS RÉGIONAUX

Au niveau des entreprises, un changement significatif pourrait s'avérer avec l'essor de champions régionaux en lieu et place des multinationales. Celles-ci ont été l'un des moteurs de la globalisation, notamment les grandes firmes américaines des secteurs technologiques et des biens de consommation.

En 2014, les ventes à l'étranger des principaux groupes cotés constituaient 39% du total, contre 31% encore en 2004. Mais après la crise financière, ces mêmes entreprises ont sensiblement réduit leurs investissements transfrontières, qui sont tombés de 26% du total en 2008 à 18% en 2012, contrairement à leurs concurrents des pays émergents.

Par ailleurs, de nouvelles institutions telles que les fonds souverains et les conseils de politique fiscale gagnent en influence, au détriment d'organismes internationaux. Côté politique enfin, "l'impulsion donnée par la mondialisation à l'expansion de la démocratie semble avoir atteint une limite", estime Credit Suisse.

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