Bilan

Credit Suisse dans le viseur du gendarme des marchés américain

L'enquête du gendarme des marchés américain s'intéresse au rôle de Credit Suisse, VTB et BNP Paribas dans la vente d'un emprunt de 850 millions de dollars émis par le Mozambique.

Les fonds levés auraient été utilisés par le gouvernement mozambicain pour acheter des équipements militaires à plusieurs entreprises.

Crédits: Keystone

L'autorité américaine de surveillance des marchés financiers a ouvert une enquête sur la vente d'un emprunt de 850 mio USD émis par le Mozambique, impliquant trois instituts bancaires internationaux, dont Credit Suisse. Les fonds levés, qui auraient dû servir pour soutenir la pêche au thon, ont été utilisés pour acheter des équipements militaires, selon un article paru mercredi soir sur le site du "Wall Street Journal".

Le gendarme américain des marchés n'a pas souhaité commenter l'information. Egalement sollicitée, la banque aux deux voiles n'était pas disponible dans l'immédiat pour une prise de position.

L'enquête de la Securities and Exchange Commission (SEC) s'intéresse au rôle joué par Credit Suisse et ses homologues russe VTB et français BNP Paribas dans la vente en 2013 d'obligations pour une entreprise d'État mozambicaine soi-disant pour financer des activités de pêche au thon.

Selon le quotidien new yorkais, le régulateur américain a demandé aux détenteurs d'obligations de lui fournir les documents fournis par les banques lors de la vente. Dans sa lettre, la SEC demande également aux investisseurs de lui faire part de tous les échanges avec les banques en relation avec ces obligations.

L'enquête de la SEC fait suite à celles lancées par ses homologues britannique et suisse l'été dernier.

Les fonds levés auraient été utilisés par le gouvernement mozambicain pour acheter des équipements militaires à plusieurs entreprises regroupées au sein de Privinvest, une holding aux mains de l'homme d'affaires libanais Iskandar Safa. Dans une annonce publiée le 30 juin dernier, Privinvest déclarait cependant que "contrairement à certaines affirmations, aucun équipement militaire n'a été fourni dans le cadre des programmes maritimes. Le cadre de ces activités est éloigné de ce qui a été déclaré de façon erronée à ce jour. De plus, l'offre proposée, outre le transfert technologique, couvre un large champ de services de formation et de maintenance". 

L'article rappelle également que Credit Suisse et VTB ont accordé des crédits à hauteur de 1,2 mrd USD à d'autres entreprises appartenant aux services de renseignement mozambicains afin de financer d'autres contrats auprès de sociétés détenues par M. Safa.

Aide occidentale suspendue 

En avril dernier, le Fonds monétaire international (FMI) a suspendu son aide au Mozambique en apprenant l'existence de prêts secrets à hauteur de 2 mrd USD, insistant sur la nécessité d'une enquête externe avant de reprendre son aide à l'un des pays les plus pauvres du monde.

Le manque de transparence a également amené une quinzaine de pays occidentaux, dont la Suisse, à geler leurs programmes d'aide.

Découverts en 2016, après la conversion partielle des dettes du Mozambique, les crédits en question avaient été utilisés notamment pour des achats d'armes, et 900 mio USD avaient disparu. Ils ont eu pour effet d'augmenter de 20% la dette du Mozambique, et en octobre, le pays avait dû se déclarer insolvable.

A la Bourse suisse, l'ouverture d'une nouvelle procédure aux Etats-Unis n'a vraisemblablement pas été du goût des investisseurs. A 11h00, la nominative Credit Suisse s'enfonçait de 2,3% à 14,80 CHF, prenant, et de loin, la lanterne rouge de l'indice phare de la place zurichoise (SMI), qui grappillait 0,13%.

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