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Coronavirus: la paralysie de l’activité chinoise impactera aussi les pays émergents

Outre des conséquences sur le tourisme, il faut s’attendre à des effets indirects: perturbation des chaînes d’approvisionnement, chute des prix des matières premières et pression sur les devises.

Economie L’épidémie de coronavirus, rebaptisé COVID-19 par l’Organisation mondiale de la santé, aura un énorme impact économique sur la Chine au premier trimestre. La croissance de la deuxième puissance économique mondiale devrait toutefois atteindre 5,4% en 2020. L’épidémie impactera également les autres économies émergentes.

Dans ces pays, l’effet le plus direct se fait sentir sur le tourisme. Les Chinois auront dépensé très peu d’argent au cours du premier trimestre 2020. De nombreux pays asiatiques seront ainsi touchés par une perte de revenus qu’il sera difficile de récupérer, dont Hongkong, le Cambodge, la Thaïlande, Singapour et le Vietnam. Toutefois, les autres économies émergentes, peu exposées au tourisme chinois, devraient rester indemnes.

En revanche, les effets économiques indirects peuvent être plus graves pour les pays émergents. Le premier et le plus important concerne la perturbation des chaînes d’approvisionnement. Les pays qui achètent des biens intermédiaires, ou qui dépendent de la demande intermédiaire ou finale de la Chine, souffriront de la paralysie de l’activité chinoise. Etant donné l’importance croissante de la Chine dans l’économie mondiale, la liste des pays concernés ne se limite pas à l’Asie. Le Chili, le Pérou, l’Afrique du Sud, la Russie et le Brésil ont tous des liens économiques et commerciaux importants avec la Chine.

La dynamique du commerce mondial est fortement corrélée à la croissance des marchés émergents, comme en témoigne le graphique 1 ci-contre. Bien qu’une corrélation n’implique pas un lien de causalité, il est difficile d’ignorer cette relation.

De plus, la chute des prix des matières premières affecterait les économies émergentes. Le Pérou et le Chili sont dépendants du cuivre, le Brésil du minerai de fer, et la Colombie, le Mexique et la Russie du pétrole. En revanche, l’Inde et la Turquie bénéficieraient de la baisse des prix du pétrole. L’indice S&P GSCI des matières premières a perdu près de 15% de sommet à creux en janvier. Si cela reste gérable après l’augmentation des prix de 20% en 2019, d’autres chutes prolongées seraient plus problématiques.

Le troisième canal de transmission indirect serait la faiblesse des devises. L’assouplissement monétaire a été l’une des principales raisons de la bonne santé économique des marchés émergents en 2019. Les taux ont considérablement baissé et sont désormais proches de leur niveau le plus bas depuis dix ans (voir graphique 2 ci-dessous). A la fin de 2019, l’effet décalé des taux bas sur la dynamique économique avait rendu les investisseurs raisonnablement positifs sur la croissance des marchés émergents hors Chine pour 2020.

Les monnaies émergentes ont bien résisté durant l’épisode du COVID-19, l’indice JP Morgan des monnaies émergentes ayant baissé de moins de 3% (de pic à creux) en janvier. Toutefois, si les pressions à la baisse s’intensifiaient de manière durable, les banques centrales pourraient être contraintes d’abandonner leur biais accommodant, ce qui pèserait sur la dynamique économique. Dans l’ensemble, la croissance économique devrait rester soutenue, mais un fort rebond est peu probable. Le processus de redémarrage semblait en place avant l’apparition du virus. Le ralentissement de la Chine au premier trimestre pèsera inévitablement sur la croissance mondiale, mais tant que la perturbation reste temporaire, la trêve commerciale sino-américaine et les conditions monétaires accommodantes devraient soutenir la croissance des pays émergents en 2020. Cela dit, le rebond sera graduel et peu prononcé, sur fond d’une faible reprise attendue dans les économies développées et compte tenu du renforcement de l’interdépendance économique entre pays émergents et occidentaux.

Stéphanie de Torquat

Stratège macro, Banque Lombard Odier & Cie

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