Bilan

Commerzbank remonte quand Deutsche Bank courbe l'échine

Longtemps promise à un rachat ou à la faillite, la banque allemande Commerzbank a fait état vendredi de performances en 2015 jugées très solides.

En 2015, la banque au logo jaune a profité d'un net redressement de sa banque de détail, une division gigantesque après le rachat de sa rivale Dresdner Bank en 2008-2009, mais qui a longtemps été l'enfant à problèmes, et de nouveaux progrès dans la liquidation de ses actifs à risque.

Crédits: AFP

Longtemps promise à un rachat ou à la faillite, la banque allemande Commerzbank a fait état vendredi de performances en 2015 jugées très solides, offrant un contraste saisissant avec sa rivale Deutsche Bank, embourbée dans les scandales et les pertes.

Commerzbank, sauvée de la faillite par l'Etat allemand en 2008 et engagée depuis dans une très lourde restructuration, a quadruplé ses bénéfices en 2015 avec un résultat net de 1,06 milliard d'euros, s'offrant même le luxe de faire un peu mieux que ne l'attendaient les analystes.

"Les résultats de Commerzbank publiés aujourd'hui sont bons. On a le sentiment que la banque a vraiment pris les problèmes à bras le corps", estime pour l'AFP Robert Halver, analyste chez Baader Bank. "On peut résumer la situation de Commerzbank par la formule +tout est bien qui finit bien+", conclut-il.

A la Bourse de Francfort, l'action faisait des étincelles, prenant 14,12% à 7,29 euros à 09H20 GMT. Son repli depuis le début de l'année est tout de même de 24%, dans un climat de défiance généralisée à l'égard des banques.

En 2015, la banque au logo jaune a profité d'un net redressement de sa banque de détail, une division gigantesque après le rachat de sa rivale Dresdner Bank en 2008-2009, mais qui a longtemps été l'enfant à problèmes, et de nouveaux progrès dans la liquidation de ses actifs à risque.

Retour des dividendes

Autre signal positif, son assise financière s'est nettement renforcée. Le ratio de fonds propres "durs", un indicateur clé de la solvabilité des banques, a bondi à 12%, contre 9,3% fin 2014.

Fort de ces résultats, le groupe, dont l'Etat allemand est encore actionnaire à hauteur de 15%, s'apprête à verser à nouveau un dividende à ses actionnaires, de 20 centimes par action, ce qu'il n'avait plus fait depuis 2008.

"La principale surprise est venue de l'amélioration importante des ratios de capital et de la réduction des crédits à risque", soulignait dans une note Philipp Häßler, analyste chez Equinet.

Pour les analystes d'ING, "même si les revenus restent ternes comme pour l'ensemble du secteur, le renforcement du capital est un signal clairement positif"'.

Il semble loin désormais le temps où la presse allemande spéculait semaine après semaine sur un rachat par un concurrent étranger ou un démantèlement pur et simple.

Oubliées également les rumeurs évoquant en 2013 un limogeage imminent du patron Martin Blessing. Il quittera finalement de son plein gré son poste d'ici la fin de l'année, fort d'un solide bilan.

Deutsche Bank affaiblie

Le quasi-sans-faute du groupe l'an passé contraste avec les difficultés de l'autre grand nom de la banque en Allemagne, Deutsche Bank, engluée dans des scandales judiciaires sans fin, plombée l'an dernier par près de 12 milliards d'euros de charges de restructuration et provisions pour risques, et fragilisée par une baisse des revenus dans sa principale division, la banque d'investissements.

Deutsche Bank, autrefois fleuron de l'industrie financière allemande, a essuyé l'an passé une gigantesque perte de près de 7 milliards d'euros en 2015, et va priver ses actionnaires de dividende pour cette année et la suivante. Une situation inédite pour celui qui, même au plus fort de la crise bancaire de 2008-2009, n'avait pas renoncé à rémunérer ses propriétaires.

La différence entre les deux instituts est aussi une différence de modèle et de culture: ici la banque aux grandes ambitions, qui voulait jouer dans la cour des grands et jongler avec la finance mondiale; là l'établissement très ancré dans son marché domestique, qui se veut le banquier des PME et des ménages.

"Commerzbank a une taille modeste et n'a jamais été la banque d'investissement qu'est Deutsche Bank, ce qui lui a aussi permis d'être moins au centre de l'attention", rappelle M. Halver.

Pour autant, "l'année 2016 sera difficile en raison de l'environnement macroéconomique et géopolitique", a prévu le patron de Commerzbank Martin Blessing. Comme les autres, le groupe doit composer avec les taux d'intérêt très bas, le renforcement de la réglementation bancaire et les turbulences des marchés financiers.

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