Bilan

Comment protéger son portefeuille avec des structurés

Chute brutale des marchés boursiers et retour en force de la volatilité plaident pour une utilisation judicieuse des produits structurés: pour se protéger à la baisse, voire spéculer à court terme.

La protection du capital coûte cher en période de forte volatilité.

Crédits: Roy Hsu/getty images

Mauvaise surprise au retour de vacances pour les épargnants qui auraient «déconnecté» pendant leur congé: le SMI, qui avait passé la barre symbolique des 9500 points début août, a largement reculé depuis.

Particulièrement le 24  août où la Bourse suisse, à l’instar de ses homologues asiatiques, puis européennes et américaines, a perdu 3,75% en une seule séance pour clôturer en deçà d’une autre barre symbolique à 8500 points. Un recul de 1000 points en peu de temps et le retour d’une forte volatilité, sur fond de crainte d’un ralentissement de la croissance chinoise, ont de quoi chahuter plus d’un portefeuille et bousculer les stratégies de placement.

Faire le point 

Les investisseurs prudents ayant placé une part de leurs avoirs en produits structurés avec protection du capital à 100 ou 90% – par exemple dans un «certificat de protection du capital avec participation» – n’ont plus qu’à attendre l’échéance de ce certificat pour récupérer tout ou partie de leur mise.

Ceux qui voudraient acquérir aujourd’hui le même type de produit doivent toutefois y réfléchir à deux fois: la protection du capital est chère en période de forte volatilité et de taux d’intérêt bas. Et les banques la font payer au juste prix.

«Si on achète aujourd’hui un produit structuré sur actions avec protection du capital à 90%, il ne faut pas oublier que le marché – dépendant de la participation du sous-jacent dans le produit – doit monter de 10% pour que l’opération soit neutre financièrement pour l’investisseur», rappelle Thomas Schmidlin, responsable des produits structurés à Credit Suisse. Peu onéreuse en période de hausse des marchés avec une faible volatilité, la protection du capital n’est pas forcément la meilleure solution lorsque la peur a fait son retour…

Aux investisseurs ayant essuyé une perte potentielle sur des titres détenus en direct ou sur des produits structurés – perte qui ne deviendra effective que lors de la vente des actifs concernés – Bruno Mathis, responsable de la distribution des produits structurés à la BCV conseille de «faire un point de la situation avec leur conseiller financier».

Ne serait-ce parce que, pour utiliser des produits structurés, on doit avant tout se forger une opinion sur l’évolution future des marchés. La stratégie à mettre en œuvre sera différente selon que l’on estime que la chute brutale de ces derniers jours est une correction momentanée ou que l’on pense que c’est le début d’une longue période de baisse sur les marchés boursiers.

Vendre ses Reverse Convertibles sur actions ou les garder?

Les épargnants qui détenaient des Reverse Convertibles ou Barrier Reverse Convertibles sur des actions dont le cours a chuté en août en dessous du prix d’exercice savent qu’ils percevront à l’échéance le coupon et les actions sous-jacentes. Ils ont dès lors le choix entre garder ce produit jusqu’à l’échéance ou le vendre en réalisant tout de suite leur perte.

«Ceux qui ont choisi comme sous-jacent des actions qu’ils apprécient et qui estiment que le marché va remonter à terme peuvent attendre que ces actions leur soient remises et encaisser le coupon à l’échéance, en espérant que les gains de cours à venir et la perception des dividendes leur permettront de retrouver leur mise de départ», relève Bruno Mathis. Toutefois, cela pourrait prendre jusqu’à plusieurs années.

En fait, c’est maintenant qu’il faudrait acheter des Barrier Reverse Convertibles: forte volatilité oblige, les nouveaux produits de ce type émis ces jours «sont intéressants pour l’investisseur car les coupons sont élevés et les barrières plus basses que précédemment», explique cet expert. Mais il relève aussi que la plupart des épargnants qui viennent d’essuyer une perte potentielle avec leurs Reverse Convertibles «sont peu enclins à revenir sur ces produits, même si ce serait le bon moment pour le faire…». 

De fait, la psychologie habituelle de l’investisseur - qui lui fait ressentir les pertes comme plus fortes que les gains de même montant et qui l’incite à garder un produit potentiellement en moins-value plutôt que de couper cette perte – est cause de bien des erreurs d’investissement. Ainsi, dans l’environnement boursier actuel, Thomas Schmidlin conseille aux épargnants qui détenaient des Barrier Reverse Convertibles sur actions et qui estiment que le marché va se stabiliser ou remonter de les garder.

En revanche, pour ceux qui pensent que les bourses vont continuer à chuter, mieux vaudrait se lancer dans du «roll over»: «Vendre leurs Barrier Reverse Convertibles en encaissant la perte et acheter les nouveaux Barrier Reverse Convertibles, idéalement avec un meilleur coupon et une barrière plus basse» grâce à l’augmentation de la volatilité. Une telle stratégie «menée avec constance est forcément gagnante sur le long terme». Encore faut-il prendre sur soi et dépasser ses réflexes d’investisseur néophyte. 

Spéculer ou se protéger avec les Mini-Futures

Pour les investisseurs plus enclins à jouer sur les marchés et à essayer d’engranger des plus-values que le marché soit orienté à la hausse ou à la baisse, il existe d’autres produits structurés plus risqués, dits à levier. Ces derniers offrent la possibilité de gagner plus que la hausse, ou la baisse, du marché si on parie dans le bon sens.

Tant Thomas Schmidlin que Bruno Mathis relèvent que les produits structurés à levier misant sur la baisse des marchés sont très peu demandés par les investisseurs individuels qui voient généralement l’investissement en bourse comme un moyen de participer à la progression d’un marché, contrairement aux professionnels de l’investissement, rompus à moult techniques financières permettant de réaliser des bénéfices quelle que soit l’orientation du marché.

Que l’on ait une vision positive ou négative de l’évolution future de la bourse, il est possible de parier en ce sens en misant peu pour gagner plus – ou perdre – avec les Mini-Futures. Bruno Mathis conseille, si l’on opte pour ces produits, «d’en surveiller régulièrement la valeur qui peut varier brutalement dans un contexte de forte volatilité». Quant à Thomas Schmidlin, il juge prudent de ne miser sur ce type de produit  qu’«une somme qu’on serait prêt à perdre en totalité». 

Reste que les Mini-Futures qui montent plus que proportionnellement à la baisse d’un marché peuvent permettre de spéculer à la baisse, mais aussi de protéger son portefeuille sans vendre les titres détenus en direct.

Dans le contexte actuel d’incertitudes aux corbeilles, Thomas Schmidlin souligne que les «certificats de débiteur avec référence et protection conditionnelle du capital» assurent une certaine protection à l’investisseur» et que «les Credit Linked Notes (des dérivés de crédit, ndlr) offrent de nouvelles opportunités puisque les spreads de crédit devraient s’élargir». Reste que ce spécialiste souligne en conclusion qu’«on ne peut pas à la fois parier sur la hausse et la baisse du marché et gagner de l’argent». 

L’achat de produits structurés suppose donc d’avoir au préalable une opinion sur l’évolution à venir des marchés et, surtout, de ne pas s’illusionner sur sa capacité à prendre des risques: ce qui revient à évaluer le montant que l’on accepterait de perdre.

Geneviève Brunet

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