Bilan

Comment lever des fonds avec le crowdfunding

L’ouverture d’un chapitre suisse de Kickstarter souligne la durabilité qu’acquiert le financement participatif. Comment le mettre à son profit?

L’arrivée de Kickstarter en Suisse et plus généralement en Europe marque la maturité atteinte par le secteur du crowdfunding.

Crédits: Bilan

L’émergence des plateformes de financement participatif de type Kickstarter ou Indiegogo aux Etats-Unis, au début des années 2010, a généré le soupçon de possibles arnaques. Etant donné qu’il s’agit de financer un produit, un projet, voire une entreprise avant qu’il ne soit construit, accompli ou opérationnel, le risque de ne jamais revoir sa mise, aussi petite soit- elle, était naturellement présent.

A quelques exceptions, il ne s’est pourtant guère matérialisé. Sur les 1,8 milliard de dollars qu’a permis de lever Kickstarter pour financer près de 90 000 projets, la plateforme Kickscammed, qui sert à rapporter les cas de fraude, n’en recense que pour l’équivalent de 2,5 millions de dollars.

Selon le fondateur de la plateforme participative helvétique wemakeit.ch, Johannes Gees, « la raison est que les plateformes de crowdfunding ont pris la mesure du danger et effectuent des recherches sur les porteurs de projet quand il y a un doute ». Du coup, les fraudes ont surtout eu lieu en-dehors des plateformes de crowdfunding, depuis des sites proposant directement des pré-ventes participatives.

L’arrivée de Kickstarter en Suisse et plus généralement en Europe, essentiellement pour faciliter les solutions de paiement qui restent locales, marque la maturité atteinte par le secteur du crowdfunding. En Europe, cette finance sans banque, qui met en relation directe épargnant-investisseur- sponsor d’un côté, avec des porteurs de projet de l’autre, a progressé de 144% l’an dernier pour atteindre 2,957 milliards d’euros. En Suisse, le financement participatif reste plus modeste, avec une récolte de seulement 16 millions de francs en 2014. Il connaît cependant un début de croissance que l’arrivée de Kickstarter devrait stimuler. Comment, à partir de là, en profiter?

Le choix de la plateforme

Les différentes plateformes de financement participatif se sont progressivement spécialisées pour couvrir à la fois la maturité des projets, leurs types de besoins de financement (dons, pré-ventes, capitaux, prêts…) et enfin leurs secteurs d’activités. En fonction de ces critères, une bonne approche est ensuite de voir comment la plateforme considérée a performé pour des projets similaires au votre.

Par exemple, une plateforme comme wemakeit est particulièrement bien adaptée à des projets de proximité (9 projets de crowdfunding sur 10 entrent dans cette catégorie) alors qu’un Kickstarter ou un Indiegogo servent à donner une visibilité marketing globale à un projet. Une start-up en quête de capitaux pourra se tourner vers des sites comme Investiere ou Fundedbyme tandis qu’il semble que les plateformes de crowdlending (de prêts participatifs) de type Lending Club ou Cashare sont mieux adaptées aux PME plus matures.

La clé de la motivation

Chez Wemakeit, Johannes Gees observe que la motivation des porteurs de projet est absolument centrale à la réussite. « Il faut bien comprendre qu’il s’agit d’une campagne avec ses haut et ses bas et qu’il est crucial de demeurer motivé du début à la fin », explique-t-il. Du coup wemakeit a développé des outils de motivation comme l’envoie d’un mail quand 20% du montant recherché a été atteint, afin que le porteur de projets sache que ce seuil est statiquement synonyme de la réussite d’une campagne dans 90% des cas. Ou bien, à 80% du montant, la plateforme va conseiller de proposer de nouveaux avantages aux investisseurs, ces « rewards » s’étant révélés particulièrement efficaces pour les projets culturels ou ceux de produits numériques tels que les jeux vidéo.

Communication sociale

Apparu dans la foulée des réseaux sociaux, le financement participatif fait largement appel à la communication sociale en diffusant, depuis un simple bouton sur la plateforme, son projet sur Facebook, Twitter ou Whatsapp. En plus de l’adaptation du message à chaque réseau social, la création d’une page média et d’une vidéo sont des incontournables.

Fundedbyme vient de mesurer l’influence des réseaux sociaux sur le succès d’une campagne. Il apparaît ainsi que 10 «like » sur LinkedIn aboutissent à augmenter de 6% les chances de succès d’une start-up en quête de capitaux participatifs et sur Facebook de 5,6% respectivement. Un lien vers le profil de l’entreprise sur un réseau social depuis la plateforme de crowdfunding augmente aussi d’un tiers les chances de succès.

Expliquer qui sont les talents de l’équipe gonfle d'un quart de plus les chances de succès, dès lors que les membres du team peuvent afficher une éducation supérieure dans le business et/ou une expérience corporate. Bon à savoir, la publication des prix reçus de l’extérieur augmentent de 27% les chances d’un projet de même que la mention des financements externes déjà obtenus (23%). Enfin, afficher des statistiques de marché d’une source reconnue ainsi qu’un échéancier financier augmente ses chances d’être financé de respectivement 27% et 37%.

L’échec d’une campagne de crowdfunding n’est pas rédhibitoire selon Johannes Gees. Le projet pourra toujours être amélioré et relancé plus tard sur une autre plateforme. «Nous ne rejetons pas non plus un projet qui a échoué sur deux ou trois autres plateformes avant même si nous sommes plus prudents », ajoute-t-il. 

 

Fabrice Delaye
Fabrice Delaye

JOURNALISTE

Lui écrire

Fabrice Delaye a découvert Internet le 18 juillet 1994 sur les écrans des inventeurs du Web au CERN. La NASA diffusait ce jour-là les images prises quasi en direct par Hubble de la collision de la comète Shoemaker-Levy sur la planète Jupiter…Fasciné, il suit depuis ses intuitions sur les autoroutes de l’information, les sentiers de traverse de la biologie et étend ses explorations de la microélectronique aux infrastructures géantes de l’énergie.

L’idée ? Montrer aux lecteurs de Bilan les labos qui fabriquent notre futur immédiat; éclairer les bases créatives de notre économie. Responsable de la rubrique techno de Bilan depuis 2006 après avoir été correspondant de L’Agefi aux Etats-Unis en association avec la Technology Review du MIT, Fabrice Delaye est diplômé de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris et de l’EPFL.

Membre du jury des SwissICT Awards, du comité éditorial de la conférence Lift et expert auprès de TA-Swiss à l’Académie Suisse des Arts et des Sciences, Fabrice Delaye est l’auteur de la première biographie du président de l’EPFL, Patrick Aebischer.

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