Bilan

Comment les touristes en Grèce font face aux banques fermées

Principal moteur de l'économie grecque, le tourisme est frappé de plein fouet par la crise actuelle. Face aux banques fermées et aux bancomats à court de cash, comment font les touristes présents sur place?
  • Pour les touristes actuellement en Grèce ou sur le point d'y aller, des précautions sont à prendre en termes de moyens de paiement.

    Crédits: Image: Louisa Gouliamaki/AFP
  • D'après les professionnels du tourisme, les touristes présents sur les îles grecques ne courrent aucun risque dans l'immédiat.

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  • Aucune annulation n'a encore été enregistrée par les clients des agences suisses cet été vers la Grèce.

    Crédits: Image: AFP

Avec 15% du PIB grec, le tourisme est incontournable à Athènes comme dans les îles de la mer Egée, à Corfou ou au Sud du Péloponnèse. En 2011, aux prémices de la crise de la dette grecque, 16 millions de touristes avaient choisi la Grèce comme destination, générant plus de 14 milliards de dollars de recettes.

Or, en cette saison, l'afflux de touristes est au plus haut. Plusieurs centaines de milliers d'étrangers sont actuellement en séjour au pied de l'Acropole, sur les plages ou dans les musées du pays. Or, le gouvernement d'Alexis Tsipras a annoncé ce week-end que les banques seraient fermées cette semaine. Après avoir déjà limité les retraits aux bancomats, afin d'éviter les retraits massifs, après qu'un début de panique a été observé voici quelques jours.

Si les principales victimes de ces mesures sont les Grecs eux-mêmes, les touristes étrangers peuvent se retrouver dans des situations inconfortables en cas de pénurie de cash dans les distributeurs et de banques fermées. Comment faire face à ce cas de figure?

Emmener assez de cash

Pour Prisca Huguenin-dit-Lenoir, porte-parole d'Hotelplan Suisse, «le cas de figure ne s'est pas encore présenté parmi nos clients, la plupart étant actuellement sur les îles et non à Athènes ou dans les grandes villes de la Grèce continentale». Mais si, lundi à midi, aucune «rupture de cash» n'avait encore été signalée, les équipes du tour-operator envisagent le cas de figure: «Nous conseillons à nos clients d'emporter avec eux suffisamment de liquide: pas de grosses sommes pour ceux en all inclusive, mais davantage pour ceux qui n'ont payé que les nuitées et encore plus pour ceux ayant programmé un séjour itinérant en voiture».

Selon Prisca Huguenin, les cartes bancaires étrangères subissent moins de restrictions que les cartes grecques, «un client ayant pu retirer 300€ sans aucun problème à un distributeur sur une île du Dodécanèse lundi matin». Et la carte s'avère plus indispensable que jamais: «Contrairement au cash qui peut être facilement volé (et nous conseillons à nos clients d'en laisser une partie dans le coffre de leur hôtel), la carte bancaire permet de régler de nombreuses prestations».

La carte bancaire, c'est d'ailleurs l'atout n°1 des touristes au cas où la situation viendrait à se dégrader davantage: «Si des grèves et des manifestations se produisaient, nos clients pourraient régler des frais urgents ainsi. Mais nous, de notre côté, nous ne resterions pas inactifs: nous trouverions une solution quoiqu'il arrive. Et pour ceux qui n'auraient plus de moyen de paiement sur place et voudraient rentrer plus tôt que prévu, un retour anticipé est toujours possible». Pour l'heure, aucune annulation n'a été enregistrée par Hotelplan Suisse, juste quelques appels de clients souhaitant s'informer sur la situation sur place.

Des relais locaux sur place

Pas d'annulation non plus chez APN (Artisans aux pieds nus) Voyages, une agence de Carouge spécialisée dans les voyages à la carte vers la Grèce: pour Ariane Livron, associée gérante de l'agence de voyage, «On conseille aux clients qui vont bientôt partir de prévoir assez de cash. Mais nous avons essentiellement une clientèle d'habitués du pays, qui souvent parlent un peu grec et connaissent la culture et les habitants».

Contrairement à d'autres TO, Ariane Livron dispose sur place d'un réseau de contacts qui constituent autant de relais sur place pour aider les clients qui connaitraient des difficultés. «C'est aussi pour ça que les gens viennent chez nous et ne réservent pas sur le web: ils savent que nous avons des atouts dans des situations spécifiques», plaide la responsable de l'agence de voyages de Carouge.

Actuellement, les milliers de touristes séjournant dans le pays n'ont pas encore dû faire face à des grèves, blocages, manifestations ou autres tensions sociales en vue du referendum du 5 juillet. Mais certains cas de bancomats à sec ont surgi sur les réseaux sociaux, de même que d'autres points de retrait de cash devant lesquels les files d'attente sont démesurément longues, ce qui décourage certains touristes. Ces derniers ne sont certes pas soumis aux mêmes limitations que les ressortissants grecs, mais lorsqu'ils arrivent à un bancomat vide, ils font face au même dilemne que les locaux.

Les cambrioleurs à l'affut

Pour Wanda Chuard, citoyenne grecque installée à Genève et se rendant chaque été en Grèce, les événements des derniers jours sont «une catastrophe pour le pays, surtout alors que l'été est là, et cela pourrait être particulièrement catastrophique pour le tourisme». Celle qui préside le Cercle littéraire grec de bibliophilie voit dans le tourisme dans son pays d'origine «un acte de soutien pour la Grèce, comme une solidarité qui profite à tous» et appelle les Suisses ayant programmé des vacances au pays d'Homère à «ne surtout pas annuler leur séjour».

Pas question toutefois pour elle de se voiler la face: «Les Grecs vivent une situation pire que la Guerre: les gens cachent de l'argent dans les réfrigérateurs ou les sacs d'aspirateurs. C'est dangereux car les cambrioleurs le savent». Et cette attitude des Grecs, imitée par de nombreux touristes craignant de se retrouver à court de cash s'ils n'en emmènent pas une belle réserve, pourrait inciter les voleurs à viser les villages de vacances et hôtels. D'où un appel à la prudence renouvelé de la part des professionnels du secteur touristique pour qui le coffre-fort de l'hôtel constitue la solution la plus sûre.

 

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Matthieu Hoffstetter
Matthieu Hoffstetter

JOURNALISTE À BILAN

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Titulaire d'une maîtrise en histoire et d'un Master de journalisme, Matthieu Hoffstetter débute sa carrière en 2004 au sein des Dernières Nouvelles d'Alsace. Pendant plus de huit ans, il va ensuite couvrir l'actualité suisse et transfrontalière à Bâle pour le compte de ce quotidien régional français. En 2013, il rejoint Bilan et se spécialise dans les sujets liés à l'innovation, aux startups, et passe avec plaisir du web au print et inversement. Il contribue également aux suppléments, dont Bilan Luxe. Et réalise des sujets vidéo sur des sujets très variés (tourisme, startups, technologie, luxe).

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