Bilan

Comment les cantons pourraient financer les start-up

Les établissements cantonaux d’assurance regorgent de capitaux qui pourraient être investis dans des fonds de capital-risque destinés au financement de start-up.

La Suisse investirait six fois moins dans ses start-up qu’Israël.

Crédits: Gary Burchell/Getty

La question du financement des start-up est récurrente depuis de nombreuses années car la Suisse n’est pas un bon élève en comparaison internationale. «Elle investit respectivement trois et six fois moins que la Suède et Israël. Cette situation se répercute négativement sur la commercialisation de l’innovation, alors que la Suisse figure en tête des classements internationaux dans ce domaine», constate Jean-Philippe Tripet, fondateur de la société d’investissement Aravis.

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Or, l’argent ne manque pas. Encore faut-il oser se lancer dans l’aventure. Si les caisses de pension sont incitées à placer une petite partie de leurs avoirs dans le financement de start-up, d’autres institutions pourraient aussi s’y engager, à l’instar des établissements cantonaux d’assurance (ECA).

Dans 19 cantons (dont Vaud, Fribourg, Neuchâtel et Jura en Suisse romande), la couverture contre les incendies et les risques naturels relève d’un établissement de droit public au bénéfice d’un monopole. Celui-ci encaisse des primes auprès des propriétaires de bâtiments, constitue des provisions et administre au mieux sa fortune afin de pouvoir rembourser les dégâts découlant de sinistres.

Les 19 ECA disposent donc de sommes importantes à gérer. Selon les calculs de Bilan effectués sur la base des rapports de gestion de l’année 2015, les placements de capitaux s’élèvent au total à environ 10  milliards de francs. Ces derniers sont détenus majoritairement sous forme d’actions et d’obligations ou investis dans des immeubles de rendement. 

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Or, à la lecture de leurs bilans (pour autant qu’ils soient transparents), on constate qu’aucun assureur n’investit directement dans des start-up et dans le capital-risque. En revanche, quelques acteurs placent une partie de leur fortune dans des fonds de private equity (appelé aussi capital-investissement). Mais on ignore si ceux-ci s’engagent ensuite dans des sociétés actives dans le capital-risque et dans des start-up. 

Un budget potentiel de 100  millions de francs

En Suisse romande, l’Etablissement d’assurance contre l’incendie et les éléments naturels du canton de Vaud détenait, à fin 2015, un montant de 56  millions de francs dans le private equity. «A l’intérieur de cette classe d’actifs, nous investissons de manière indirecte à travers des fonds qui reflètent les différentes stratégies qui la composent. Et les start-up n’y représentent qu’une part très faible», indique son directeur financier Daniel Schaer.

L’ECA Vaud est le seul des quatre acteurs romands de la branche à investir dans le private equity. Il sera peut-être rejoint par l’Etablissement d’assurance des bâtiments du canton de Fribourg. «Nous prévoyons de revoir notre stratégie d’allocation d’actifs dans le cadre de la révision de notre règlement de placement prévue en 2017», indique son directeur financier Philippe Galley. 

Si les 19 ECA décidaient de consacrer ensemble un seul pour cent de leur volume de placement au capital-risque, environ 100  millions de francs pourraient être affectés au financement de start-up. Comme la majorité des acteurs de la branche ne dispose pas d’une taille suffisante pour s’aventurer dans ce domaine, la solution consisterait à créer une société commune de placement.

«Cette option est peu réaliste, même si elle mérite réflexion. Les établissements cantonaux d’assurance vivent chacun dans un cadre réglementaire très différent et veulent conserver un maximum d’autonomie», explique Jean-Michel Brunner, directeur de l’Etablissement d’assurance et de prévention du canton de Neuchâtel.

La stratégie de placement constitue également un obstacle. «Notre objectif est de préserver le capital et d’assurer un rendement régulier afin de remplir notre mission. Le financement de start-up, de manière indirecte, est donc marginal dans notre stratégie qui vise avant tout à sécuriser nos actifs», insiste Bruno de Siebenthal, président du conseil d’administration de l’ECA Vaud. 

Un fonds suisse pour l’avenir?

Tout n’est pas perdu. Des acteurs politiques comme le conseiller national vaudois Fathi Derder et le sénateur lucernois Konrad Graber se battent pour que les caisses de pension investissent indirectement dans des start-up. Dans une motion déposée en mai  2013 déjà, ce dernier estime qu’il faut encourager les institutions de prévoyance à créer en commun un fonds suisse pour l’avenir afin que celles-ci puissent investir dans des fonds de capital-risque très spécialisés. 

De son côté, Jean-Philippe Tripet travaille sur la création d’un important véhicule de placement répondant aux exigences des caisses de pension. «J’espère que cette idée aboutira d’ici à la fin de cette année», affirme le fondateur d’Aravis. Si les deux projets en cours se réalisaient, rien n’empêcherait des assurances, y compris les ECA, de les rejoindre un jour en fonction de leurs besoins. 

L’enthousiasme initial a cependant fait place à un optimisme mesuré.

Jean Philippe Buchs
Jean-Philippe Buchs

JOURNALISTE À BILAN

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Journaliste à Bilan depuis 2005.
Auparavant: L'Hebdo (2000-2004), La Liberté (1990-1999).
Distinctions: Prix Jean Dumur 1998, Prix BZ du journalisme local

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