Bilan

Comment les Bertarelli structurent leur action

Les Bertarelli n’ont jamais autant été actifs dans la philanthropie. Cette famille d’industriels qui a vendu l’entreprise familiale Serono en septembre 2006 apparaît dans notre classement des 300 plus riches avec une fortune évaluée à plus de 10 milliards de francs. Ses représentants se sont déjà illustrés dans le monde des affaires bien sûr, mais aussi dans la voile. Ernesto a gagné deux fois la Coupe de l’America et sa sœur Dona a été la première femme barreur vainqueur du Bol d’or. Ces derniers souhaitent désormais renforcer leurs actions dans la philanthropie. Rencontre.

Bilan Comment votre famille s’est-elle engagée dans la philanthropie?

Dona Bertarelli Institutionnellement d’abord, avec la Fondation Serono Symposia qui, à la vente de Serono, avait à son actif plus de 500 papiers publiés dans les revues médicales de premier plan et organisé 1500 congrès scientifiques. Je m’en occupais ainsi que de la Fondation Ares Serono (soutien à la recherche). A la mort de mon père, nous avons créé la Fondation Bertarelli, en mémoire à son travail de pionnier dans le traitement de l’infertilité.

B Cela tient-il aussi à votre éducation?

DB Nous avons toujours été sensibilisés au don et à l’entraide qui font partie de notre éducation. Et avec mon frère Ernesto, nous avons entre nos deux familles six enfants, de 5 à 14 ans, à qui nous continuons d’inculquer une responsabilité sociale et morale. En tant que famille privilégiée, on se doit d’investir du temps, de l’énergie et de l’argent pour des personnes moins privilégiées ou des causes qui contribuent activement à la société dans laquelle nous vivons. Pendant quinze ans, ma mère a été présidente de l’Association des services bénévoles vaudois (ASBV). Enfants, nous l’avons accompagnée souvent dans des distributions de repas ou lors de transports et de visites de malades dans les hôpitaux

B Comment vous êtes–vous structurés dans ce domaine?

DB Les intérêts de la famille s’élargissant, il était désormais nécessaire de rassembler nos diverses activités philanthropiques sous un même toit: la nouvelle Fondation Bertarelli. Nous ne sommes pas seulement des mécènes. Nous désirons obtenir des résultats et gérons la fondation selon des objectifs précis. La philanthropie nécessite une professionnalisation guidée non seulement par la générosité mais aussi par une exigence de rigueur, d’évaluation et d’efficacité sociale.

B Vous avez tout installé sous une seule entité?

DB En dix ans, la précédente Fondation Bertarelli avait permis une baisse significative des grossesses multiples au travers de ses programmes d’éducation et de recherche. Nous avons aussi eu d’autres satisfactions: en 2001, par exemple, nous avions remis notre prix au professeur Robert Edwards qui a reçu le Prix Nobel de médecine en 2010. Toutes ces activités liées à l’infertilité ont été transférées à la Fondation Faber, et nous avons ainsi créé de nouveaux pôles d’activité sous la même égide.

B Quels sont ses champs d’intervention?

DB Nous avons une thématique générale sur les sciences de la vie mais aussi dans les autres domaines où nous étions actifs de manière plus spontanée jusqu’ici. Nous ciblons ainsi le sport, l’environnement et l’éducation. Il nous fallait être plus efficace et avoir plus de rigueur. Les coups de cœur restent. Mais recentrer toutes nos activités donne une meilleure cohérence.

B Comment travaillez-vous sur ces dossiers?

DB Nous essayons d’avoir des actions ciblées pour maximiser les résultats. Chaque projet a son parrain ou sa marraine au sein de la famille. En tant que coprésidente de la fondation, j’ai une vue globale sur tous les projets. Je regarde les projets liés au sport et, avec ma belle-sœur Kirsty, nous nous occupons des projets liés à l’environnement. Ernesto intervient davantage dans les sciences de la vie avec le partenariat EPFL et Harvard Medical School. Dans le domaine de l’éducation, nous avons construit une aile dans une école en Afrique du Sud (Henna Pre-School) et sommes entrain d’y construire une infirmerie. Ce sont nos enfants, avec lesquels nous avions passé une journée sur place dans cet orphelinat où 90% des enfants sont séropositifs, qui ont souhaité faire plus.

B Et vos coups de cœur?

DB J’ai soutenu la création et le développement de la Fondation Smiling Children, dont j’ai longtemps été marraine. C’est d’ailleurs au travers de cette fondation que nous avons sponsorisé la majorité de nos actions dans l’accès à l’éducation et le soutien aux orphelinats. Le succès de Smiling Children nous encourage à continuer dans cette voie.

B Combien d’argent donnez-vous?

DB Nous gardons une certaine discrétion à ce sujet même si certains montants sont publics. Les trois chaires de l’EPFL et Harvard dans le domaine des neuroprothèses que nous soutenons ont reçu 5 millions de francs chacune. Et notre appui à la réserve de Chagos représente plus de 5 millions de francs.

B Les Anglo-Saxons n’hésitent pas à mélanger fonds privés et publics pour de grandes causes. Cela vous inspire-t-il?

DB Oui, nous le faisons d’ailleurs avec Chagos. Le gouvernement britannique n’avait plus assez de fonds pour protéger et entretenir cette réserve marine proche des Maldives et des Seychelles. Nous sommes venus pour couvrir les frais des bateaux scientifiques et de patrouille qui garantissent la zone d’interdiction de pêche. En partenariat avec la Blue Marine Foundation, nous avons organisé un gala de charité à Gstaad en février pour créer de nouvelles réserves marines. Nous y avons récolté 1,2 million de francs. En parallèle, nous avons monté un atelier avec 40 organisations mondiales qui ont répondu présent. Un exploit car nous avons réussi à réunir à une même table des organisations comme WWF, National Geographic, PEW Charitable Trust et Blue Mission Foundation. Soit les ONG les plus influentes dans la protection des océans réunies pour entamer un dialogue et trouver des solutions.

B Lever des fonds, c’était une première pour la Fondation Bertarelli?

DB Oui. Ce n’est pas évident de faire du fundraising avec le nom Bertarelli. Le plaisir a surtout été de faire connaître cette cause à un cercle plus large de personnes via l’expertise des scientifiques impliqués dans le projet. Nous étions étonnés et ravis du succès.

 

Stéphane Benoit-Godet

<p>Rédacteur en chef du Temps, (ex-rédacteur en chef de Bilan)</p>

Lui écrire

Depuis le 1er janvier 2015, Stéphane Benoit-Godet dirige la rédaction du quotidien Le Temps. Il était le rédacteur en chef de Bilan de 2006 à 2015. Auparavant, il a travaillé pour les quotidiens La Tribune de Genève et Le Temps 1998-2003), journal dont il a dirigé la rubrique économique (fin 2000 à mi-2003). Juriste de formation, Stéphane a fait ses études en France à l'Université d'Aix-Marseille III. 

 

 

Du même auteur:

«Les concentrations dans la presse ne font que débuter»
Comment la Silicon Valley écrit un nouveau chapitre de l’histoire: les cleantechs

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info

"Tout ce qui compte.
Pour vous."