Bilan

Comment investir dans le diamant

Le moment serait propice pour placer de l’argent dans cet actif, à condition de connaître quelques règles. Les conseils d’un expert.
  • Le diamant n’est pas un actif spéculatif: Il est recommandé de le détenir cinq à dix ans.

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  • Pour Alexandre Martin, de Mediam Suisse, «on est en période d’achat».

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Sur le site de Mediam Suisse, société neuchâteloise fondée en 2016 qui produit des diamants sur mesure, on peut lire: «Du grec "Adamas", qui signifie indomptable, le diamant est connu pour sa dureté, sa brillance et ses feux incomparables.» Pour le gemmologue Alexandre Martin, associé avec Ariane Janis et expert du marché depuis plus de vingt ans, le moment est favorable pour investir dans cet actif. Mais il faut tenir compte de plusieurs critères importants dans la valeur de la pierre blanche. Guide pour l’investisseur, sur la base des conseils de Mediam Suisse.

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Prix favorable

Actuellement, estime Alexandre Martin, «on est en période d’achat, car les prix sont bas depuis 2015 (voir graphique ci-dessus). Le pic du marché a été atteint en 2011; les prix avaient flambé et atteint leur maximum, comme c’est le cas une ou deux fois tous les dix ans. Ensuite, il y a eu une accalmie, suivie du ralentissement économique mondial.» Le prix est déterminé par la production des mines. Il se fixe en fonction des fabricants, et de l’état des stocks de brut ou de taillé. 

«La caractéristique du marché est que le prix est régulé», souligne Alexandre Martin. Il existe un plancher en dessous duquel le prix ne descend pas. Ce qui en fait un actif tangible qui compte parmi
les placements alternatifs à la bourse, au même titre que l’immobilier et l’art. Les conditions macroéconomiques laissent penser que les prix du diamant pourraient repartir à la hausse.

Fonds de placement: méfiance

Pour les acheteurs, mieux vaut ne pas sauter à pieds joints dans le premier fonds de placement venu. «De nombreux fonds sur le diamant ont été lancés, mais ces produits ne sont jamais vraiment aboutis», met en garde Alexandre Martin. La période a en effet vu de nombreuses sociétés proposer du diamant d’investissement, mais avec des arguments parfois douteux. «Selon l’indice Rapaport des prix du diamant fin 2016, le marché affichait environ 8% de taux de rendement par an. Dès lors, des sociétés prétendent que le diamant offre un rendement annuel linéaire de 8% assuré. Or, les prix n’ont pas bougé depuis 2015.» Ne pas croire, donc, les fonds qui affirment que 8% est garanti: il faut attendre les périodes de pics de prix pour réaliser des plus-values.

La pierre rare est celle où investir 

Nombre de vendeurs estiment qu’une pierre de 1 carat constitue déjà un diamant d’investissement, et offre des qualités intermédiaires en général, car cela permet de faire appel à de petites sommes. «Des pierres de 1 carat (0,2 g), ce n’est pas rare, objecte Alexandre Martin. En revanche, des pierres de 5 carats et plus en qualité exceptionnelle sont vraiment rares. Certaines sont même uniques.» 

Mediam donne accès à l’investisseur à des pierres au minimum 15 à 20% moins chères que le prix Rapaport (prix grossiste). «L’objectif, résume Alexandre Martin, étant de vendre à un prix «grossiste» une pierre dont la valeur est viabilisée par sa rareté qui permet de réaliser une plus-value et/ou de sécuriser du patrimoine». Le diamant est une ressource naturelle non renouvelable dont on estime que les réserves s’épuiseront dans quelques decennies, ce qui ajoute un élément certain de valorisation à long terme.

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Il existe en outre un engouement à l’heure actuelle pour les diamants de couleur, en raison de leur rareté. Ceux-ci battent des records aux enchères depuis quelques années. «On en trouve dans sept tonalités, explique Alexandre Martin: bleu, rose, violet, rouge, orange, vert et jaune.» La plupart des pierres d’exception proviennent d’une mine d’Australie, qui fermera a priori en 2022. «Celui qui en possédera aura donc bientôt quelque chose qui n’existera presque plus en extraction.» 

Horizon-temps

L’horizon-temps conseillé par l’expert pour détenir un diamant: cinq à dix ans. Soit la période qui permet de démarrer à la suite d’un pic, et d’arriver au suivant. «Idéalement, ajoute-t-il, il faudrait pouvoir conserver une pierre sur vingt-cinq ans dans une perspective de diversification du patrimoine.» Un investissement tout sauf spéculatif, donc. 

Malgré leurs qualités de placement à long terme, détenir des diamants n’est pas encore perçu avec le même attrait que détenir de l’immobilier ou de l’art. La demande pour le diamant et surtout le nombre d’utilisateurs potentiels (avec le développement des grands marchés asiatique, russe, sud-américain, etc.) ont néanmoins augmenté sur le marché global depuis des décennies, sans qu’il n’y ait de bulle spéculative sur le diamant physique. Sa qualité de rareté lui confère aussi la légitimité d’un actif de thésaurisation, de même que sa valeur intrinsèque. 

Taxation

Le diamant se conserve idéalement dans un coffre, soit chez soi, soit sous-douane avec des coûts de stockage, et doit être déclaré. «En zone franche, on ne paie pas la TVA, explique Alexandre Martin. Et les coûts de stockage sont largement inférieurs à la TVA. La valeur du diamant peut entrer ou non dans le calcul de la fortune imposable suivant l’usage qu’on en fait. Dans le canton de Genève, porté en bijou, il peut être considéré comme un bien d’usage courant et n’est alors pas taxé. S’il est en revanche placé dans un coffre avec un objectif avéré d’investissement pur visant une plus-value, il sera taxé.»

Liquidité 

Le diamant n’est certes pas aussi liquide que le cash ou les actions. Toutefois, il peut servir comme monnaie d’échange en cas de nécessité, même s’il n’est pas évident d’échanger un diamant de 3 carats contre un bateau ou un jet, séance tenante. Parmi ses qualités figure le fait qu’il est très facilement transportable et transmissible.  

Inflation

«Le diamant protège l’investisseur contre l’inflation car il ne se dévalue pas, estime Alexandre Martin. Là aussi entre en compte la notion de rareté.»

Diamant de synthèse

Le diamant de synthèse ne régate pas dans la même catégorie que son rival naturel. Le diamant de synthèse est en réalité un vrai diamant qui a connu un processus d’accélération, là où un diamant naturel met 1 milliard et demi d’années à se créer. 

Alexandre Martin explique que la différence de prix entre le diamant naturel et celui de synthèse est de 20% à 30% du prix sur de larges volumes d’échanges mais se retrouve finalement au détail à des prix à peine inférieurs à celui du diamant naturel (de 0 à 20%). On estime que le diamant de synthèse taillé en qualité-gemme représente pour l’heure au moins 3% à 7% du marché mais les chiffres réels sont difficiles à obtenir. Sa présence est en tout cas en augmentation constante. Des analystes parlent de 10 à 15% du marché à l’horizon 2021. 

Des règles extrêmement strictes ont été mises en place pour que l’identification des diamants de synthèse soit parfaitement perceptible au sein de la chaîne de distribution et par le client final.  

Son usage dans l’horlogerie

Les horlogers suisses (Swatch Group, Richemont, Rolex, Patek Philippe) représentent une part importante du marché mondial de diamants (plusieurs dizaines de milliers de carats utilisés chaque année), même s’ils recourent surtout à de petites pierres haut de gamme. Certaines marques ont fait du diamant leur composant principal, à l’instar de Chopard avec sa «Super Ice Cube», montre réalisée entièrement en diamants, avec un serti invisible.    

Certification

Le laboratoire de référence est le GIA. C’est celui que recommande Alexandre Martin: «Un diamant GIA coûtera plus cher mais son analyse stricte fera référence à l’international, ce qui ne sera pas le cas d’autres laboratoires.» Les autres certifications courantes en Europe sont HRD, EGC, IGI. A noter qu’il existe en Suisse d’excellents et très pointus laboratoires, tels que Gübelin Gem Lab, SSEF, GGTL, entre autres.

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Zaki Myret
Myret Zaki

RÉDACTRICE EN CHEF DE BILAN de 2014 à 2019

Lui écrire

En 1997, Myret Zaki fait ses débuts dans la banque privée genevoise Lombard Odier Darier Hentsch & Cie. Puis, dès 2001, elle dirige les pages et suppléments financiers du quotidien Le Temps. En octobre 2008, elle publie son premier ouvrage, "UBS, les dessous d'un scandale", qui raconte comment la banque suisse est mise en difficulté par les autorités américaines dans plusieurs affaires d'évasion fiscale aux États-Unis et surtout par la crise des subprimes. Elle obtient le prix de Journaliste Suisse 2008 de Schweizer Journalist. En janvier 2010, Myret devient rédactrice en chef adjointe du magazine Bilan. Cette année-là, elle publie "Le Secret bancaire est mort, vive l'évasion fiscale" où elle expose la guerre économique qui a mené la Suisse à abandonner son secret bancaire. En 2011, elle publie "La fin du dollar" qui prédit la fin de la monnaie américaine à cause de sa dévaluation prolongée et de la dérive monétaire de la Réserve fédérale. En 2014, Myret est nommée rédactrice en chef de Bilan. Elle quitte ce poste en mai 2019.

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