Bilan

Comment investir dans le crowdfunding

Le monde du financement participatif est peu réglementé. Il faut donc bien examiner les conditions de la plateforme sur laquelle vous investissez. Le rendement peut en valoir la peine.
  • Entrée en bourse de Lending Club en décembre 2014 à New York.

    Crédits: Dr
  • Oculus Rift, lancé grâce au crowdfunding, a déçu ses investisseurs lors de son rachat.

    Crédits: Sergey Galyonkin

Avez-vous déjà surfé sur les sites de financement participatif comme Lending Club, Kickstarter, Indiegogo, Wemakeit ou Cashare? Pour l’investisseur suisse romand qui s’intéresse au crowdfunding, les conférences sur le sujet sont légion, mais les conseils plutôt rares. A quoi faut-il être attentif, si l’on veut s’aventurer sur ces plateformes pour prêter de petites sommes, ou participer au capital de sociétés prometteuses? Aperçu.

Moins de 20 contrats à la fois

Le crowdfunding est un petit marché en Europe: 300 plateformes sur tout le continent, concentrées au Royaume-Uni. Au total, elles financent pour 3 milliards de dollars de projets, dont 2 milliards sous forme de crédit (lending), et 1 milliard sous forme de fonds propres (equity). Il vaut la peine de s’y intéresser: «Un prêt ou une participation au capital via le crowdfunding peut vous rapporter entre 5 et 15% suivant les projets et les plateformes», estime Olivier Gajda, cofondateur du European Crowdfunding Network.

Le crowdfunding n’est pas clairement réglementé en Suisse. L’autorité des marchés (FINMA) a seulement publié une note fin 2014 qui fournit quelques précautions de base. Elle est surtout intervenue au travers de cas particuliers. «La plateforme suisse de crowdfunding cashare.ch, par exemple, a dû changer son modèle d’affaires», relate Alexis Roussel, CEO de la plateforme de bitcoins SBEX et membre du comité du Digital Finance Compliance Association. Pourquoi? «Parce qu’en Suisse vous devez vous limiter à 20 prêts par personne, faute de quoi vous serez considéré comme un intermédiaire financier, assujetti à la FINMA.» 

Créée il y a près de cinq ans, cashare.ch permet aux investisseurs de prêter, dès 50 francs, la somme qu’ils veulent. Or la FINMA l’a obligée à restreindre le nombre de prêts autorisés par utilisateur, arguant qu’au-delà de 20 contrats celui qui prête sera considéré comme un professionnel de la finance aux yeux de la loi. Pour Alexis Roussel, cette réglementation est inadaptée.

«Si vous avez une enveloppe de 5000 francs à investir et que vous mettiez 100 francs dans 50 projets, vous tombez sous le coup de la réglementation sans le savoir et devez vous enregistrer auprès de la FINMA, alors que 5000 francs ce n’est rien du tout.» Et en effet, ces sommes sont typiques de la stratégie «crowd», où les investisseurs placent de petits montants dans de multiples projets. Au vu du cadre institutionnel peu favorable en Suisse et de la rareté de l’offre, les Suisses tendent à s’orienter vers les plateformes étrangères.  

Les critères pour investir

En Suisse, le marché ne pèse pas plus de 15 millions de francs. On trouve de petites plateformes telles que cashare.ch, wemakeit.ch, c-crowd.com. Les plateformes vedettes se trouvent à Londres et aux Etats-Unis: lendingclub.com, kickstarter.com ou indiegogo.com. «Vous pouvez octroyer un prêt, ou prendre une participation au capital; des plateformes existent pour ces deux modes de financement», explique Guy White, directeur exécutif de Catalyx, qui organise le Crowdsourcing Summit dans plusieurs villes d’Europe.

Si l’on veut prêter plus que  100 000 francs, il convient d’aller sur les grandes plateformes spécialisées dans l’equity, comme les britanniques seedrs.com ou crowdcube.com. «Dès lors que vous investissez des montants plus élevés et participez au capital, le dialogue avec l’entrepreneur, à travers la plateforme, est beaucoup plus approfondi et intensif», souligne Guy White. 

Si vous voulez prêter de petites sommes, il conseille de naviguer sur les plateformes de lending. Choisissez celles qui promeuvent activement et de manière visible les différents projets, produits et services proposés (souvent par vidéo). «Vous pouvez promettre un prêt à condition que le projet parvienne à réunir la somme qu’il s’est fixée. Par exemple, je promets 10 000 francs si la société parvient à lever les 200 000 francs qu’elle vise, sinon je récupère mes 10 000 francs.» Kickstarter procède ainsi, alors que sur Indiegogo on ne récupère pas l’argent en cas d’échec de la levée. 

Les risques à avoir en tête

Le crowdfunding est un placement risqué. Au préalable, il faut vérifier si la plateforme est digne de confiance ou non. Ensuite, renseignez-vous sur les conditions. Si la société fait faillite et que vous perdiez votre investissement, que se passe-t-il? Vérifiez s’il existe une garantie que, en cas d’échec du projet,vous récupérez une partie de votre mise.

Examinez les conditions pour être admis au capital, si vous obtenez du capital ou des produits au terme de l’opération, la valeur des éventuels cadeaux qui vous sont offerts, et si votre prêt vous est remboursé avec intérêt ou non. Chaque plateforme diffère sur ces points. Parfois, vous prêtez 500 francs et récupérez 500 francs de capital. D’autres fois, vous prêtez et acquérez en avance des produits à des conditions avantageuses. 

Pour nous défaire de nos illusions, Alexis Roussel cite l’exemple peu glorieux d’Oculus Rift. «Les petits investisseurs ont prêté de multiples sommes pour obtenir un modèle de lunettes Oculus. Ces prêts ont permis à l’entreprise de se lancer. Puis, lorsqu’elle a été rachetée  pour 2 milliards de dollars par Facebook, ces prêteurs de la première heure n’ont rien reçu de ces bénéfices et se sont sentis floués.  

Zaki Myret
Myret Zaki

RÉDACTRICE EN CHEF DE BILAN de 2014 à 2019

Lui écrire

En 1997, Myret Zaki fait ses débuts dans la banque privée genevoise Lombard Odier Darier Hentsch & Cie. Puis, dès 2001, elle dirige les pages et suppléments financiers du quotidien Le Temps. En octobre 2008, elle publie son premier ouvrage, "UBS, les dessous d'un scandale", qui raconte comment la banque suisse est mise en difficulté par les autorités américaines dans plusieurs affaires d'évasion fiscale aux États-Unis et surtout par la crise des subprimes. Elle obtient le prix de Journaliste Suisse 2008 de Schweizer Journalist. En janvier 2010, Myret devient rédactrice en chef adjointe du magazine Bilan. Cette année-là, elle publie "Le Secret bancaire est mort, vive l'évasion fiscale" où elle expose la guerre économique qui a mené la Suisse à abandonner son secret bancaire. En 2011, elle publie "La fin du dollar" qui prédit la fin de la monnaie américaine à cause de sa dévaluation prolongée et de la dérive monétaire de la Réserve fédérale. En 2014, Myret est nommée rédactrice en chef de Bilan. Elle quitte ce poste en mai 2019.

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