Bilan

Comment gagner en période de taux négatifs

L’investisseur obligataire doit opter pour les placements à rendement élevé, en triant ses risques par monnaies et durations.
  • Crédits: Sajjad Hussain/AFP

Dans un contexte marqué par des taux d’intérêt négatifs, la disparition du taux plancher entre l’euro et le franc suisse, l’assouplissement quantitatif lancé par la Banque centrale européenne (BCE), une croissance économique toujours faible, et surtout la chute des cours du pétrole, les investisseurs obligataires doivent être plus proactifs qu’auparavant.

«Il faut modifier son allocation d’actifs à chaque fois que des opportunités se présentent. Cette manière de faire ainsi que des stratégies qui imposent moins de contraintes sont devenues le maître mot dans l’obligataire», affirme Enzo Puntillo, responsable Fixed Income chez Swiss & Global Asset Management. Il ne s’agit plus d’acheter un titre et d’attendre que les coupons tombent.

Alors que le rendement du taux à dix ans américain a chuté, contre toute attente, en dessous des 2% cette année, il faut partir en quête d’îlots qui flottent encore dans l’océan obligataire.

Dette émergente

Pour ce faire, l’investisseur peut opter pour les obligations souveraines des pays émergents, qui sont la classe d’actifs qui a le mieux performé depuis 2001, après les actions émergentes. Chez Pictet Asset Management, qui gère 20  milliards de dollars de dette émergente, Eugene Choi, gestionnaire de portefeuille, conseille la dette des importateurs nets de pétrole, comme l’Inde et la Turquie, qui bénéficient de la chute de 50% des prix de l’or noir.

Les monnaies des exportateurs de matières premières comme le Brésil, en revanche, souffrent de la chute des prix des commodities. La dette émergente a déçu en 2014 avec une performance de -5,7% en monnaies locales, tirée vers le bas par la Russie (-54,4%) et la Colombie (-15%), dont les monnaies ont davantage souffert que les obligations elles-mêmes.

Mais Eugene Choi s’attend à une année positive en 2015, l’indice GBI EM de JP Morgan revenant en terrain positif cette année. L’Afrique du Sud, les Philippines et l’Indonésie réalisent entre 4 et 6% en ce début d’année, tandis que la Russie affiche un rendement positif de sa dette, mais un rendement toujours négatif de sa monnaie. En dollars, la dette émergente se porte mieux, affichant 7,4% en 2014, la plupart des pays émergents ayant connu des rendements positifs en dollars.

Pour l’investisseur en monnaies locales, le fonds Pictet Emerging Local Currency Debt offre un rendement positif cette année et gagne 2,5% sur cinq  ans. La stratégie reste prudente: Pictet sous-pondère de -9,2% les monnaies locales, qui ont contribué négativement à cette classe d’actifs en perdant 25% depuis 2011, et en particulier le réal brésilien et le peso mexicain.

En revanche, la banque surpondère les durations de 0,6  an, «surtout l’Inde, le Brésil, le Mexique et la Thaïlande», indique Eugene Choi. Quant au fonds Pictet sur la dette émergente basé en dollars, il gagne 7,7% sur cinq  ans. Là, Pictet est long sur les durations et long sur les monnaies ayant une faible corrélation avec les bons du Trésor américain, qui devraient connaître un rally.

Nouvelle-Zélande

«Si l’une des solutions est d’envisager les titres émis dans les pays émergents comme le Mexique ou la Colombie, tous les acteurs financiers ne sont pas prêts à aller aussi loin», estime Enzo Puntillo, de Swiss & Global Asset Management. De même, tous ne sont pas encore disposés à quitter les taux fixes pour le marché des actions. Dans ce cas, les obligations d’un pays développé comme la Nouvelle-Zélande constituent une option.

Alors que les rendements de la plupart des obligations gouvernementales ont baissé l’an dernier, les emprunts de la Nouvelle-Zélande offrent l’une des meilleures rémunérations. Il s’agit d’un des seuls pays développés où les taux ont augmenté ces dernières années. Ils se sont d’ailleurs pratiquement normalisés. On peut y obtenir des rendements réels de 3,5 à 4%. 

Dragons nordiques

Les investissements dans les pays du Nord, moins affectés par la crise, offrent une option de diversification en Europe. Les économies affichent une robuste croissance, leurs finances publiques sont saines et la consommation des ménages se porte bien. De plus, les sociétés de ces contrées, aux marchés domestiques de petite taille, sont souvent très tournées sur l’exportation.

Ainsi, elles ont l’habitude d’être compétitives sur le plan international. Volvofinans, une banque suédoise détenue à 50% par Volvo à travers une de ses holdings Volverkinvest, représente un bon exemple. Ou encore le norvégien Avinor AS qui gère 46 aéroports détenus par le gouvernement.

Dans ses stratégies à taux fixe, Nordea propose une série de fonds dont la performance depuis le début de l’année excède ou se rapproche de 2%. Par exemple, l’European Financial Debt Fund affiche un year-to-date de plus de 3%, le Flexible Fixed Income Fund de presque 2%.

«Nous avons réalisé un bon début d’année, car nous étions bien positionnés et avons bien géré la duration. Pour notre produit flexible, nous avons un objectif de rendement annuel qui excède 2% par rapport au taux des liquidités. Ce véhicule de placement sans restriction correspond à un besoin de nombreux investisseurs. Il détient notamment des obligations nordiques qui assurent une bonne diversification», explique Nicola Bianchi de chez Nordea Asset Management.

Le fonds est également composé de covered bonds européens, un instrument intéressant depuis que la BCE a annoncé son programme de rachats. Concernant son allocation d’actifs, plus de 30% du portefeuille est investi dans des valeurs danoises et près de 45% sont placés dans des dettes notées AAA.

En outre, les stratégies axées uniquement sur les pays du Nord, qui avaient obtenu d’excellents rendements les deux dernières années, avoisinent encore le 1% (Danish Bond Fund, 1,22%, Swedisch Bond Fund, 0,89%).

High yield européen

En Europe, toujours, les obligations d’entreprises à haut rendement (high yield) constituent une autre piste pour dégager des performances. Le boom du marché du high yield européen s’explique par le fait qu’il s’est substitué en partie au crédit bancaire: alors que les bilans des banques rétrécissaient de 600 milliards d’euros entre 2009 et 2014, cette somme était remplacée par le marché high yield.

«Et cela va continuer», pronostique Roman Gaiser, responsable des stratégies des fonds Pictet EUR High Yield chez Pictet. Il conseille la stratégie high yield européen en soulignant que la baisse de l’euro de 16% depuis six mois contribue à améliorer la croissance de la zone euro, de même que la baisse des prix du pétrole.

Le programme de rachats de la BCE constitue un soutien solide au marché high yield, en libérant des liquidités. Mais le meilleur argument en faveur du high yield européen est sans doute que près de 1700 milliards d’obligations souveraines, en Europe, affichent des rendements nuls à négatifs. Les spreads sont attractifs, se rapprochant de leurs niveaux de 2012, en particulier pour les obligations CCC et B.

Le fait que nombre d’émetteurs high yield aient été rachetés par des entreprises investment grade est également positif. Lors des entrées en bourse également, les entreprises utilisent le cash levé pour rembourser leur dette, à l’instar de Sunrise.  

Patricia Meunier

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