Bilan

Comment expliquer la chute des cours de l'or?

Pour la première fois depuis février 2010, l'once d'or est tombé sous la barre des 1100$. Différents facteurs peuvent expliquer cette chute des cours du métal jaune sur les marchés financiers.

Les cours de l'or sont au plus bas depuis début 2010.

Crédits: Image: Reuters

Cela faisait 65 mois que l'or n'avait pas atteint un prix aussi bas. Lundi 20 juillet, l'once d'or fin est brièvement passé sous la barre des 1100$, remontant à 1110$ en fin de séance à Wall Street avant de se stabiliser mardi entre 1115 et 1120$. S'il est encore loin des records négatifs de fin 2007 (à peine plus de 700$ l'once), le métal précieux baisse continuellement depuis son record de fin 2011 à 1912$.

Mais comment expliquer cette chute de plus de quatre ans? Quels facteurs ont ramené la valeur refuge à un niveau aussi bas? Faut-il s'attendre à ce que cette baisse se poursuive dans les mois à venir? Plusieurs facteurs sont à prendre en compte pour comprendre le phénomène actuel.

  • La bonne santé de l'économie américaine. Avec 2,4% de hausse en 2014, l'économie américaine a certes moins performé qu'attendu (une croissance autour de 3% était attendue), mais elle fait mieux qu'au cours des trois années précédentes (+2,2% entre 2011 et 2013 en moyenne). Et si le premier trimestre 2015 a vu un léger recul du PIB (-0,2%), la contraction a été moindre que celle attendue par certains experts et surtout dûe à des effets saisonniers. De plus, les taux d'intérêts restent sur une perspective haussière sur le moyen terme, ce qui nuit traditionnellement à l'or.
  • La force du dollar. Liée à la bonne santé de l'économie américaine, la force du dollar engendre un mouvement quasi-automatique de balancier en défaveur de l'or. Le prix du métal précieux étant historiquement libellé en dollar, quand la devise américaine s'envole les prix de l'or dégringolent. Et réciproquement. Or, face à la volatilité des marchés des changes ces derniers mois, le dollar ne cesse de monter. Ce qui rend les achats d'or plus coûteux pour les investisseurs dont les capitaux sont constitués majoritairement d'autres devises. Et le dollar risque de se renforcer encore dans les semaines à venir, la Fed n'excluant pas de relever les taux d'intérêt. «Une hausse des taux d'intérêt devrait renforcer le dollar, provoquant plus de sorties de fonds des matières premières et des métaux», explique Vattana Vongseenin, membre du Phillip Asset Management.
  • La hausse modérée des réserves chinoises. Depuis 2009, Pékin n'avait plus communiqué sur le montant de ses réserves d'or. A l'époque, elles se situaient sous les 1200 tonnes. Vendredi 17 juillet, les autorités de l'Empire du milieu ont annoncé qu'elles avaient augmenté de 57% pour se retrouver désormais à 1658 tonnes. Or, si la Chine est devenu le premier producteur mondial d'or depuis 2008 (et a accru sa production continuellement depuis lors), les experts s'attendaient à une croissance bien plus importante du stock (autour de 3500 tonnes). Avec 1658 tonnes, la Chine reste au 6e rang mondial, derrière la France (2435 tonnes). Or, le silence chinois sur le volume des réserves en métal jaune avait alimenté la demande mondiale, de nombreux investisseurs tablant sur d'importants achats d'or de la part de Pékin. Le niveau finalement moins élevé que prévu du stock chinois pousse les détenteurs d'or à vendre.
  • La situation de la zone euro. Malgré l'accord entre la Grèce et les partenaires européens, le Grexit n'est toujours pas exclu, à moyen ou long terme. Certains investisseurs avaient anticipé une sortie de la Grèce de la zone euro qui aurait conduit à une chute de la monnaie européenne avant un relèvement progressif et durable. La perspective d'une sortie d'Athènes de la zone euro ne figure toutefois plus dans les hypothèses de court terme et les banques du pays ont rouvert, ce qui rend le rôle de valeur-refuge de l'or moins crucial en Grèce comme en Europe.
  • L'accord sur le nucléaire avec l'Iran. Si les négociations sur l'Iran n'avaient pas d'impact direct sur les cours de l'or, la possibilité d'assister à un changement de locataire de la Maison Blanche, avec une politique moins conciliante à l'égard de Téhéran, aurait pu faire ressurgir les tensions diplomatiques au Moyen-Orient. Or, ces périodes de tensions internationales sont propices à une envolée des cours de l'or. Avec la signature de l'accord, le risque de guerre s'éloigne nettement et l'or constitue moins qu'avant encore une valeur recherchée.

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Matthieu Hoffstetter
Matthieu Hoffstetter

JOURNALISTE À BILAN

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Titulaire d'une maîtrise en histoire et d'un Master de journalisme, Matthieu Hoffstetter débute sa carrière en 2004 au sein des Dernières Nouvelles d'Alsace. Pendant plus de huit ans, il va ensuite couvrir l'actualité suisse et transfrontalière à Bâle pour le compte de ce quotidien régional français. En 2013, il rejoint Bilan et se spécialise dans les sujets liés à l'innovation, aux startups, et passe avec plaisir du web au print et inversement. Il contribue également aux suppléments, dont Bilan Luxe. Et réalise des sujets vidéo sur des sujets très variés (tourisme, startups, technologie, luxe).

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