Bilan

Comment Donald Trump influe sur le marché des devises via Twitter

Avec son intense activité sur Twitter, le nouveau président américain fait déjà fluctuer certaines monnaies dont le peso mexicain. Mais c'est surtout le yuan chinois qui est dans le collimateur du successeur de Barack Obama.
  • Dans le collimateur de Donald Trump depuis de longs mois: la politique monétaire de la Chine.

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  • L'activité de Donald Trump sur Twitter a un impact sur le cours de certaines devises.

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  • Via son compte Twitter, Donald Trump prend régulièrement position sur les sujets de politique monétaire.

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Depuis sa victoire lors du scrutin du 8 novembre, Donald Trump a menacé à plusieurs reprises des constructeurs automobiles américains ou étrangers (General Motors, Ford, Toyota) de mesures de rétorsion si jamais la production de véhicules devait être augmentée au Mexique, avec des projets de nouvelles usines ou d'augmentation des capacités de production.

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A chaque fois, la réponse des constructeurs a été la même avec un discours conciliant envers le président élu et, très certainement, un redimensionnement à la baisse (voire une annulation) des investissements prévus au Mexique. Victime collatérale de ces tweets: le peso mexicain, qui au gré des investissements revus à la baisse et des attaques de Donald Trump contre le Mexique, subit le contre-coup et chute sans fin. Entre le 8 novembre et le 10 janvier, le dollar est passé de 18,30 pesos à 21,79 pesos.

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Pour expliquer cette évolution, les experts évoquent sans détour l'arrivée au pouvoir de Donald Trump. Or, alors que le nouveau président n'était pas encore en fonction, il a déjà eu un impact sur le marché des changes. En raison de son programme notamment qui évoquait l'édification d'un mur anti-immigration sur la frontière américano-mexicaine, aux frais de Mexico. De quoi plomber les finances du pays durablement, le coût de construction du mur ayant été estimé à 25 milliards de dollars par le Washington Post. Et si le Mexique refusait de mettre la main à la poche, Donald Trump a évoqué la mise en place d'une taxe sur les produits importés du Mexique afin de financer ce chantier pharaonique.

Les attaques contre le Mexique touchent le peso

En attendant de passer par les points presse de ses collaborateurs à la Maison Blanche ou de pouvoir utiliser le compte Twitter @POTUS, c'est avec son compte personnel, @realDonaldTrump que le milliardaire newyorkais a multiplié les attaques contre le voisin du Sud et provoqué la baisse sensible de la monnaie nationale.

Cette évolution de la devise mexicaine sur les deux mois écoulés est massive. Mais Donald Trump n'est pas un novice en matière d'expression au sujet des changes: entre 2011 et 2016, Donald Trump a tweeté à 34 reprises des messages avec le mot «devise». Sans compter les centaines de message à teneur économique ayant eu un impact sur les monnaies. A tel point que certains traders ont choisi d'intégrer cette variable dans leurs algorithmes, comme le confiait à la mi-décembre Jack Ablin, chief investment officer chez BMO Private Bank, à nos confrères de Politico: «C'est un nouveau type de risque, que nous appelons le risque du tweet présidentiel. Et ce sont les plus grandes compagnies, qui profitent d'un large réseau de sous-traitance, qui ont trouvé le moyen de profiter d'un taux d'imposition assez bas et qui avaient jusque là leurs entrées à Washington qui semblent être le plus exposées à ce risque».

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Or, si des multinationales aussi puissantes que Ford et General Motors cèdent à un tweet et que Boeing ou Lockheed Martin voient leurs cours touchés par ces messages de 140 caractères, c'est aussi le cas de devises de pays émergents comme le Mexique. Et si le peso a été la première monnaie impactée par les tweets du président élu, c'est une autre devise qui semble figurer dans le collimateur du successeur de Barack Obama. Sur ses 34 tweets avec le mot «devise» depuis 2011, pas moins de 28 comportaient également le mot Chine.

La Chine dans le collimateur de Donald Trump

C'est bien l'Empire du Milieu, largement ciblé dans les discours du candidat républicain pendant la campagne électorale, qui est principalement visé par les messages en 140 caractères de Donald Trump. Pour ce dernier, la concurrence menée par Pékin est déloyale car la Chine affaiblirait volontairement sa monnaie afin de doper ses exportations. Au cours des derniers mois, alors que la croissance chinoise subissait un fort ralentissement, le yuan a perdu 7% de sa valeur face au dollar, alimentant les suspicions de manipulation de la monnaie par Pékin afin de favoriser les exportations et d'atténuer la crise.

Or, les Etats-Unis accusent un déficit commercial important avec la Chine. Et ce pays accueille nombre de sites de production de multinationales américaines ayant délocalisé leurs activités de Shanghaï à Pékin en passant par Canton ou Shenzen. Provoquant l'ire du nouveau président américain.

Or, malgré les appels de toutes parts à modérer son activité sur Twitter, Donald Trump ne cesse pas de publier des messages. Et les messages anodins puis gênants de celui qui n'était que candidat puis président élu vont prendre une importance et avoir un impact bien plus graves avec l'arrivée du Newyorkais à la Maison Blanche.

Cependant, une telle activité et surtout le ton utilisé pourraient provoquer des tensions avec Pékin, comme certains médias américains l'ont déjà évoqué, à l'instar du Wall Street Journal au sujet des attaques sur le yuan, ou du New York Times sur les relations américano-chinoises plus généralement. A ce petit jeu-là, il pourrait s'attirer des mesures de rétorsion de la Chine. Or, même si ce pays a réduit sa part ces derniers mois, c'est encore lui qui détient une part majeure de la dette américaine et pourrait disposer là d'outils pour mettre en péril le dollar.

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Matthieu Hoffstetter
Matthieu Hoffstetter

JOURNALISTE À BILAN

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Titulaire d'une maîtrise en histoire et d'un Master de journalisme, Matthieu Hoffstetter débute sa carrière en 2004 au sein des Dernières Nouvelles d'Alsace. Pendant plus de huit ans, il va ensuite couvrir l'actualité suisse et transfrontalière à Bâle pour le compte de ce quotidien régional français. En 2013, il rejoint Bilan et se spécialise dans les sujets liés à l'innovation, aux startups, et passe avec plaisir du web au print et inversement. Il contribue également aux suppléments, dont Bilan Luxe. Et réalise des sujets vidéo sur des sujets très variés (tourisme, startups, technologie, luxe).

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