Bilan

Comment conserver la confiance dans le 2e pilier

Les caisses de pension cherchent des solutions pour concilier le souhait des assurés de percevoir les meilleures rentes possibles et le besoin d’assurer la solidité de l’institution à long terme.
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Comment réconcilier le besoin de solidité à long terme de l’institution de prévoyance et les attentes des assurés? La Banque Bonhôte a choisi de faire de cette interrogation l’axe central de sa conférence «Tendances et enjeux de la prévoyance», à travers un débat entre spécialistes animé par Jean-Marc Wanner, expert en assurances de pension et partenaire d’Aon Hewitt à Nyon.

Question clé, à l’heure où les assurés s’inquiètent d’une possible baisse du taux de conversion qui rognerait leurs futures rentes de vieillesse. Tandis que les institutions de prévoyance, confrontées aux rendements très bas des obligations, à la baisse récente des marchés boursiers, à la force du franc et aux intérêts négatifs sur les liquidités, ne peuvent que regretter les heureuses années 1980 et 1990 où le rendement de la fortune était le principal pourvoyeur des rentes.

Sur fond de concentration du 2e pilier, «les institutions de prévoyance sont de plus en plus grandes», constate Dominique Favre, directeur de l’Autorité de surveillance LPP et des fondations de Suisse occidentale. Une taille accrue leur permettant de répondre plus aisément à «la demande de flexibilité» de leurs assurés.

«Il me semble que l’attente première d’un assuré, c’est la sécurité, avant la flexibilité ou de meilleures prestations», affirme Vincent Duc, directeur d’Actuaires & Associés. D’où sa constatation que «les attentes des assurés et la solidité des caisses de pension vont dans le même sens». Reste que ce même expert concède volontiers que l’intérêt individuel prime souvent pour chaque assuré sur «l’intérêt collectif à la solidarité». 

A la recherche du rendement perdu

Face aux attentes multiples des assurés, les institutions de prévoyance ont avant tout pour objectif de servir les rentes promises et donc de gérer au mieux les risques auxquels elles sont confrontées. «On considère généralement que le risque le plus important est le risque financier», rappelle Jean-Marc Wanner.

Or, ce risque semble prendre de l’ampleur. Et cela, alors même que la part obligataire des portefeuilles – qui «servait de coussin amortisseur aux chocs intervenant sur les marchés boursiers», comme le souligne Jean-Paul Jeckelmann, responsable de la politique de placement de la Banque Bonhôte – ne semble plus en mesure de jouer ce rôle sécurisant à l’heure des taux d’intérêt réels nuls, voire négatifs sur certaines obligations gouvernementales. Et ce spécialiste d’insister: «Le niveau actuel des taux d’intérêt représente un risque majeur pour les caisses de pension ces dix prochaines années.» 

Dans un contexte aussi morose pour les rendements espérés, la tentation est grande de baisser fortement le taux de conversion. Sauf qu’en agissant ainsi, les institutions de prévoyance se créent un nouveau risque: celui de la perte de confiance des assurés qui opteraient pour le retrait en capital plutôt que la rente, jugeant trop conservatrices les projections faites par les experts tant sur les rendements que sur «le taux de conversion idéal à 65 ans».

Ledit taux, ironise un brin Vincent Duc, «se situe quelque part entre 4,5 et 6,5%. La fourchette peut sembler large, mais elle s’explique par le rendement qu’il sera possible ou pas de réaliser.» D’où l’impératif, pour les institutions de prévoyance, «de réapprendre à penser à long terme», plaide Jean-Paul Jeckelmann.

Caisses de pension et assurés ont tout intérêt à redécouvrir que réconcilier le besoin de solidité à long terme de l’institution de prévoyance et les attentes de ses assurés est le meilleur moyen de conserver la confiance dans le 2e pilier, voire de préserver son avenir. 

Car si les caisses de pension ne présentent, somme toute, chaque année à leurs membres «que des projections de rente basées sur des hypothèses, comme le souligne Jean-Marc Wanner, il est de la responsabilité des experts de ne pas se montrer pessimistes sans preuve». 

Geneviève Brunet

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