Bilan

Comment battre le marché avec la R&D

Pour faire de l’alpha, des firmes de gestion d’actifs comme RAM AI misent sur les algorithmes basés sur des big data finement sélectionnées par de véritables équipes d’ingénieurs.

Les algorithmes issus de la R&D permettent aux asset managers d’espérer acquérir un avantage compétitif.

Crédits: Busakorn Pongparnit/Getty images

Aujourd’hui, les investisseurs institutionnels cherchent des sources de rendement décorrélées des actions et des obligations, observe Thomas de Saint-Seine, CEO de la société de gestion d’actifs RAM Active Investments. «Dès lors, ils se dirigent vers la gestion alternative et le private equity, par exemple.» Les hedge funds continuent d’intéresser les gros investisseurs, mais différemment de la période allant jusqu’en 2008: «Les clients investissent directement dans les produits, et non plus via des fonds de fonds. En outre, ils veulent des fonds compatibles UE (directive UCIT).»

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Chez RAM AI, le but est de produire la décorrélation et la surperformance avec une volatilité moindre. La firme propose des fonds long only, mais aussi long/short, ou encore beta neutres (décorrélation totale des marchés financiers). «Au fond, peu importe si on appelle cela hedge fund ou non, estime Thomas de Saint-Seine; la question centrale est de savoir si vous générez de l’alpha de façon régulière et sur le long terme.» 

Investir non-stop dans la recherche

Aujourd’hui, explique-t-il, «on génère de l’alpha en investissant constamment dans la recherche». Pour maintenir une longueur d’avance, il ne faut pas aller dans les stratégies encombrées, où il s’avère difficile de capter de l’alpha, conseille-t-il. «Il faut mener la recherche à des niveaux plus approfondis.» C’est ainsi que RAM s’adonne à la recherche quantitative.

«Des gérants de fonds vous disent qu’ils utilisent des milliers de signaux d’alpha dans leurs stratégies, mais cela ne veut pas dire grand-chose car beaucoup de ces sources potentielles d’alpha ne sont pas nécessairement exploitables. Il y a également tout un travail en amont: il faut vérifier ces données (jusqu’à l’exactitude du jour de leur collecte), trier celles qui sont pertinentes, vérifier leur retraitement, avant de les tester. Cela requiert d’investir dans la recherche, ce qui représente un coût élevé.»

Des bases de données peuvent être acquises (à des prix relativement élevés) par les firmes d’investissement mais ensuite, toute la différence se joue sur le traitement qu’elles font de ces données. «Vouloir uniquement capter des signaux statistiques tous azimuts sans forcément en comprendre les raisons peut être une approche risquée», selon le CEO de RAM, lui-même économètre de formation. «Chez nous, l’orientation est de sélectionner les données tout en gardant un lien aux fondamentaux économiques des entreprises. Sans quoi on peut se trouver avec un portefeuille improbable, qui ne se justifie pas d’un point de vue fondamental. Nous prenons les facteurs fiables, dont on sait qu’ils seront stables sur une longue période.»

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L’équipe interne de recherche emploie actuellement 7 personnes, en bonne partie des ingénieurs spécialisés dans les méthodes quantitatives. L’objectif de RAM est de renforcer progressivement l’équipe. «Notre modèle est de surperformer le marché et de conserver cet avantage compétitif sur le long terme, d’où l’importance d’investir constamment dans la recherche», résume le CEO de RAM.

La recherche se fait en plusieurs étapes. Le processus démarre généralement par l’identification de sources d’inefficience au sein des marchés financiers. Ces sources sont isolées par l’utilisation systématique de différents facteurs. Ensuite, ces facteurs sont combinés au sein de stratégies d’investissement décorrélées. Aujourd’hui, l’innovation dans la recherche s’accélère grâce au développement des nouvelles technologies, comme l’utilisation d’algorithmes de deep learning.

Efficace lors des baisses de marché

Face à la montée phénoménale de la gestion passive, la gestion active et la création d’alpha passent donc entre autres par ces algorithmes issus de la R&D, qui permettent aux asset managers d’espérer acquérir un avantage compétitif en matière de surperformance. A ceux qui sont adeptes de la gestion passive et des ETF, Thomas de Saint-Seine répond que ce secteur est fait d’un petit nombre de prestataires, qui sont par ailleurs très concentrés sur les mêmes titres.

«En outre, l’effet des crises n’a pas encore été réellement testé sur les ETF.» La gestion active, en revanche, est mise au défi de montrer sa valeur ajoutée, «mais peut faire ses preuves quand les marchés baissent, car bâtie de manière différente», estime-t-il. D’autant que les tarifs des gérants actifs se sont ajustés: «Les structures avec 2% de commission de gestion et 20% de la performance ne se font presque plus, ce sont davantage des structures de 1%/15%.»

Fondée et basée à Genève, RAM était à l’origine l’unité d’asset management de la banque genevoise Reyl, avant de devenir indépendante en 2007, avec à sa tête Thomas de Saint-Seine, Emmanuel Hauptmann et Maxime Botti en tant qu’actionnaires fondateurs. La structure est totalement déstinée à une clientèle professionnelle ou institutionnelle. Fin 2017, le groupe bancaire italien Mediobanca a racheté 69% du capital de RAM, tandis que la famille Reyl conserve une participation de 7,5%. 

Lors de son spin-off en 2007, l’asset manager gérait 200 millions d’avoirs. A ce jour, ce montant s’est hissé à 5 milliards, avec des clients répartis dans toute l’Europe. Mediobanca, qui est coté dans l’UE (à la Bourse italienne), a également apporté à RAM 200 millions de francs de capital-investissement afin de «seeder» de nouveaux produits. Dans l’UE, le réseau de distribution de RAM profitera également de celui de Mediobanca, prévoit Thomas de Saint-Seine. 

RAM veut accélérer le développement de fonds basés sur des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG). Le but: créer de l’alpha plus éthique, ou en d’autres termes une surperformance avec des titres choisis selon des critères ESG. La firme a par exemple utilisé 65 des 200 millions de Mediobanca pour les ajouter à un fonds de 25 millions destiné à l’investissement ESG, qui pèse désormais 90 millions de dollars.

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Zaki Myret
Myret Zaki

RÉDACTRICE EN CHEF DE BILAN

Lui écrire

En 1997, Myret Zaki fait ses débuts dans la banque privée genevoise Lombard Odier Darier Hentsch & Cie. Puis, dès 2001, elle dirige les pages et suppléments financiers du quotidien Le Temps. En octobre 2008, elle publie son premier ouvrage, "UBS, les dessous d'un scandale", qui raconte comment la banque suisse est mise en difficulté par les autorités américaines dans plusieurs affaires d'évasion fiscale aux États-Unis et surtout par la crise des subprimes. Elle obtient le prix de Journaliste Suisse 2008 de Schweizer Journalist. En janvier 2010, Myret devient rédactrice en chef adjointe du magazine Bilan. Cette année-là, elle publie "Le Secret bancaire est mort, vive l'évasion fiscale" où elle expose la guerre économique qui a mené la Suisse à abandonner son secret bancaire. En 2011, elle publie "La fin du dollar" qui prédit la fin de la monnaie américaine à cause de sa dévaluation prolongée et de la dérive monétaire de la Réserve fédérale. En 2014, Myret est nommée rédactrice en chef de Bilan.

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