Bilan

Comment juger de la sévérité d’une crise?

En cette période de forte volatilité des marchés, il est intéressant d’analyser les comptes courants des grandes économies mondiales afin de connaître leur capacité à répondre à d’éventuelles secousses.

Analyse Les principales places boursières mondiales ont enregistré un recul marqué en octobre. L’actuelle volatilité du marché serait-elle annonciatrice de la prochaine crise? La récente évolution des cours de la bourse a amené les acteurs à se pencher sur trois questions: quand, pourquoi et comment arrivera-t-elle? Pour répondre aux deux premières interrogations, nous nous sommes concentrés sur la hausse du coût du capital en dollar lors de notre précédente chronique. Pour rappel, la montée des taux américains crée davantage de volatilité, mais ces derniers ne sont pas encore à des niveaux susceptibles de générer une récession américaine dans les douze prochains mois. Reste le comment.

A quel genre de mouvement de marché devrons-nous faire face lors de la prochaine crise? Un ralentissement, une récession économique entraînant une baisse de 20 à 30% des principaux indices ou une crise financière systémique avec des baisses de l’ordre de 40 à 50%?

Pour y répondre, concentrons-nous sur les excès économiques et financiers. Et lorsqu’on parle d’excès, il est souvent conseillé de regarder les équilibres des comptes courants (voir graphique ci-dessous). Ces derniers démontrent l’excès d’épargne, qui se traduit par un excédent des comptes courants, ou le besoin de financement, soit un déficit des comptes courants, d’une économie dans son ensemble. Il s’agit donc d’une définition plus large que le solde budgétaire qui ne concerne que l’Etat, puisqu’on y intègre les équilibres financiers des ménages, des entreprises et des institutions financières du reste de la nation.

Cela peut paraître contre-intuitif au regard du marché actuel, mais les équilibres des comptes courants des principales économies sont bien plus sains aujourd’hui (les barres grises sur les graphiques) qu’ils ne l’étaient lors de la crise des subprimes aux Etats-Unis en 2008 ou de la crise souveraine en zone euro des années 2010-2011 (barres bleues sur le graphique).

Les principales économies sont à ce jour moins vulnérables et possèdent une plus grande marge de manœuvre stabilisatrice. En d’autres termes, il y a plus d’épargne – notamment privée – pour faire face aux difficultés à venir. 

Le cas de l’Italie en témoigne. Certes, l’Etat italien va afficher l’année prochaine un déficit public de 2,4%. Mais les acteurs privés du pays compensent cette dés-épargne publique par une forte épargne privée. Le compte courant de l’Italie, excédentaire, signifie que le pays n’a pas de problèmes de solvabilité, même lourdement endetté (les intérêts sur la dette étant payés).

S’il ne faut pas être complaisant avec les difficultés des marchés à venir dans les prochains trimestres – entre volatilité et correction –, la prochaine crise ne sera pas nécessairement systémique, les soldes courants excédentaires offrant un sérieux coussin de sécurité. 

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."